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LE TRESOR D'EL DORADO.
La Légende d’origine.
On m’appelait Zipa mais les conquistadores me surnommèrent « El Dorado » parce que couvert de poussière je m’immergeais dans le lac sacré de la laguna de Guatavita.
C’est en effet ce que raconte la légende décrivant le rituel au cours duquel, le chef des caciques et ses prêtres naviguaient à bord d’un radeau avant de noyer bijoux, masques et statuettes précieuses dans le lac. Elle est étayée par les découvertes des plongeurs qui ramenèrent des objets en or à la surface. Mais il faut minimiser l’ampleur de ses trouvailles qui jusqu’à ce jour restent minimes.
Que nous dit la Légende ? En des temps reculés, une puissante tribu vivait sur le territoire de Guatavita. Le chef qui les gouvernait découvrit que l’une de ses épouses était infidèle. Après avoir fait exécuter son amant, il obligea la malheureuse femme à manger les organes sexuels du mort et ordonna aux musiciens et aux poètes de composer des chants sur l’infidèle. Le succès de ces chants fut grand, et plus grande encore la honte de l’épouse déchue. Cette dernière quitta la ville avec sa petite fille et elles se noyèrent toutes les deux dans le lac. Ce drame ébranla le chef. Pris de remord, regrettant ses gestes, il convoqua le conseil des prêtres afin d’apaiser la colère du Dieu Serpent et trouver un moyen pour ramener la femme et l’enfant à la vie.
L’un des prêtres se rendit au lac, fit chauffer des pierres rituelles dans un brasier et les jeta dans les eaux avant de plonger pour en explorer les profondeurs. Il découvrit la femme et la fillette sur le fond vaseux où se dressait le Dieu Serpent. Il ne put ramener que le cadavre de l’enfant à son chef qui pleura en voyant que le Dieu avait dévoré les yeux de sa fille. Il fut alors décidé de faire chaque année des offrandes d’or au Dieu Serpent et c’est ainsi que débuta la légende d’El Dorado.
Colombie. La ruée vers l’or.
En atterrissant sur l’aéroport El Dorado de Bogota, capitale de la Colombie, le ton est donné : on arrive au pays de l’or. Vos premiers pas devraient vous conduire dans la 16 è rue où se situe le Musée de l’Or de la Banque de la république colombienne. Cet édifice de béton crépi de blanc renferme 60 000 objets d’origine précolombienne dont plus de la moitié sont en or ou en tombac (alliage de cuivre (95 à 70%) et de zinc (5 à 20%). Cette collection vient de la Cordillère des Andes, de la Côte Caraïbe et de la Serra Nevada de Santa Marta. Au regard des momies exposées, le visiteur comprend que la plupart de ces richesses ont été extraites de tombes.
Les Indiens utilisaient toutes les techniques de la métallurgie (Cire perdue, filigrane, martèlement, soudure par granulation, déformation à chaud ou à froid, moulage…) avant d’offrir leurs œuvres aux Dieux. Il y a de la magie dans ces représentations et on se plait à imaginer les rituels grandioses qui accompagnaient l’intronisation des rois où l’ensevelissement des prêtres couverts d’or.
On oublie souvent de citer la Colombie lorsque que sont évoquées les brillantes civilisations préhispaniques d’Amérique Centrale et d’Amérique du Sud. Comme les autres peuples amérindiens, les habitants de la Colombie vouaient un culte au soleil en y associant l’or qui garantissait à ses détenteurs le pouvoir spirituel et matériel. Atteindre la perfection en réalisant un objet était aussi un moyen de pénétrer le monde invisible. Cette forme d’expression traduisait l’essence d’une pensée indigène que les Espagnols avides de richesses n’ont jamais perçue.
De nos jours, il est impossible de quantifier le poids de toutes ces offrandes converties en lingots d’or par les conquistadors qui détruisirent l’équilibre du monde amérindien régi par les forces de la lumière et de l’ombre, les principes féminins et masculins et les quatre éléments.
Avec la disparition des prêtres et des chamans et l’anéantissement de la culture indienne par le biais de la christianisation, c’est tout un pan de l’histoire de l’humanité qu’il faut aujourd’hui retrouver à grand-peine. Peut-être entrerez-vous en communion avec les initiés de ce temps en découvrant l’un des plus précieux objets du Musée de l’Or de Bogota : « La Balsa de la Ofrenda », oeuvre en filigrane représentant la barque d’apparat avec laquelle les Grands prêtres et les caciques se rendaient au centre de la Laguna de Guatavita pour immerger les offrandes d’or. C’est de ce rituel qu’est née la légende du trésor d’El-Dorado.
Les différentes civilisations en Colombie.
Quimbaya.
Cette civilisation versée dans l’art du travail des métaux précieux et du tombac habitait les régions actuelles de Quindio, Culdas et Risaralda, près de la vallée de la rivière Cauca. Les recherches nous permettent de situer son apparition vers le 1 er siècle avant J-C. Elle atteignit son zénith entre les ans 400 et 700 et disparut aux alentours de l’an 1000. La plupart des objets retrouvés font partie des offrandes funéraires déposées dans les sarcophages faits de troncs creux. Les Quimbayas étaient organisés en corporations sous la houlette d’un cacique.
Tairona.
La civilisation Tairona était une confédération s’étalant du littoral Caraïbe à la Sierra Nevada de Santa Marta. Très adroits en céramique, habiles potiers, les Taironas maîtrisaient aussi les techniques des métaux, en témoigne la riche orfèvrerie trouvée dans leurs tombes. Ils nous ont laissés de remarquables cités de pierres appelées « les cités perdues » qui n’ont pas toutes été explorées. Dans l’histoire générale des voyages publiée en 1757, on peut lire (texte adapté par Jean-Michel Thibaux):
« Les Anglais brûlèrent la ville de Ramada en un temps où la pêche aux perles était florissante. Aujourd’hui, les descendants des rescapés continuent à pêcher des perles mais en tirent peu de profit car les lieux sont ignorés des occidentaux…Dans la province de Buricata, vers le chemin qui conduit de Sainte Marthe à Salamanca, s’échelonnent plusieurs mines d’or. Celle de Tairona produit des pierres précieuses, dont certaines ont de puissantes vertus contre les différentes infirmités du corps, telles que les maladies néphrétiques et les flux de sang. On trouve aussi du Jaspe, du Porphyre et des veines d’or. »
« Les Indiens Taironas sont adroits de leurs mains et industrieux, mais ils ont mauvais caractère. A la guerre, ils empoisonnent leurs flèches et endossent un habit de coton très épais bigarré de couleurs. Les tribus se battent régulièrement entre elles et après plusieurs expéditions sanglantes, l’Espagne ne possède toujours pas la province de Tairona ».
Sinu.
C’est sur les rives du rio Sinu, du San jorge et du Nechi dans les plaines de la côte caraïbe que s’épanouit la civilisation des Sinus qui construisirent des temples pour abriter des idoles d’or. Ils asséchèrent les marécages en construisant un système de canaux artificiels sur près de 500.000 hectares de terres fangeuses dans les zones inondables. Leur territoire était divisé en trois grandes provinces commandées par des caciques qui appartenaient à la même famille. Leur production d'orfèvrerie se caractérisa par des dessins très réalistes et par son travail exquis en filigrane.
Calima.
Les fleuves qui descendent de la Cordillère Occidentale étaient le chemin d'accès aux terres andines. La zone connue sous le nom de Calima était peuplée par des groupes sédentaires qui cultivaient le maïs. Depuis le début de notre ère jusqu'en l'an 1000, ils construisirent des terrasses pour leurs demeures, des canaux de drainage et des chemins. Les tailles différentes des tombeaux découverts montrent une structure sociale très différentiée. Quant à l'orfèvrerie, les techniques de repoussage et de martelage étaient très utilisées dans la fabrication de plusieurs ornements. Ils maîtrisaient les techniques de la fonte. On a retrouvé des poteries avec figures anthropomorphes et zoomorphes, et des pièces d'orfèvrerie finement travaillées : diadèmes, pectoraux et épingles.
Muisca.
La civilisation des Muiscas occupait le centre de la Colombie sur les hauts plateaux du Boyaca et du Cundinamarca. Les Muiscas pratiquaient la culture en terrasses (pommes de terre) et était célèbre pour ses mines de sel et d’émeraudes. Unis autour d’un Grand Cacique, ils vouaient un culte à la lune et au soleil autour duquel s’articulait le calendrier agricole dressé par les prêtres astronomes. Ces derniers plaçait le lever du soleil à son solstice d’été au-dessus du lac sacré Iguaque où siégait la déesse Bachué. On a retrouvé de nombreuses figurines en or sous forme d’ex-voto (tunjos) dans les lieux naturels qu’ils qualifiaient de sacrés. De nombreux objets précieux sont encore à découvrir dans des grottes en altitudes où ils inhumaient leurs défunts en position fœtale. Les Muiscas furent balayés par les conquistadors espagnols.
Tolima.
Les Tolimas ( indiens Pijao) vivaient entre la vallée de la Magdalena au pied de la Cordillère centrale et la Cordillère orientale. Au nombre de 30 000, ils furent anéantis par les virus apportés par les conquistadors espagnols et leurs rituels de suicides collectifs. Ils pratiquaient le cannibalisme et étaient redoutés par les autres peuples car ils considéraient la guerre comme un art majeur enseigné dès l’enfance. Les Tolimas-Pijao utilisaient des bandes pour se déformer le crâne. Ofèvres de talent, ils nous légués des objets représentant des guerriers stylisés (Tunjos) aux têtes féroces parées de diadèmes, de boucles d’oreilles et de bijoux divers. Leurs poteries figurent des corps humains aux membres disproportionnés.
Magdalena. San Augustin.
C'est autour du fleuve Magdalena que l'on trouve les premières traces de présence humaine en Colombie. Des reliques d'une civilisation quasiment inconnue, datant des cinq derniers siècles av. J.-C., ont été découvertes à San Augustín, près de la source du fleuve, dans les Andes colombiennes : des statues de pierre, des bas-reliefs, des chambres funéraires et des sanctuaires, dans un style qui rappelle parfois celui des Aztèques. Mais à cette époque l’art architectural est loin de la perfection. Les indiens masquent les défauts de leurs constructions et de leurs statues en les décorant de dessins et de peintures en noir, blanc, jaune et rouge. Ils mirent au point un calendrier proche du calendrier grégorien.
Des siècles plus tard, avant l'arrivée des Espagnols, les hauts plateaux de l'est, près du fleuve Magdalena, furent habités par une tribu amérindienne, les Chibchas. Bons cultivateurs, ils étaient également d'excellents orfèvres et on a retrouvé des quantités de petits objets (colliers, figurines) en or ou en tumbaga (un alliage d'or et de cuivre), datant de 1000 à 1500 apr. J.-C.
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