
| L'Or des Burgondes |
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L'Or des Burgondes Martine Alix Coppier
Wotan et Siegfried
LA CHANSON DES NIBELUNGEN
Le Nibelungenlied, la “Chanson des Nibelungen”, se trouve à la bibliothèque du monastère bénédictin de Saint-Gall, au pied des Alpes Suisses. C’est un codex enluminé par des moines italiens au début du treizième siècle. Un poème héroïque en trente neuf chapitres, composé en Basse-Autriche et en langue haut-allemand par un auteur anonyme, mêlant aux légendes scandinaves et germaniques des éléments de l’histoire du royaume des Burgondes. Dans les différents récits, seuls les noms différent, avec des emprunts à la saga de Völsung (Völsungasaga).
Siegfried est le fils du roi Sigemund et de la reine Sigelinde à Xanten. Avant son départ pour Worms, capitale des Burgondes où il désire courtiser la belle Kriemhilde dont on vante la beauté, Siegfried veut avoir une épée puissante faite par son père adoptif le forgeron Mime, de Néerlande, et se faire enseigner le secret de la forge. Tout en forgeant l’arme que le père de Siegfried avait brisée lors d’un combat où il trouva la mort, Mime lui confie un secret : Sur la route de Worms se cache un dragon nommé Fafnir. Si un chevalier peut le tuer et se baigner dans son sang, sa peau deviendra dure comme de la corne et sera invincible. En outre, il pourra comprendre le chant des oiseaux.
Le roi Sigismond
Siegfried doit traverser une forêt profonde, le royaume du dragon Fafnir, un nain qui a pris cette forme. Il le terrasse par la ruse et la force, selon les conseils de Mime ; il se baigne dans son sang, mais une feuille de tilleul tombe sur son dos et se colle entre ses omoplates, le laissant vulnérable à cet endroit. Siegfried parvient ensuite au pays des Nibelungen, des nains vivant sous terre et gardiens de l’or volé aux filles du Rhin. Il est assailli par une force invisible, le nain Alberich ; vaincu, ce dernier lui cède sa cape, la tarnkappe, qui procure la force de dix hommes et l’invisibilité. Siegfried laisse la vie au nain qui lui propose une partie des richesses et la célèbre épée Balmung, l’épée de Wotan-Odin, brisée au combat, et refaite par le forgeron. Siegfried ne tient pas compte des avertissements des fantômes et s’empare de l’anneau, pièce maîtresse du fabuleux trésor des Nibelungen confié aux eaux du Rhin. Maudit par le nain Alberich, l’anneau qui lui fut dérobé sèmera sur son passage discorde, intrigue et mort. En chemin, Siegfried conquiert douze royaumes et a douze vassaux. Il occit les rois Schilbung et Nibelung. Il se rend à Worms, la capitale des Burgondes, pour courtiser la belle Kriemhild dont on loue la beauté.
“En pays Burgonde grandissait une jeune fille de très noble lignage. En aucun pays il n’en était de plus belle. Elle s’appelait Kriemhild. Elle devint une belle femme. A cause d’elle beaucoup durent perdre la vie”.
(Dans une autre version : Siegfried est épris de Brünehilde. A cause d’un filtre Siegfried est attendu en héros à Worms. Hagen de Tronje, conseiller traître et rusé de Gunther, son vassal lieutenant, allié secrètement au roi des Nibelungen et qui courtise Kriemhild, le provoque. Mais il est vaincu grâce au sang du dragon et à la cape. Hagen raconte au roi et à ses frères que Siegfried a tué d’autres monarques burgondes et qu’il n’est pas digne de confiance.
Siegfried aide pourtant les Burgondes dans leur lutte contre les Saxons et les Danois. Gunther accepte le mariage de Siegfried et Kriemhild, à condition que Siegfried l’aide d’abord à conquérir Brünehilde, reine d’Islande et vierge guerrière douée d’une force incroyable et dont le château est entouré de flammes. Elle ne donnera sa main qu’à celui qui la vaincra au combat. Ils gagnent la mer. En Islande, Siegfried triomphe de Brünehilde qui se protège d’un rempart de flammes, lors d’épreuves telles que le jet d’une énorme pierre puis le combat à la lance grâce à sa cape d’invisibilité. Pensant que c’est Gunther qui l’a battue, elle consent à l’épouser mais aime Siegfried. Un double mariage est célébré à Worms car Siegfried épouse aussi Kriemhild.
Brünehilde se refusant au roi Gunther, Siegfried doit encore intervenir pour mater la mariée rebelle. Sous la cape d’invisibilité, ayant changé d’aspect avec Gunther, Siegfried s’introduit auprès de Brünehilde dont il partage la couche. Au cours de la lutte qui s’ensuit, il lui enlève sa ceinture et son anneau qu’il a le tort de remettre à Kriemhild, en lui racontant les faits.
(Une autre version dit que, accompagné de son épouse, il retourne dans son pays. Dix ans plus tard, Siegfried et Kriemhild reviennent à Worms) Le lendemain, à l’heure de la messe, une violente querelle éclate entre les deux reines. Brünehilde ordonne à sa belle-sœur de la laisser passer en premier car elle est reine de Burgondie, alors que la femme de Siegfried n’est qu’une vassale. Mais Brünehilde doit céder car sa belle-sœur lui montre la ceinture et l’anneau volés lors de sa nuit de noces et l’accuse publiquement d’avoir été la concubine de Siegfried qui l’a domptée. Humiliée, Brünehilde ne cherche qu’à se venger et Hagen lui promet son aide.
"C’est à Worms, près du Rhin, qu’ils demeuraient avec leurs troupes. A leur service demeuraient beaucoup de fiers chevaliers qui les servirent avec gloire et honneur jusqu’à leurs derniers jours. Ils sont morts plus tard lamentablement à cause de la haine de deux nobles femmes”.
Gunther, jaloux, se laisse convaincre par Hagen que Siegfried doit périr. Par ruse, Hagen obtient de Kriemhild qu’elle lui dise dans quelle partie du corps Siegfried est demeuré vulnérable. Pour ce faire, il lui a fait croire qu’une guerre se prépare et lui propose de protéger son mari. Elle lui dit qu’elle brodera une petite croix à l’endroit non protégé par le sang du dragon.
Le lendemain, Hagen tue traîtreusement Siegfried au cours d’une chasse royale. Il lui a proposé une course ; arrivé le premier, le héros se penche pour boire à l’eau d’une source. Hagen qui a tué Siegfried lui prend son épée. Devant le cadavre du seul homme qu’elle ait aimée, Brünehilde se suicide.
Devant le corps de son époux, Kriemhild fait le serment de le venger. Et de faire payer Hagen. Mais ce dernier s’est emparé du trésor des Nibelungen dont elle avait hérité et avec lequel elle veut assouvir sa vengeance. Hagen le cache au fond du Rhin, cent quarante quatre chars à bœufs remplis d’or et de pierres précieuses. Il bannit de la cour la veuve du héros, dans la crainte qu’elle ne tente de se venger.
Treize ans plus tard, Kriemhild épouse Etzel (Attila), roi des Huns, et va vivre à sa cour à Etzelburg. Elle a un fils Ortlieb ; pour fêter cet évènement, elle attire Hagen, Gunther et leur suite à la cour d’Attila à Etzelburg. Malgré les avertissements de Hagen et l’annonce de leur destin funeste (l’implacable wurd des Germains) par les Ondines du Danube qui prédisent que tous les Burgondes seront tués, ils ne rebroussent pas chemin. Kriemhild a fait savoir au peuple qu’elle récompensera celui qui lui livrera la tête de Hagen de Tronje, mais Attila lui interdit de toucher à ses hôtes.
Au cours de la fête, les Huns qui veulent des récompenses tuent une grande partie de l’escorte burgonde. Pour se venger, Hagen décapite Ortlieb. Les Burgondes se réfugient dans une tour pour se défendre. Lors de combats, ils sont tous tués sauf Gunther et Hagen qui seront mis à mort par Kriemhild. Elle demande à Hagen où est l’or de Siegfried. Il dit qu’il gardera le secret tant qu’un des rois burgondes vivra. Aussitôt, Kriemhild fait décapiter Gunther, son propre frère, et apporte sa tête à Hagen. Il déclare : « Nul ne sait désormais où se trouve le trésor des Nibelungen, hormis Dieu et moi. Le trésor, femme diabolique, te restera caché ». Folle de rage, elle se rue sur Hagen et le décapite. Horrifié qu’une femme ait porté la main sur un si vaillant chevalier, Attila ordonne la mort de Kriemhild. Elle-même est tuée par un héros allemand, Hildebrand, qui a été horrifié par le meurtre des Burgondes.
“Maintenant le noble roi des Burgondes est mort, morts aussi Giselher le jeune et le seigneur Gernot. Mais où est le trésor ?”
Divergence des récits allemands et nordiques : dans ce dernier, ayant découvert la supercherie de sa nuit de noces, Brynhild (Brünehilde) exige que Sigurd (Siegfried) soit mis à mort, puis elle monte elle-même sur le bûcher. Il meurt égorgé dans son sommeil à cause du désir de vengeance de la walkyrie qui se suicidera après avoir révélé son mensonge.
La mort de Siegfried permet aux Nibelungen de faire main basse sur le prodigieux trésor. S’ensuivent vengeance et mort de la lignée des Nibelungen, fin de la race condamnée. Les rois burgondes possesseurs du trésor, seront appelés à leur tour Nibelungen.
LA LÉGENDE DE SIEGFRIED D'APRÈS LA CHANSON DE SEYFRIED OU SIFRIT A LA PEAU DE CORNE.
Voir le site magnifique d’Hervey Delboy sur ce sujet. Ce texte est méconnu du grand public mais il complète admirablement la légende classique de Siegfried exploitée par Wagner. le Seyfried à la Peau de Corne (XIV siècle) et l'histoire de Sigurd telle que la rapporte la Thidrekssaga (XIII siècle) nous permettent de lever un coin du voile et d'apercevoir ce qui se cache notamment derrière le trésor des Nibelungen et l'enfance de Siegfried. Mais il nous est difficile de nous étendre sur cet aspect alchimique qui à lui seul demanderait l’ouverture d’un nouveau site de plusieurs centaines de pages. Nous nous bornerons à reproduire des passages traduits par Claude Lecouteux.
« Dans le Niderlant grandissait le fils d'un roi puissant, — son père se nommait Sigemunt, sa mère Sigelint, — dans un château très fort et connu au loin, situé près du Rhin ; ce château s'appelait Santon. Le vaillant guerrier se nommait Sifrit. Il visita maint royaume, grâce à son indomptable énergie, et la vigueur de son bras le conduisit dans les pays lointains. Que de bons guerriers il rencontra plus tard chez les Burgondes ! Mais, dès son premier temps, dès les jours de sa jeunesse, on pourrait raconter de lui des merveilles. Il était beau de corps, et de noble apparence ; et plus tard, il se fit aimer des dames.
On l'éleva avec le soin qui convenait à sa naissance ; mais il tira ses meilleures qualités de son propre cœur. Le royaume de son père fut illustré par lui, tant il se montra accompli en toutes choses. Déjà il avait atteint l'âge d'aller à la Cour. Chacun aimait à l'y voir ; les dames et les jeunes filles auraient souhaité de l'y voir toujours. Plusieurs d'entre elles lui voulaient du bien, et le jeune seigneur s'en apercevait. Une escorte l'accompagnait, quand il chevauchait autour du château. Il était vêtu de belles étoffes, par les soins de Sigemunt et de Sigolint. De sages maîtres l'instruisaient, l'élevaient dans les bonnes mœurs. Il se préparait ainsi à devenir puissant et riche.
Lorsqu'il fut d'âge à porter les armes, on lui donna un équipement complet. Alors il songea aussi à rechercher les dames, qui, de leur côté, s'honoraient de lui plaire. Et voilà que Sigemunt fit savoir à ses vassaux qu'il donnait une grande fête. La nouvelle en fut portée dans les royaumes voisins. Le roi promettait à chaque invité, homme du pays ou étranger, un vêtement et un coursier. Savait-on quelque part un noble jeune homme qui, selon la loi de son rang, devait être fait chevalier, on l'invitait a la fête. Et tous prirent ensuite l'épée avec le jeune roi. On pourrait dire merveilles de cette fête. Sigemunt et Sigelint furent comblés d'éloges pour leur générosité ; ils firent de grandes largesses.
Aussi on vit arriver chez eux beaucoup de cavaliers étrangers. Quatre cents jeunes guerriers devaient prendre l'habit de chevalier en même temps que Sifrit. Les jeunes filles étaient infatigables à l'ouvrage ; car elles étaient favorables au jeune prince. Et elles enchâssaient les pierres précieuses dans l'or, qu'elles travaillaient en broderie sur les vêtements du jeune héros. »
Quand la fête est terminée, les seigneurs du Niderlant, frappés de la belle apparence du jeune prince, et témoins de son adresse aux jeux guerriers, veulent être gouvernés par lui. Mais Sifrit s'éloigne car, dit le poème, il ne se plaisait que dans les combats. Son premier exploit est la conquête du royaume des Nibelungen. Ce royaume était situé dans une Île du Nord ; il était dominé par une forteresse, où se trouvait un trésor inépuisable, sous la garde d'un géant et d'un nain, l'un et l'autre d'une force prodigieuse. Le poème des Nibelungen ne raconte pas la conquête du trésor; mais il contient une scène qui se passe dans le fabuleux royaume, et qui est intéressante parce qu'elle fait bien voir le caractère du héros. Sifrit a besoin d'une escorte de mille chevaliers. Il aborde dans son Île ; mais, au lieu de s'annoncer comme roi, il s'arrête, visière baissée, devant le château, et heurte violemment la porte. Le géant s'élance sur lui et, d'un coup de massue, lui brise sa cotte de mailles. Sifrit est en danger de mort, dit le poème, mais il est heureux de ce que le gardien fasse si bien son devoir. Il se relève, dompte le géant et l'enchaîne. Mais son envie de batailler n'est pas encore satisfaite.
« A travers la montagne, le nain sauvage, le vaillant Albrich, entendit le bruit du combat. Il s'arma aussitôt et accourut au lieu où il trouva le noble étranger qui venait de lier le géant. Albrich était très brave et très fort. Il portait heaume et cotte de mailles, et, dans sa main, un fouet pesant. Il courut en hâte à la rencontre de Sifrit. Sept lourdes masses de fer étaient attachées au fouet. II en frappa si rudement le bouclier du héros, qu'il le brisa presque entièrement. Le bel étranger craignit pour sa vie. Sifrit jeta son bouclier brisé; il remit sa longue épée au fourreau. Il ne voulait point tuer son caroérier : il se faisait un devoir d'épargner ses hommes. »
Ce royaume où Sifrit possède un riche trésor, et où il commande à une chevalerie d'élite a été conquis par lui sur deux rois qui s'appelaient les Nibelungün. La même désignation s'applique au trésor (Nibelungenhort), elle passe ensuite aux possesseurs du trésor : voilà pourquoi les Francs et les Burgondes portent souvent le nom de Nibelungen. Le pays s'appelle le Nibelungentant, ou le pays des Ténèbres.
SIGURD
Un des mythes les plus beaux conçus par les peuples nordiques est celui de la délivrance de Sigurdrifa par Sigurd, le Sifrit Scandinave. Sigurdrifa, selon le chant de l'Edda qui porte son nom, était une valkyrie qui, s'étant attiré la colère d'Odin, avait été endormie par lui dans un château entouré de flammes. Au jour marqué par les Nornes, elle devait être réveillée par un guerrier qui ne craindrait aucun obstacle. Sigurd traverse le pays où la fille d'Odin est captive, et arrive au pied d'une montagne couronnée d'une vive lumière dont les reflets éclairent le ciel. Il s'approche et découvre un château fort, défendu par une enceinte enflammée. Il traverse les flammes, entre dans le château et trouve une femme endormie, couverte de son armure. Il la délivre de son heaume et de sa cotte de mailles. Alors elle se soulève, voit Sigurd devant elle et dit : « "Qui défait ma cotte de mailles ? Qui interrompt mon sommeil ? Qui me débarrasse de ces sombres liens ? »
La légende Scandinave a traversé tout le moyen âge et, au XVIIe siècle, elle reparaît tout à la fois en Italie dans le Pentaméron, recueil de contes publiés à Naples, en 1637, par Jean-Baptiste Basile, et en France dans le livre immortel de Perrault. Un conte semblable à celui de Perrault existait en Allemagne ; il a été publié par les frères Grimm. Elle perdure encore de nos jours, embellie par de nombreux écrivains versés dans la fantaisie héroïque. Martine Alix Coppier et moi-même écrivons et cherchons à découvrir les secrets des Niebelungen. Nos enquêtes n’ont pas été vaines, elles nous ont permis de trouver, non loin de l’ancienne voie romaine en pays burgonde, près d’Albertville, une monnaie enfouie qui n’a rien a voir avec nos légendes favorites mais qui nous ouvre de nouvelles perspectives romanesques.
et Notre-Dame des Millières
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