
| Le Trésor de Blanche de Castille |
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6. Le Trésor de Blanche de Castille Jean-Michel Thibaux.
La Reine.
Nous ne pouvons pas entamer l’étude de cette hypothèse sans évoquer la personnalité de la reine Blanche de Castille profondément tournée vers la religion. Les enseignements de la reine à son fils, le futur Saint-Louis, suffisent à démontrer la justesse de ce trait de caractère :
« Cher fils, je t'enseigne premièrement que tu aimes Dieu de tout ton cœur et de tout ton pouvoir, car sans cela personne ne peut rien valoir.
Si Notre Seigneur t'envoie persécution, maladie ou autre souffrance, tu dois la supporter débonnairement, et tu dois l'en remercier et lui savoir bon gré, car il faut comprendre qu'il l'a fait pour ton bien. De plus, tu dois penser que tu as mérité ceci (et encore plus s'il le voulait) parce que tu l'as peu aimé et peu servi, et parce que tu as fait beaucoup de choses contre sa volonté. Si Notre Seigneur t'envoie prospérité, santé du corps ou autre chose, tu dois l'en remercier humblement, et puis prendre garde qu'à cause de cela il ne t'arrive pas de malheur causé par orgueil ou par une autre faute, car c'est un très grand péché de guerroyer Notre Seigneur de ses dons.
Troisième fille d’Alphonse VIII de Castille et d’Aliénor d’Angleterre, Blanche de Castille naquit le 4 mars 1188. Cette naissance dans un pays confronté depuis cinq siècles aux Musulmans la destina à devenir une ardente défenseuse de la religion chrétienne, déterminant toute sa politique centrée sur les croisades. Son destin à venir fut d’autant plus chargé qu’elle était la petite-fille d’Henri II Plantagenêt et d’Aliénor d’Aquitaine. Cette filiation lui donnait pour oncle le roi Jean sans Terre, couronné le 25 mai 1199. Face à l’incapacité de ce dernier, la vieille Aliénor décida de se rendre en Espagne afin de ramener la petite Blanche(12 ans) en France et de la marier à Louis (13 ans), le fils héritier du roi Philippe-Auguste.
Ce mariage fut scellé par le traité du Goulet (19 articles) près de Vernon entre Jean sans Terre et Philippe-Auguste, traité qui prévoyait notamment que Blanche hériterait du trône d’Angleterre dans le cas où le roi Jean mourrait sans héritier. Etrange mariage directement frappé par l’excommunication de Philippe-Auguste par le pape Innocent III. Il fut, en effet, interdit aux églises de sonner les cloches pour les réjouissances, comme il était interdit aux prêtres de baptiser, d’enterrer et de marier. Ce fut dans l’illégalité religieuse que Blanche et Louis s’unirent devant Dieu.
Pour contourner cet interdit, le mariage eut lieu à Port Mort le 23 mai 1200, sur les terres normandes du roi d'Angleterre, qui ne sont pas frappées d'Interdit. Le mariage du prince héritier de la couronne de France se passe donc sans faste, dans une petite église en terre étrangère.
Les évènements qui suivront ce mariage changeront la face politique du monde : le 1 avril 1204, la courageuse et batailleuse Aliénor d’Aquitaine s’éteint. Le 12 avril 1204, la prise de Constantinople par les Croisés est un désastre pour l’avenir de la Terre Sainte. En février 1206, Gengis Khan est proclamé chef de tous les clans mongols et entame ses conquêtes. Alors que dans le sud de la France, l’assassinat du légat du pape va être le prétexte de la croisade contre les les Albigeois (les Cathares), entérinée par le prêche du pape Innocent III le 10 mars 1208, pape qui ne maîtrise plus les affaires d’Orient et décide de consolider l’Eglise en brûlant des hérétiques. Ainsi, le 22 juillet 1209, au nom de Dieu, la totalité de la population de la ville de Béziers sera massacrée par les Croisés venant du nord de la France.
De l’union de Blanche et de Louis (qui n’est pas encore roi) naquirent deux fils : Philippe, le 9 septembre 1209, et le futur Saint-Louis, le 25 avril 1214. Pendant cette période, la guerre contre les protecteurs des Cathares fait rage : le 12 septembre 1213, à la bataille de Muret, Raymond VI de Toulouse et Pierre II d’Aragon sont écrasés par Simon de Monfort.
L’année suivante, Jean sans Terre, l’empereur du saint-empire romain germanique, et le comte des Flandres déclarent la guerre à la France qui se soldera par la victoire de cette dernière. Philippe Auguste battra la coalition nordique à Bouvines, tandis que son fils Louis s’imposera face à Jean sans Terre à la bataille de la Roche-aux-Moines.
20 mai 1216 : le futur Louis VIII est à la tête d’une expédition militaire à la demande de la noblesse anglaise qui s’est révoltée contre Jean sans Terre jugé incapable de mener à bien les affaires du royaume. Le 2 juin 1216, Louis entre triomphalement à Londres où les barons lui offrent la couronne d’Angleterre. La mort prématurée de Jean sans Terre (19 octobre 1216) met fin aux prétentions de la France. Dans un retournement spectaculaire, la noblesse anglaise soutient le jeune fils de Jean sans Terre, Henri III.
En 1218, le prince Philippe, frère aîné du futur Saint-Louis, décède. Puis le 14 juillet 1223, Philippe Auguste meurt à son tour. Louis est proclamé roi.
Le 6 août 1223, Louis VIII et Blanche de Castille sont sacrés à Reims. Dans le sud, Amaury de Montfort (fils de Simon de Montfort) se révèle incapable face au comte de Toulouse, Raymond VII, qui reprend possession des territoires conquis par les Croisés. L’accord signé à Carcassonne, le 14 janvier 1224, est désastreux pour Amaury qui décide de céder ses droits à la couronne de France. Louis VIII et Blanche de Castille sont alors dans l’obligation de continuer la guerre contre les Cathares. Le 30 janvier 1226, Louis VIII se croise et conduit son armée en Languedoc après le siège d’Avignon.
Raymond VII n’a pas assez de soldats pour s’opposer à l’armée royale, mais un évènement imprévu va jouer en sa faveur : Louis VIII tombe malade (dysenterie), suspend la croisade, puis décède le 8 novembre 1226.
A la mort de son époux, Blanche de Castille peut enfin donner libre cours à ses penchants religieux qui tournent souvent à l’intolérance. Elle éduque son fils selon les règles castillanes strictes qui feront de Saint-Louis un bigot. Toutefois, le jeune roi a l’esprit chevaleresque et fait preuve de mesure lorsqu’il s’agit de justice.
Pourtant, des accusateurs calomnieux lui prêtaient des maîtresses, l'accusant « de s'abandonner avec elles aux plaisirs les plus criminels », écrit dom Bévy dans son Histoire des inaugurations des rois. Quelques personnes se prétendant bien renseignées, fournirent amples détails, déclenchant un scandale, tout Paris ne parlant que des orgies du roi. On raconta que Blanche, non seulement approuvait ces désordres, mais encore en était l'instigatrice. Un religieux faisant de vives réprimandes à la reine à ce sujet, s'entendit répondre qu'elle aimerait mieux voir mourir son fils, malgré toute la tendresse qu'elle avait pour lui, que de le voir encourir la disgrâce de son Créateur par un seul péché mortel ; paroles répétées de siècle en siècle à la louange de Blanche de Castille.
Blanche résolut de marier son fils, et envoya des religieux à la recherche de princesses nubiles qui devaient, écrit Guy Breton, remplir deux conditions : être vertueuses et n'être point trop jolies. Blanche, en effet, désirait que le jeune roi ne s'attachât pas excessivement à sa nouvelle épouse et qu'il ne tombât pas, à cause d'un minois trop gentil, dans les pièges de l'amour sensuel, c'est-à-dire dans le péché... La reine craignait en outre qu'une jolie femme ne prît sur le roi trop d'ascendant. Or, elle voulait continuer à régner sur le cœur et l'esprit de son fils comme par le passé. Elle jeta les yeux sur Marguerite, l'aînée des quatre filles de Raymond Bérenger IV, comte de Provence. Son ambassadeur Flagens put lui dire ce que déjà la renommée racontait du mérite et de la modestie de la jeune princesse. Un poète provençal ayant composé, en l'honneur de celle-ci, des vers trop passionnés qu'il avait osé lire devant elle, elle s'était montrée sévère et avait demandé à son père l'exil du poète, qui avait été relégué à Hyères (il ne fut rappelé qu'après le mariage de Marguerite). Ce fait, raconté à la cour de France, n'y déplut pas. La jeune reine, âgée de treize ans et que Blanche trouvait trop ravissante, avait pris pour devise une guirlande entrelacée de lys et de marguerites, guirlande qui se retrouvait sur l'anneau nuptial, avec ces mots gravés sur la pierre en saphir : Hors Dieu et cest anel, n'ay point aultre amor.
Le Mariage : Conduite en grande pompe jusqu'à sa chambre, Marguerite de Provence se coucha et attendit son époux avec une impatience non dissimulée. Louis n'étant pas encore là deux heures plus tard, la jeune reine envoya une dame de sa suite s'enquérir de cette absence, qui lui apprit que le roi était à la chapelle, en prière. A l'aube, Louis n'étant pas venu, Marguerite s'endormit en pleurant. Le lendemain soir, nouvelle attente vaine. Le roi priait toujours. Le surlendemain, même chose. Enfin, le quatrième soir, Louis reçut de Blanche l'autorisation d'aller remplir ses devoirs d'époux : « Allez, dit-elle d'un ton aigre, et songez à votre descendance ! » Puis elle se plaça dans le couloir et attendit en faisant les cent pas. Quand les choses lui semblèrent terminées, elle entra dans la chambre nuptiale. « En voilà assez pour ce soir ! dit-elle. Maintenant, Louis, relevez-vous ! ». Et, sans un mot pour Marguerite, elle ordonna au roi d'aller finir la nuit tout seul dans une pièce voisine.
Mais elle doit lutter aussi contre les grands féodaux qui voient en elle une régente faible. Dans un premier temps, après avoir maintenu son pouvoir sur le nord de la France, elle parvient à réconcilier Raymond VII de Toulouse et l’Eglise par le traité de Meaux le 12 avril 1229. Enfin, pour consolider ses possessions à l’Ouest, elle fait construire le château d’Angers. Il n’est pas encore temps de songer à une croisade en Orient où Jérusalem vient d’être livré à l’empereur Frédéric II de Hohenstaufen par le sultan Al-Kamel (11 février 1229).
Mère possessive, exclusive, Blanche de Castille intervient dans la vie de couple de Louis et de Marguerite de Provence (mariage le 27 mai 1234). Tout en éduquant son fils, elle continue à mener en sous-main la lutte contre les Cathares qu’elle exècre et à constituer un trésor considérable avec l’afflux des taxes et des impôts d’un territoire en continuelle croissance géographique et économique. Elle apparaît au peuple comme un idéal féminin, une mère exemplaire que beaucoup comparent à la Sainte Vierge.
Après l'assassinat des deux inquisiteurs d'Avignon en 1242, l'enquête désigne les coupables : ils s'agit d'une soixantaine d'hommes de la garnison de Montségur, château dressé sur un piton dans le comté de Foix. Le sénéchal de Carcassone Hugues d'Arcis et l'archevêque de Narbonne Pierre Amiel sont chargés d'assiéger la forteresse sur l'ordre de Blanche de Castille. Le 1er mai 1244, environ 6000 Croisés cernent Montségur où un millier de Cathares se sont réfugiés, bientôt réduits à 200 irréductibles, hommes et femmes, les autres ayant pu partir. Le château résiste jusqu'à Noël 1243: la tour de guet est alors prise et armée d'un trébuchet géant qui bombarde sans relâche la position des assiégés. Un mois plus tard- on pense de plus en plus à une trahison-, la barbacane tombe aux mains des assaillants. Un dernier assaut lancé en février est repoussé mais laisse les assiégés affaiblis et presque sans vivres.
Le 1er mars 1244, le chef des défenseurs, le chevalier « faydit » Pierre-Roger de Mirepoix se voit contraint de négocier la reddition de la place forte. Malgré les promesses des assiégeants, les Cathares qui n'avaient pas abjuré leur foi périssent le 16 mars sur le bûcher qui engloutit plus de 200 suppliciés. Cet épisode militaire local marque traditionnellement la fin de la résistance armée des Cathares. Une auréole légendaire continue d'entourer cet épilogue héroïque et tragique de la croisade albigeoise.
La dernière forteresse des Cathares, Quéribus, tombe en 1255 : ce château des Fenouillèdes est tenu par le chevalier Chabert de Barbaira, farouche opposant aux Croisés, qui y accueille les religieux cathares, dont Benoît de Termes, diacre puis évêque cathare du Razès, mort en 1233. Le château est sous la protection du seigneur de Roussillon Nuno Sanç, seigneur du Roussillon et vassal du roi d’Aragon, et jouit d’une relative protection de la part de ce dernier. Mais à sa mort en 1241, son héritier, le roi Jacques Ier d’Aragon, abandonne sa politique de protection du Fenouillèdes, dont la possession est tacitement reconnue au roi de France. Le roi louis IX ordonne alors au sénéchal de Carcassonne, Pierre d'Auteuil, de s'emparer du château. La conduite des opérations est confiée à Olivier de Termes qui connaît les lieux et leur défenseur. Après un siège assez court, Chabert de Barbaira se rend à Olivier et échange sa liberté contre la reddition du château, en mai 1255. Le château devient alors une forteresse royale pourvue d'une garnison.
Alors que Blanche de Castille assure la régence avec sagesse et fermeté en coordination avec le grand chambrier de la cour, le vieux Barthélémy de Roye, son fils Saint-Louis est sacré roi à Reims, le 29 novembre 1226. Il n’a que douze ans. Blanche règne avec le titre de Baillistre. Bien que considéré majeur le 25 avril 1235, Blanche continue à exercer un pouvoir sans condition jusqu’en 1241. Cette année là, le jeune roi marque son entrée sur la scène politique en investissant son frère Alphonse, comte de Poitiers, puis en soumettant le rebelle Hugues de Lusignan. Au cours de l’année 1242, il chassera de Saintes le roi Henri III d’Angleterre. Réputé pour sa piété, inspiré par sa mère qui veille dans l’ombre aux affaires de l’Etat, Saint-Louis se taille une bonne réputation en Europe où les grands font appel à son arbitrage.
Par le traité de Corbeil du 11 mai 1258, Louis IX abandonne sa suzeraineté sur la Catalogne, la Cerdagne et le Roussillon. En échange, Jacques Ier d'Aragon renonce à ses droits sur la Provence et le Languedoc. Pour sceller ce traité, Louis IX marie sa fille Blanche avec l'infant de Castille, Ferdinand de la Cerda, et Jacques Ier d'Aragon marie sa fille l'infante Isabelle avec le fils de Louis IX, le futur Philippe III. On peut déceler dans ce traité la main de Blanche de Castille.
De 1241 à 1248, entièrement dévoué à l’Eglise et au Christ, Saint-Louis fait construire la Sainte Chapelle. Cette dévotion et l’implication de la France dans sa guerre contre l’Islam n’empêchera pas la perte définitive de Jérusalem, le 23 août 1244.
Guidé par son mysticisme et une foi indéfectible, Saint-Louis décide de partir en croisade contre l’avis de Blanche de Castille qui pressent la catastrophe et prédit sa mort avant le retour de son fils. Une fois de plus, elle assure la régence. De leur côté, les Espagnols menés par le roi Ferdinand III prennent Séville aux Musulmans, le 23 novembre 1248. Désormais, les forces du Prophète n’occupent plus que Grenade et sa région.
1248 est l’année du débarquement des troupes croisées en Egypte. Dans un premier temps, Saint-Louis semble avoir l’initiative et la possibilité de prendre le Caire, mais des revers de fortune en 1250 lui font perdre la guerre à Damiette où il est maintenu en captivité. Le 2 mai 1250, après avoir assassiné leur sultan, les mamelouks prennent le pouvoir au Caire. La fabuleuse rançon qu’il demande pour la libération de Saint-Louis et de sa suite ne peut-être réunie. Nous pouvons nous demander alors dans quel état financier se trouvait la France. Trop de travaux de défense avaient été engagés, à cela il fallait ajouter les dépenses causées par la croisade. Blanche de Castille va mettre tout en œuvre pour réunir la somme. Son amour pour son fils était démesuré. Il est évident qu’à aucun moment, elle n’a pu cacher une partie du trésor royal dans le sud du pays si difficilement conquis, sud dont elle se méfie. Nous connaissons dans le détail l’épisode de la captivité (voir le trésor des templiers sur le site), puis de la libération du roi qui, de 1250 à 1253, consolide les forteresses d'Acre, de Césarée, de Jaffa et de Sidon.
Le 27 novembre 1252, Blanche de Castille meurt à l’abbaye de Maubuisson sans avoir revu son fils. Le royaume perd une grande reine qui n’a jamais caché une seule pièce d’or sous les solitudes du Razès ou dans les brumes de l’Île de France. Est-il possible qu’elle cacha un autre trésor dans son cœur ? Nous évoquons ici son hypothétique amour platonique avec Thibaud de Champagne. Elle le méprisa longtemps avant d’en faire un allié, réussissant même à le convaincre d’éliminer les hérétiques, ce qu’il fit. Officiellement poussé par le pape et l'inquisiteur général Robert le Bougre, Thibaud IV fera brûler 183 hérétiques, le 13 mai 1239, sur la cime du Mont-Aimé.
Thibaud, riche et puissant Comte de Champagne, était haï de toute la noblesse à cause de ses trahisons. On le soupçonna d’avoir empoisonné le roi Louis VIII afin d’entretenir sa relation secrète avec Blanche. Sa passion amoureuse pour Blanche de Castille lui inspira chansons et poésies qu’il faisait peindre sur les murs de ses palais de Troyes et de Provins. Ceci lui valut le qualificatif de Chansonnier.
"Celle que j'aime est de telle seigneurie Que sa beauté me fait outrecuider Quand je la vois, ne sais ce que je dis Et suis si surpris que n'ose la prier. Plus ressens pour elle de maux qui me guerroient Que n'eut jamais Pâris pour Hélène de Troyes."
Il mourut en Navarre, à Pampelune, en 1253.
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