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Le trésor de la chambre d'ambre- pillages nazis.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Trésor de la Chambre d'ambre et les pillages
allemands durant la seconde guerre mondiale.
Jean-Michel Thibaux.

 

 

 

  
          
Jean-Michel Thibaux: La chambre d'ambre.

 

 

L’ambre.

 

 

 

 

                   
            
Jean-Michel Thibaux: ambre jaune à l'état naturel.

 

 

 

              
                     
Jean-Michel Thibaux: ambre de Colombie.

 

 

 

Le nom de l’ambre dérive de l'arabe anbar, qui désignait à l’origine l'ambre gris (concrétion intestinale du cachalot utilisée en parfumerie). Cette résine d’arbre fossilisée généralement jaune doré à orangé, parfois verte, rouge, violette ou noire, transparente à translucide, présente le plus souvent en nodules ou petites masses irrégulières dont la surface est souvent craquelée et altérée, peut contenir des insectes, des grenouilles, des crapauds ou des lézards, des résidus de plantes ou de graines, emprisonnés il y a des millions d’années quand la résine gluante s’écoulait des troncs des forêts primordiales. Frotté, l’ambre produit  une électricité négative qui attire les particules infimes contenues dans l’air. On la trouve dans les régions baltiques mais dans bien d’autres régions du globe à l’état naturel, mais il faut se méfier de son apparence car pour des raisons commerciales en bijouterie, on l’imite au moyen de plastique, de verre, de résine synthétique et d’autres résines naturelles telles que le copal.

 

 

 

                              
                       
 Jean-Michel Thibaux: mouche incluse dans l'ambre.

 

 

 

                           
                                   Jean-Michel Thibaux:  ambre d'Amazonie.

 

 

 

Dès le néolithique, on utilisa l’ambre pour fabriquer des bijoux et les aventuriers quittèrent leurs cavernes pour parcourir de longs trajets et ramener la précieuse matière dans leur clan. Ainsi naquirent les routes de l’ambre. Vers 600 avant J-C., le philosophe grec connaissait déjà la faculté de cette pierre organique qu’on appelait « électron » d’attirer les poussières lorsqu’on la frottait. Elle fut à l’origine du concept de l’électricité, mais avant d’établir scientifiquement ses propriétés, on lui prêta des pouvoirs magiques. L’ambre permettait de chasser les esprits et les êtres démoniaques, de dissiper les maux de tête et les mauvais rêves. Les anciens comparèrent les morceaux d’ambre à des rayons de soleil solidifiés, les larmes de Phaéton, le fils d’Hélios. En Chine, l’ambre était appelée hu-po (âme du tigre) car on  croyait que lorsque cet animal mourait, son âme s’enfonçait dans la terre et devenait de l’ambre. En astrologie, l’ambre est associé à la planète Mercure.

 

 

 

                              
                                     
Jean-Michel Thibaux: broche d'ambre.

 

 

 

 

             
                               Jean-Michel Thibaux: collier d'ambre.

 

 

 

La chambre d’ambre (Bernsteinzimmer).

 

 

 

 

            
   Jean-Michel Thibaux: Frédéric-Guillaume Ier, roi de Prusse.

 

 

 

                   
          Jean-Michel Thibaux: Pierre Ier le Grand, tsar de Russie.

 

            

Enigmatique à souhait, inspiratrice des plus folles rumeurs et source d’œuvres romanesques, la chambre était une vaste pièce recouverte d’éléments sculptés dans 6200 kilos d’ambre. Elle fut offerte par le roi Frédéric-Guillaume Ier au tsar de Russie Pierre le Grand en 1716. La fille du tsar, Elisabeth Ière,  la fit assembler au palais Catherine à Tsarskoïe Selo près de Saint-Pétersbourg où elle demeura en l’état jusqu’en 1941, année où elle fut emportée par les Allemands. Ce n’est qu’en 2003, après trente années de reconstitution, qu’elle a retrouvé son aspect d’antan au palais Catherine.

 

 

 

                                 
                             
 Jean-Michel Thibaux: Elisabeth I ere de Russie.

 

 

 

            
                                   Jean-Michel Thibaux: le palais Catherine.

 

 

 

La conception de la Chambre d’ambre.

 

 

 

 

        
          Jean-Michel Thibaux: oeuvre originale de Gottfried Turau.

 

 

 

Son plan est du à l’architecte et sculpteur Andréas Schüter. Il en confia la réalisation à trois maîtres de la marqueterie d’ambre : Ernst Schacht, Gottfried Turau et Gottfried Wolffram. Ce dernier était reconnu comme le plus grand tourneur d’ambre de tous les temps, et quand la chambre d’ambre fut terminée par les deux artisans de Dantzig, Schacht et Turau, on la surnomma la huitième merveille du monde. La chambre d’ambre était destinée au château de Charlottenbourg, mais elle trouva finalement sa place dans un cabinet de la « Salle Blanche » au Château de Berlin. Face à l’admiration du tsar Pierre le Grand à la vue de la chambre, lors de sa visite à la résidence des rois de Prusses, Frédéric-Guillaume la lui offrit. Ce dernier était pourtant réputé pour son avarice, son mépris des choses de l'esprit, sa brutalité et sa volonté de tout diriger dans le moindre détail, il demeurait cependant prudent car la Russie s’affirmait désormais comme une puissance européenne de premier plan. Protégeant ses frontières de l’est par son amitié avec les Russes, il put se consacrer à ses visées sur la Baltique.

 

 

 

 

                   
             Jean-Michel Thibaux:
oeuvre originale de Gottfried Wolffram.

 

 

 

L’Allemagne récupéra la Chambre d'ambre.

 

 

 

        
     Jean-Michel Thibaux: les Allemands marchent sur Léningrad.

 

 

                
           Jean-Michel Thibaux: Bartolomeo Francesco Rastrelli.

 

 

         
      Jean-Michel Thibaux: Contre-attaque des Russes à Léningrad.

 

 

Quand les officiers allemands pénétrèrent dans la chambre d’ambre, ils furent saisis par la même admiration qu’avait éprouvée le tsar, deux siècles plus tôt. La chambre d’origine avait été embellie par l’architecte italien Bartolomeo Francesco Rastrelli qui l’avait agrandie par l’adjonction de pilastres à miroir et de sculptures dorées. Le 14 octobre, sous le commandement d’un capitaine de cavalerie, le comte Solms-Laubach, la chambre fut démontée en 36 heures et emballée dans 27 caisses avant d’être emmenée au château de Konigsberg. On peut se poser la question suivante : à l’origine, l’ordre du pillage émanait-il d’Himmler ou de Goering ?

 

 

                        
                                        Jean-Michel Thibaux: Goering.

 

                                

                                
                                      
Jean-Michel Thibaux:  Himmler.

 

 

A première vue, ce fut la « Force de défense » (Wehrmacht) dépendant d’Hitler qui prit l’initiative de s’emparer de la chambre d’ambre lors de l’offensive allemande sur Leningrad. Mais on sait qu’au sein des réseaux de l’armée, de nombreux informateurs agissaient pour le compte de Goering. Ce dernier, Ministre de l’Intérieur, deuxième personnage du IIIème Reich, collectionneur d'art compulsif et complice de tous les crimes commis par son maître, avait toute latitude pour s’emparer des trésors de l’Europe conquise. Goering, le grand « veneur » de l’empire nazi vivait dans son univers fantasmagorique en se consacrant à la chasse et en collectionnant des tableaux en tant que « grand amateur de l’art de la Renaissance », spécialement fasciné par Lucas Cranach. Avec l'aide d'experts personnels comme Bruno Lohse et Walter Andreas Hofer, il rafla les trésors artistiques des territoires occupés. Il fut aussi, au moins jusqu'en 1942-1943, un des organisateurs essentiels du pillage économique des pays occupés, et du transfert forcé de travailleurs civils dans le Reich ; le gauleiter Fritz Sauckel, « négrier de l'Europe », lui avait été subordonné à partir de 1942. 

 

                 
                     Jean-Michel Thibaux: Hitler, Sauckel et Goering.
             

 

 

En analysant les évènements, on pourrait exclure l’intervention d’Himmler dans l’affaire. Cependant, Himmler était aussi à la recherche de trésors, non pas artistiques, mais nimbés d’une aura de magie et susceptibles de servir les desseins de la domination du Reich sur le monde. La chambre d’ambre entrait dans cette catégorie. Nous nous écarterons donc un peu du sujet principal pour mieux comprendre l’esprit allemand de l’époque et les mécanismes qui ont abouti à la mise à sac de l’Europe.

 

 

    
                                               Jean-Michel Thibaux:
       
300  en 1928, 10 000 en 1931, les SS constituèrent la deuxième force
         armée de l'Allemagne à la déclaration de la seconde guerre mondiale.

 

 

Apparemment, la SS ne fut pas mêlée d’emblée au pillage du palais Catherine. La SS n’appartenait pas à la Wehrmacht, bien que sur le plan opérationnel elle servait ses intérêts. La Waffen-SS était dirigée par Heinrich Himmler, elle en était même l’émanation de son cerveau torturé. Hittler avait créé la Schutzstaffel (SS) en 1925, mais ce ne fut qu’en 1929, après  avoir été le chef-adjoint pendant seize mois qu’Himmler prit la tête de cette petite unité d’élite (300 soldats) chargée à l’origine de déjouer les complots et les tentatives d’assassinat. Dès ce jour, il se lança dans un vaste recrutement qui avait pour but de contrer la puissance de la Sturmabteilung (SA, section d’assaut) du parti nazi. En 1931, forte de 10 000, la SS était constituée d’hommes de « race pure » selon les critères mis au point par le directeur de la RuSHA, Rasse-und-Siedlungshauptamt, Bureau de la race et des colonies, Richard Walther Darré. Dans la tête d’Himmler, le mot Aryen prit alors une valeur considérable.

 

 

                        
                               Jean-Michel Thibaux: 
Richard Walther Darré.

 

 

                              
                               Jean-Michel Thibaux: Karl-Maria Wiligut.

 

 

Depuis son adolescence, Himmler raffolait des épopées et légendes germaniques, de la bravoure d’une race  supérieure très ancienne dont les descendants étaient Danois, Suédois, Norvégien, Islandais, Féroïens, Anglais, Goths, Alains, Cimbres, Flamands, Frisons… L’idée de prouver la supériorité de la race originelle allait monter d’un cran en 1933 avec la création de « l’académie nordique ». Pour réaliser ce nouveau projet, Himmler engagea un personnage mystique âgé de 77 ans, Karl-Maria Wiligut, ancien colonel de l’armée impériale autrichienne, dangereux mythomane qui faisait remonter son ascendance au dieu Thor et revendiquait pour ancêtre Arminius qui avait écrasé les légions de Rome dans la forêt de Teutobourg en l’an 9. Himmler et Wiligut se mirent donc à la recherche d’un lieu pour fonder l’académie et le trouvèrent en Westphalie. 





                      
                                         
Jean-Michel Thibaux: le dieu Thor.

 

 

 

                 
     Jean-Michel Thibaux: le  château de Wewelsburg, centre d'initiation des SS.

 

 

Non loin de la ville de Paderborn, se trouvait le château fort de Wewelsburg qui fut transformé en superforteresse SS par l’architecte Hermann Bartels. La pièce la plus sacrée fut nommée « Salle du Graal ». On y déposa un énorme cristal de roche en attendant qu’Otto Rahn, collaborateur de Wiligut, trouve le vrai Graal caché dans le pays cathare au sud de la France. Himmler baptisa une autre pièce du nom de « salle des ancêtres » où furent exposés des urnes, des armes et des outils et des poteries germaniques ainsi que des monnaies romaines et des objets de l’âge de bronze. Un étrange squelette de trois mètres de long détonnait parmi ces accumulations de preuves du savoir faire germanique ancestral : un ichtyosaure, reptile marin qui vivait il y a 150 millions d’années. Himmler espérait peut-être faire remonter l’origine de son sang à la période du jurassique.

 

 

                        
              Jean-Michel Thibaux: l'architecte Hermann Bartels et Himmler.

 

 

                 
                                   Jean-Michel Thibaux:  ichtyosaure.

 

Le 1er juillet 1935 au quartier général de la SS à Berlin, Himmler et cinq

 spécialistes des races, dont le célèbre docteur Wirth spécialiste de la préhistoire, décidèrent de créer un nouveau département au sein de la RuSha : Deutsches Ahnenerbe, Studiengesesellshaft für Geistegesschishete, Héritage des ancêtres, Société pour l’étude de l’histoire des idées premières. Cet organisme draina vers lui de nombreux trésors. 

 

                                   
                            Jean-Michel Thibaux: emblème de l'Ahnenerbe.


 



                                
                   Jean-Michel Thibaux: Herman Wirth presque centenaire.

 

               

 

                 
          Jean-Michel Thibaux: gravures sur les rochers du Bohuslän en Suède.

 

 

Nommé président, Herman Wirth aménagea avec son équipe dans un immeuble de deux étages au 29/30 de la Brüderstrasse. D’une culture phénoménale, captivant ses collaborateurs et ses auditeurs, il était capable de réciter les chants sanskrits, de développer des théories sur les objets sacrés et de donner un sens aux inscriptions trouvées sur les pierres levées. Il affirmait avoir retrouvé l’écriture d’une civilisation nordique de l’Atlantide qui lui permettrait de résoudre les mystères de la religion aryenne. Wirth avait rencontré Himmler chez le couple occultiste Johann et Gesine von Leers, violents antisémites, qui organisait des soirées pour la propagande nazie. Gesine croyait être la réincarnation d’une prêtresse germanique.

 

 

                                    
                              Jean-Michel Thibaux:
 Docteur Johann von Leers.

 

 

 

                          
                                           Jean-Michel Thibaux: les runes.

 

 

Ainsi, Himmler commençait à s’entourer d’hommes et de femmes susceptibles de créer une nouvelle religion païenne pour supplanter le catholicisme et le protestantisme dans le Reich. Wirth, au cours d’une expédition dans le Bohuslän (région située au sud de la Suède) releva et filma des gravures qui selon lui, provenaient d’une écriture inventée par des scribes descendant de l’Atlantide disparue. Il donna ainsi espoir à Himmler qui lui délivra des fonds pour poursuivre ses recherches malgré les réticences d’Hitler qui ne croyait pas à l’utilité de l’Ahnenerbe. Himmler était cependant soucieux car Wirth vivait comme un prince et s’était sérieusement endetté (84 000 reichsmarks, soit 471 000 euros 2011). La SS régla les dettes, Wirth devint chef des expéditions en Scandinavie et un nouveau directeur fut nommé : Wolfram Sievers, jeune ambitieux de 22 ans qui concentrait ses recherches sur les théories raciales et mit son talent d’organisateur au service de la théorie d’une race nordique ayant occupé l’Arctique.

 

 

                      
                                   Jean-Michel Thibaux: 
Wolfram Sievers.

 

 

 

Entre autre occupation, inspirés par les épopées comme le Nibelungenlied, Himmler et ses associés avaient une prédilection pour  la lecture et l’interprétation du Kalevala finlandais, et surtout de l’Edda, recueil islandais du XIIIème siècle décrivant un fabuleux royaume glacé peuplé de dieux, de héros et de magiciens qu’avait mis en valeur un autre chercheur de l’Ahnenerbe, Yrjo von Grönhagen. Imprégné par ces mythes et légendes, les considérant comme des réalités, il crut à l’hypothèse d’un désastre qui avait totalement anéanti une humanité déjà parvenue à un haut degré de civilisation. Ce savoir perdu, il le retrouverait et l’appliquerait à l’armement et à la médecine, telle était sa foi.

 

 

 

                        
                                            Jean-Michel Thibaux: L'Edda.


 

 

                    
                       Jean-Michel Thibaux: Elias Lonnrot composa le Kalevala.

 

 

 

                          
                     Jean-Michel Thibaux:
Yrjo von Grönhagen.

 

 

Directives d’Himmler concernant les recherches :

 

 

             
                                    Jean-Michel Thibaux:
           Himmler rêvait de mettre au point des armes terrifiantes
              en s'appuyant sur les textes des légendes nordiques.

 

 

« Procéder aux recherches suivantes : trouver tous les lieux dans le monde culturel aryen germanique où il est question d’éclairs, de tonnerre, du marteau de Thor, du jet de ce marteau, ainsi que toutes les sculptures du dieu représenté avec une petite hache projetant des éclairs. Prière de rassembler toutes les preuves peintes, sculptées, écrites et mythologiques à ce sujet. Je suis convaincu que cela ne repose pas sur un tonnerre naturel mais qu’il s’agit plutôt d’une forme ancienne hautement développée d’arme de guerre de nos ancêtres que, bien sûr, seuls les Ases, les dieux possédaient, et que cela implique une connaissance inouïe de l’électricité. »

 

 

                  
  
 Jean-Michel Thibaux: Le docteur Fritz Bose (musicologue) et Himmler.

 

 

                   
                                     Jean-Michel Thibaux: le kantele.

 

 

Conformément à ces idées sur les origines de la race nordique et afin d’étayer les théories d’Himmler, Grönhagen, le docteur Fritz Bose et Forsell se rendirent en Carélie (Finlande) afin d’étudier les chants et les incantations magiques des sorciers et des sorcières de la région. De leur côté,  Himmler, Wiligut et le conseiller culturel de la SS, Karl Diebitsch, décidèrent de créer une fête du solstice d’été après avoir déjà conçu une cérémonie SS qui se substituait au baptême chrétien des bébés. Les chercheurs SS étudièrent un instrument de musique finlandais sur lequel ils fondaient de sérieux espoirs : le kantele. Cet instrument à cordes en bois de bouleau serait venu d’Asie où on le nommait le guqin et dont les pouvoirs magiques agissaient sur le temps, et avec lequel on pouvait faire fleurir et pousser des plantes en plein hiver.


 

 

           
                        Jean-Michel Thibaux: musicien chinois jouant du guqin.




                                    
        Jean-Michel Thibaux: l
e conseiller culturel de la SS, Karl Diebitsch.

 

 

Le 1 février 1937, Himmler nommait le professeur Walther Wüst, spécialiste de la littérature et des religions de l'Inde. Ce fut ainsi que les recherches de l’Ahnenerbe prirent une nouvelle dimension car Wüst, grand admirateur du plus ancien des textes sanskrits, le Rig-Veda, composé d’hymnes adressés aux dieux, y voyait la marque de la race nordique. A partir de cette date, les membres de la société de recherche SS essaimèrent le globe et on les retrouva dans les pays les plus lointains, les endroits les plus reculés, toujours à la recherche d’indices prouvant l’antériorité et la supériorité des Aryens sur toutes les autres races.

 

 

                                   
                                       Jean-Michel Thibaux: Walter Wüst




                        
                                         Jean-Michel Thibaux: Rig-Veda.

 

 

          
                  Jean-Michel Thibaux: Expédition de l'Ahnenerbe au Tibet.

 

 

Les Premiers grands pillages de trésors par les Allemands.

 

 

           
                      Jean-Michel Thibaux: invasion de la Pologne.
                              Photo de propagande de l'époque.

 

 

                    
                      Jean-Michel Thibaux: invasion de la Pologne.

 

 

       
      Jean-Michel Thibaux:  
Sonderzug Heinrich: le salon d'Himmler.

 

 

L’invasion de la Pologne en 1939 modifia complètement les plans de l’Ahnernerbe. Toutes les expéditions à travers le monde furent annulées. Dans son Sonderzug Heinrich, train et quartier général mobile de la SS, tirant six wagons-lits luxueux, un wagon-restaurant Mitropa, un wagon aménagé en salon, secrétariat et bureau, trois plateformes hérissées de canons anti-aérien et de mitrailleuses et une voiture télégraphe, Himmler songeait avec délice à la destruction totale de l’Europe. Le 4 septembre, il avait reçu une lettre prioritaire de Sievers : « Dans la partie de la Pologne autrefois allemande, il y a un grand nombre de musées qui possèdent des documents et des œuvres d’art irremplaçables pour l’étude de la culture allemande historique et préhistorique dans les régions de l’Est ». Le coup d’envoi des pillages de trésors venait d’être donné.

 

 

                          
                    Jean-Michel Thibaux: 
les Allemands arrivent à Gnesen.

 

 

           
                         Jean-Michel Thibaux:  Château du Wawel à Cracovie.

 

 

L’homme choisi pour dépouiller la Pologne était un jeune archéologue SS-Untersturmführer de 39 ans, le docteur Peter Paulsen, expert de renom international sur les Vikings. Aidé par son confrère Ernst Petersen, Paulsen dressa aussitôt la liste des sites à piller dans laquelle figuraient le musée d’archéologie de Varsovie et le château du Wawel à Cracovie. A titre privé, il y ajouta : s’emparer des pièces du musée des beaux-arts de Lemberg, des portes de bronze de la cathédrale de Gnesen et de la plus belle des sculptures de Veit Stoss à Cracovie. Himmler nomma Paulsen, chef de l’opération, et le plaça sous l’autorité du Service central de sécurité du Reich et plus précisément sous les ordres du docteur en science politique Franz Six, SS-Standartenfürhrer.

 

 

                  
                              
   Jean-Michel Thibaux:  Franz Alfred Six.

 

 

                  
      Jean-Michel Thibaux:
  le retable de l’église Sainte-Marie de Cracovie .

                

 

           
                 Jean-Michel Thibaux:
  panneau central du retable de Cracovie.

 

 

           
                                                  Jean-Michel Thibaux:
             
   Sandormierz où fut trouvée une partie du retable de Cracovie.

 

 

Six ordonna immédiatement à Paulsen de s’emparer de l’une des merveilles de la chrétienté : le retable de l’église Sainte-Marie de Cracovie conçu par Veit Stoss (Wit Stwosz) au XVème siècle. L’artiste passa douze ans de sa vie à sculpter dans le bois deux cents personnages de la bible. Son œuvre allait être découpée en 32 morceaux par les Polonais qui les cachèrent hors de la ville. Mais Paulsen, renseigné par les services secrets du Reich, trouva une partie du retable dans la cathédrale de Sandomierz située à 240 kilomètres de Cracovie. Quatre caisses pesant chacune 1700 kilos posèrent d’énormes problèmes d’acheminement aux Allemands. A Sandormierz, Paulsen en profita pour voler les plus belles pièces du musée local. Le 14 octobre 1939, Paulsen fit déposer les caisses contenant le retable dans une chambre forte de la Reichsbank à Berlin. Comme Himmler et Goebbels se disputaient l’œuvre, Hitler trancha et décida de l’exposer à l’abri des bombes sous le château médiéval de Nuremberg.

 

 

        
                                            Jean-Michel Thibaux:
 
Le château de Nuremberg où fut exposé le retable de Cracovie jusqu'en 1945.

 

 

Mais Himmler n’était pas le seul à vouloir s’emparer des richesses de l’Est. Göring avait envoyé ses propres équipes à Cracovie dans le même but. Paulsen et les siens entrèrent en compétition avec l’homme de Göring, le SS-Sturmbannführer Kajetan Mühlmann. Mülmann était un homme violent et retors. Il s’allia aussitôt avec Hans Frank, le nouveau chef du Gouvernement général de la Pologne et obtint le droit de priorité sur les richesses artistiques du pays, laissant à Paulsen la part du pauvre : les collections d’ethnologie, d’archéologie et de sciences naturelles.

 

 

                           
                     Jean-Michel Thibaux: 
Seyss-Inquart et Kajetan Mühlmann.

 

 

                

                                  Jean-Michel Thibaux: Hanz Frank.

 

Ce fut ainsi, obligé et frustré, que Paulsen ramena les plus belles pièces du Musée archéologique d’Etat du parc Lazienki : fibules, colliers, urnes amphores, statuettes…La tâche de pillage fut dévolue à Petersen, Thaerigen et Schleif. Quand ils se présentèrent sur les lieux, le docteur Konrad Jazdzewski, responsable du musée, avait fait cacher de nombreuses pièces de collection. Ce directeur démis aussitôt de ses fonctions, les Allemands commencèrent leurs investigations et envoyèrent à Berlin les objets retrouvés dans une Pologne dévastée par les bombardements.

 

 

                 
                                                 Jean-Michel Thibaux:
                           
  La Pologne dévastée: ici, le ghetto de Varsovie.

 

 

                             
                                Jean-Michel Thibaux: épée vicking d'époque.


                    
                               Jean-Michel Thibaux: épée vicking reconstituée.

 

 

De son côté, Paulsen procédait avec une avidité sans limite. Il choisit les pièces les plus remarquables du Musée de l’armée, raflant au passage la légendaire épée de Sandomir, puis deux épées vikings à la bibliothèque Crazinski. Un autre membre de l’Ahnenerbe, Eduard Tratz, fondateur du Musée d’histoire naturelle de Salzbourg, la Haus der Natur, en 1924, se chargea des collections du Musée zoologique d’Etat, déménageant 147 oiseaux exotiques, trois bisons, un crocodile du Nil et deux chats sauvages.

 

                                    
                            Jean-Michel Thibaux:
 Eduard Tratz sur la fin de sa vie.

 

 

                            
                                                      Jean-Michel Thibaux:
       
Musée d’histoire naturelle de Salzbourg, la Haus der Natur, de nos jours.

 

 

Mais le pire était à prévoir. Franz Six, dont les services SS avaient besoin de renseignements pour classer les différentes communautés juives de l’Est promises à l’extermination, ordonna à Paulsen d’emporter les 40 000 volumes de la bibliothèque judaïque de la Grande Synagogue de la rue Tlomacka et tous les livres de la bibliothèque Sejm de Varsovie. Göring et Himmler, par l’intermédiaire de leurs sbires, se livrèrent une guerre acharnée pour s’accaparer des livres des grandes bibliothèques privées de la noblesse polonaise. Pour donner un ordre d’idée des trésors volés, le seul codex de Suprasl échoué entre les mains de Paulsen et Sievers est estimé à 27 millions d’euros (2011).



         

         
               Jean-Michel Thibaux: Codex
de Suprasl.

 

Une foule d’archives et d’objets concernant les Juifs et les francs-maçons dérobée dans le Musée national par Mühlmann fut envoyée à Wewelsburg, le château SS d’Himmler.

 

La Russie mise à sac.

 

 

            
        Jean-Michel Thibaux: les Allemands attaquent la Russie.

 

 

            
                        Jean-Michel Thibaux:  Opération Barbarossa.

 

 

Le 21 juin 1941, Hitler lança son attaque foudroyante contre les armées de l’Union Soviétique, et durant trois ans, tel l’Antéchrist, à l’abri de sa forteresse du Repaire du Loup (Wolfschanze) dissimulé au cœur d’une sombre et lugubre forêt de Prusse Orientale, il tenta de devenir le maître du monde.

 

 

               
                                                   Jean-Michel Thibaux:
       
Keitel, Goering, Hitler et Bormann après l'attentat au Repaire du Loup.

 

 

En attaquant sur un front s’étendant de la Baltique à la Mer Noire, en moins de deux semaines et demi, selon les directives de l’Opération Barberousse, les Allemands s’emparèrent de la Lituanie, de la Lettonie, de l’Estonie, de la Biélorussie et de l’Ukraine, se livrant à des destructions massives et au plus grand pillage de l’Histoire. Mais plus que toute autre région conquise, c’était la Crimée qui intéressait Hitler, autrefois patrie des Goths l’ayant envahie au IIIème siècle. Il projeta donc d’en faire une colonie exclusivement allemande en éliminant les Russes, les Géorgiens, les Tatares, les Arméniens, les Juifs et les Tsiganes qui y vivaient. Enthousiasmé par le plan de nettoyage ethnique du Führer, Himmler y vit la concrétisation de son vieux rêve : la Crimée serait le paradis des colonies SS.

 

 

                  
                                        Jean-Michel Thibaux:
  la Crimée.

 

 

                           
                                   Jean-Michel Thibaux:  Erich von Manstein.

 

 

         
                                    Jean-Michel Thibaux: attaque de la Crimée.

 

 

Le 26 septembre 1941, la 11ème armée allemande commandée par le général Erich von Manstein déferla sur la Crimée. Pendant sept semaines, la résistance acharnée des Russes enraya la machine destructrice de la Wehrmacht. Sébastopol défendue par 32 000 hommes subit une attaque massive le 17 décembre. Dans le même temps, Himmler ordonna  à l’Einsatzgruppe D d’exterminer tous les Juifs de Crimée. Toute la communauté devait être éradiquée avant Noël. Face aux plaintes des SS traumatisés par les massacres, Himmler décida d’utiliser les camions à gaz. Au total 40 000 Juifs furent assassinés et leurs biens s’en allèrent grossir les trésors de leurs bourreaux. Les Allemands piétinaient devant Sébastopol et reculaient à Feodossia et Kertch, ce qui mit en rage Hitler et le détermina à comdamner à mort l’un des officiers responsables du désastre, le comte Hans von Sponeck.

 

 

               
                          Jean-Michel Thibaux: 
les camions à gaz d'Himmler.

 

 

                     
                                          Jean-Michel Thibaux:
            Hanz von Sponeck, fusillé sur l'ordre d'Himmler en 1944.

 

Himmler se lança dans une vaste propagande tendant à prouver que l’invasion était justifiée car ces régions appartenaient autrefois aux Goths. Qu’en était-il exactement ? Les Goths venaient d’une région, la Scandza, que les historiens n’ont pu précisément placer entre la Pologne et la Scandinavie. Dans leurs migrations, ils s’aventurèrent jusque sur les bords de la Mer Noire et la mer d’Azov s’emparant de villes et de ports à partir desquels ils pillèrent les cités romaines. Doros fut la première cité qu’ils bâtirent en Crimée. Après sêtre convertis au christianisme, ils se heurtèrent aux Huns et durent fuir vers l’Ouest. En 370, ils franchirent le Danube et seul un clan demeura en Crimée. Ces guerriers finirent par adopter le Coran après les invasions turques et oublièrent leurs origines.

 

 

                    
                                    Jean-Michel Thibaux:  l
es Goths.

 

 

                 
                                 Jean-Michel Thibaux: l'expansion des Goths.

 

 

 

                 
                            Jean-Michel Thibaux: Konrad Meyer (à droite).

 

 

Les SS, forts de leur légitimité sur les territoires conquis, se préparèrent donc à coloniser cette enclave historique où selon eux, un empire germanique avait rayonné sur le monde. L’offensive sur Sébastopol devait reprendre au printemps 1942. Dans la perspective de la victoire totale et l’occupation de cet espace vital, Hitler nomma Himmler Reichskommissar für die Festigung des deutschen Volkstums (Commissaire du Reich pour le renforcement de la race allemande). Dans ce cadre, Himmler décida de fonder trois colonies : Leningrad et ses régions sud, Nord de la Pologne et Lituanie, Crimée et sud-est de l’Ukraine. Il associa l’urbaniste Konrad Meyer à ce vaste plan. Ces territoires seraient formés de village de défense peuplés de soldats-paysans.

 

 

                               
                               Jean-Michel Thibaux:  Ernst Schäfer.

 

Pour faciliter cette implantation, l’Ahnenerbe créa un institut d’enseignement et de recherche en génétique à Lannach, près de Graz, sous la direction du docteur Ernst Schäfer afin de mettre au point des nouvelles variétés de plantes résistantes pour augmenter le rendement agricole des nouvelles colonies.

 

 

                         
                      Jean-Michel Thibaux:  Château de Lannach en Autriche.

 

                    
                       Jean-Michel Thibaux: Kertch
                                

 

Le 4 juillet 1942, après des bombardements sans précédent qui durèrent un mois, Manstein s’empara de Sébastopol. Le 20 juillet, Sievers décidait de s’emparer des trésors des Goths de Crimée  pour le compte du Reich, en espérant trouver des pièces semblables à la célèbre « couronne de Crimée » exposée à Berlin, diadème incrusté de grenats ayant été exhumée d’une tombe près de Kertch .

 

 

 

             
                                                 Jean-Michel Thibaux:
                     Panticapée (aujourd'hui Kertch) fut fondée par les Grecs
                                       au VIIè siècle avant Jésus-Christ.

 

 

 

                 
              Jean-Michel Thibaux:                             Jean-Michel Thibaux:
             Jankuhn et son épouse.                   Soldats SS de la division Viking.

 

 

                                    
                                               Jean-Michel Thibaux:
                                             Le général Félix Steiner.

 

 

L’homme désigné pour ce futur pillage s’appelait Jankuhn, ultranationaliste allemand passionné par l’histoire des chevaliers teutoniques. Il avait dirigé l’un des plus importants chantiers de fouilles sur les Vikings à Haithabu sur la frontière danoise. En 1940, Himmler le nomma à la tête du département des fouilles de l’Ahnenerbe. Et le 21 juillet, Jankuhn, le docteur Karl Kersten et le baron Wolf von Seefeld partirent à la recherche des Goths de Crimée en rejoignant le quartier général de la division blindée SS Viking commandé par le général Félix Steiner. Dépitée, l’équipe de l’Ahnenerbe apprit que la plupart des collections avaient été envoyées dans le nord du Caucase avant l’invasion. Liés à la division Viking, les trois participèrent à la guerre en poursuivant les trésors jusqu’à Starobesheve en Ukraine avant de reprendre la route du Sud.

 

 

              
                                                 Jean-Michel Thibaux:
Vêtus de l'uniforme soviétique, ces soldats allemands du "commando brandebourgeois" furent particulièrement actifs au cours d'opérations spéciales, comme celle du raid de Maikop à l'été de 1942. Au niveau hiérarchique, ils relevaient de l'Abwehr II.

 

 

                    
                                                 Jean-Michel Thibaux:
                             l'
Einsatzgruppe D exécute des Juifs à Maïkop.

 

 

Durant l’avancée sur Maïkop, Jankuhn pilla les musées locaux et fouilla les tertres funéraires tout en assistant aux massacres perpétrés par l’Einsatzgruppe D. Maïkop était intenable, cela n’empêcha pas les trois docteurs de s’emparer des précieux objets retrouvés dans la tombe d’un Scythes et de nombreuses pièces antiques du musée. L’armée allemande se replia et ce fut pendant cette retraite que Jankulm reçut un message prioritaire d’Himmler via Sievers lui ordonnant de se rendre à la forteresse de Manhup-Kale, ancienne résidence des princes Goths selon les renseignements fournis par le chef SS de la police de Taurien, Ludolf von Alvensleben. Auparavant, Jankuhn avait reçu une information selon laquelle soixante et douze caisses contenant des trésors provenant des musées de Simferopol, Sébastopol et Kertch avaient été entreposées dans un laboratoire médical à Armavir. Ce dernier avait été détruit par un bombardement et seules vingt caisses étaient intactes. Elles contenaient des objets grecs et de l’âge de pierre ainsi que livres précieux. La plus grande partie de cette trouvaille fut envoyée à Berlin.

 

 

   
                Jean-Michel Thibaux:                                   Jean-Michel Thibaux:
           
Figurine trouvée à Maïkop.                    Médaillon provenant d'Armavir.

 

 

 

 

 

La belle vie d’Himmler.

 

 

                      
            Jean-Michel Thibaux: Himmler au sommet de sa gloire.

 

 

           
 Jean-Michel Thibaux: Himmler, Hedwig Potthast et leur fille Gudrün.

 

 

Pendant que ses collaborateurs dépouillaient les pays de l’Est, Himmler vivait en compagnie de sa secrétaire et maîtresse, Hedwig Potthast, qu’il surnommait affectueusement « petit lapin » (Häshen). La jolie et jeune blonde se targuait de posséder une chaise fabriquée avec des os pelviens polis, un siège fait d’un assemblage de jambes et de pieds humains et un « remarquable » exemplaire de Mein Kampf relié en peau humaine. Tandis que son tendre amant s’émerveillait de la rapidité avec laquelle était née la noblesse SS, son plan de germanisation des terres conquises prenait forme et Hitler y adhérait pleinement puisqu’il en avait été l’initiateur.

 

 

                      
                                             
   Jean-Michel Thibaux:
       Karl Wolff avec Ludolf von Alvensleben et Heinrich Himmler finalisent le
                                 plan de la colonisation de la Crimée.

 

 

Ainsi, ils adoptèrent le plan de Frauenfeld qui consistait à déplacer les habitants du Tyrol du Sud, descendant des Goths, vers la Crimée. L’adoption de ce plan fut le plus beau jour de la vie d’Himmler :

« Tout ce que j’ai envisagé et planifié à petite échelle peut maintenant se réaliser. Je commencerai immédiatement à grande échelle et avec toute l’énergie dont je suis capable. Vous me connaissez : quand j’entreprends quelque chose, je vais jusqu’au bout, quelques que soient les difficultés. Les Allemands étaient autrefois un peuple de paysans, ils doivent le redevenir pour l’essentiel. L’Est nous aidera à renforcer la partie agricole de la nation allemande, il deviendra la fontaine de jouvence de la lignée allemande, à laquelle elle se régénèrera sans cesse. C’est par ces mots que j’ai entamé mon exposé au Fürher et je les ai liés à l’idée de défendre l’espace vital de l’Europe, qui lui tient beaucoup à cœur, je le sais. Les villages habités par une paysannerie armée formeront la base de la colonisation à l’est et assureront en même temps sa défense : ils seront le cœur du grand mur défensif européen que le Führer construira après la conclusion victorieuse de la guerre. Des villages germaniques peuplés de soldats-paysans et couvrant une bande large de plusieurs centaines de kilomètres : imaginez, Herr Kersten, quelle idée sublime ! Ce sera la plus grande colonisation que le monde ait jamais connue, liée en outre à une tâche noble et essentielle : protéger le monde occidental d’une invasion asiatique. Lorsque cette tâche sera accomplie, le nom d’Adolf Hitler sera le plus grand de l’histoire allemande, et c’est moi qu’il en a chargé !"

 

 

              
             
 Jean-Michel Thibaux: Himmler, Ziereis et Kaltenbrunner à l'Est.

 

 

                                    
          Jean-Michel Thibaux: l'héroïque Félix Kersten, médecin d'Himmler.

 

 

Herr Kersten n’était autre que le médecin personnel et confident d’Hitler.  Cet Allemand d’origine estonienne était un spécialiste des massages asiatiques, ce qui lui attira la meilleure clientèle de Berlin avant de soulager les tensions nerveuses du chef de la SS, tensions qui se manifestaient par d’atroces douleurs. Sa position lui permit de sauver des milliers de personnes des camps d’internement, entre autre la libération de 3000 femmes à Ravensbrück. Après la guerre, il sera proposé plusieurs fois pour le prix Nobel de la paix et il reçut la croix de la légion d’honneur française après avoir été naturalisé Suédois. Ecoutons cet homme après la guerre :

Ils rêvaient tous de grandes propriétés à l’est qu’on leur avait promises comme les premiers fruits de la victoire. Ils en parlaient avec animation et éloquence. Parfois même, ils se querellaient sur les dimensions exactes des fermes qui leur seraient attribuées, des récompenses que devaient leur valoir leurs années de service ! L’un d’eux disait qu’il s’attendait à recevoir au moins mille hectares. Un autre rétorquait : « Mais j’ai un an de plus que toi dans le Parti. Si tu reçois mille hectares, je dois en toute justice en recevoir deux mille !-Et moi ? intervenait un troisième. J’ai été blessé au bras pendant le putsch ! » Et un quatrième de faire valoir : « On m’a pris en photo deux fois avec le Fühher, et pour acte de bravoure on m’a décerné cet emblème du Parti en or. D’après vos comptes, je devrais au moins recevoir cinq mille hectares ! »

 

 

               
   
           Jean-Michel Thibaux: femmes aux travaux forcés à Ravensbrück.

 

 

 

              
              Jean-Michel Thibaux: l'erreur allemande, l'attaque de Stalingrad.

 

 

            
         Jean-Michel Thibaux: à Stalingrad, l'espoir de la victoire des Allemands.

 

 

               
             Jean-Michel Thibaux: l'héroïque résistance des Russes à Stalingrad.

 

 

Mais les fruits de la victoire n’étaient pas aussi juteux qu’Himmler l’espérait. Ce ne furent pas les fanatiques du Parti qui reçurent en partage les premières terres ; ils n’en voulaient pas dans l’immédiat car la région était trop instable et soumise aux attaques des partisans. Le 10 octobre 1942, les SS convoyèrent de force 10623 Russes dans les camps du Sud. Ces pauvres gens furent remplacés par des colons d’origine allemande habitant l’Ukraine. Loin de recevoir mille hectares par famille, il fut attribué une moyenne de 7 hectares à chacune avec obligation de produire des quotas élevés. Le rêve d’Himmler devint hivernal. Le 2 février 1943, la 6ème armée allemande capitula à Stalingrad. La fin du IIIe Reich était annoncée. Tout ce qui avait pu être pillé était à l’abri dans les forteresses, les musées et les propriétés privées nazis.

 

 

     
                                                
    Jean-Michel Thibaux:
                        Stalingrad, la fin.                                   Un Russe victorieux. 

 

 

                 
                                                  Jean-Michel Thibaux:

                     Déportation en Sibérie des Allemands vaincus à Stalingrad.

 

 

Retour à la Chambre d’ambre.

 

 

 

                   
Jean-Michel Thibaux: jusqu'en 1945, la chambre d'ambre fut à l'abri dans le château de Könisberg.

 

 

          
Jean-Michel Thibaux: le Gauleiter Erich Koch en uniforeme gris contemple une maquette de Königsberg.

 

 

Elle était donc sous haute surveillance dans le château Königsberg quand, face à la rapidité de l’avance des Russes en 1944, les Allemands décidèrent de la déplacer vers l’Ouest. La Chambre fut évacuée et mise à l'abri en application de l'instruction du 21 janvier 1945 et du décret du Führer du 24 janvier suivant. À ce moment seulement, l'évacuation sur ordre du Ministre des armements et de la production de guerre du Reich, Albert Speer, fut rendue possible. Les biens culturels faisaient partie des biens à évacuer, avec un degré de priorité noté I ; ils étaient marqués de la lettre d'identification o. Toutes les déclarations d'une autre nature peuvent être considérées comme spéculatives et ne reposent donc ni sur un fondement quelconque, ni sur des preuves.




                      
Jean-Michel Thibaux: après avoir été interrogé dans les caves sinistres de la Loubianka, le docteur Alfred Rode disparut à jamais.

 

 Après la guerre, Koch fut condamné à mort en Pologne. Cependant, le jugement ne fut jamais exécuté. On peut supposer que comme il savait où se trouvait la Chambre, sa vie fut épargnée. Cela pourrait également expliquer le fait que Koch modifia plusieurs fois ses déclarations concernant le lieu. En 1945, le docteur Alfred Rode, directeur du Musée d’art de Königsberg pendant la Seconde Guerre mondiale, a supervisé l’évacuation de la Chambre d’Ambre. Mais après son interrogatoire par les troupes soviétiques, il a mystérieusement disparu, emportant avec lui le secret de la collection. Il existe diverses théories qui se fondent sur le lieu où était entreposée la Chambre. On sait aujourd’hui que la Chambre d’Ambre n’a pas disparu, contrairement aux fausses archives d’Anatoli Koutchoumov, chef de la mission chargée de la retrouver après 1945. Certes, une partie de ce trésor pourrait également se trouver dans l'ancien complexe minier de Wittekind de Volpriehausen en Basse-Saxe ou dans l’un des nombreux passages secrets effondrés dans le château de Königsberg (aujourd’hui Kaliningrad) selon les chercheurs Russes qui fouillent les lieux ou bien encore dans les monts Métallifères et plus précisément dans le Poppenwald. Mais des pans entiers de la Chambre d’Ambre ont bel et bien été ramenés secrètement par l’Armée Rouge. Cette révélation a été faite par Avenir Ovsyanov en 2004, directeur départemental des Objets culturels disparus à Kaliningrad pendant la guerre.  « La Collection du docteur Rode est conservée dans un musée russe, dont je tairai le nom car j’ai promis de ne rien divulguer ». « Le plus important est de sauver le reste de la collection, de la restaurer et de la replacer dans son lieu d’origine à Kaliningrad ».

 

 

               
Jean-Michel Thibaux: la Chambre d'Ambre est-elle cachée dans le complexe minier de Wittekind de Volpriehausen en Basse-Saxe?

 

 

         
Jean-Michel Thibaux: l'une des nombreuses entrées perdues dans la forêt du Poppenwald mèneraient à la chambre d'ambre ou à d'autres trésors dissimulés par les Allemands.


 Combien de pièces majeures d'origine ont été préservées ? Nous n’en savons rien. Le mystère demeure entier. En bonne intelligence et pour effacer le passé, une reconstitution de la Chambre d'Ambre a commencé en 1976, s'inspirant essentiellement de photos en noir et blanc de l'original, ainsi que de la seule photo en couleur disponible. Après une interruption due à des problèmes de financement, les travaux purent être achevés grâce à un don de 3,5 millions de dollars de l'entreprise allemande Ruhrgas AG. Projet qui a été mené à bien après quelques problèmes d’ordre technique. Dans le cadre du 300 ème anniversaire de la ville de Saint-Pétersbourg, la Chambre d'Ambre reconstituée fut ouverte au public le 31 mai 2003, lors d'une cérémonie inaugurale présidée par le chancelier fédéral allemand Gerhard Schröder et le président russe Vladimir Poutine.

 

 

        
              Jean-Michel Thibaux: la Chambre d'Ambre reconstituée en 2003.

 

 

Il reste quelque part, cachées dans des salles secrètes, des grottes ou des boyaux de mines, des pièces d’ambre magnifiques qui en leur temps ont émerveillé les rois et les empereurs en quête de vie éternelle.

 

 

       

 

 

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