
| Le trésor de guerre des Japonais. |
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LE TRESOR DE GUERRE DES JAPONAIS.
L’existence de ce trésor a été connue du grand public quand l’ancien général américain John Singlaub, auparavant responsable des opérations spéciales en Asie, est arrivé à Manille pour demander des permis de fouilles concernant 209 sites disséminés sur le territoire des Philippines. L’objectif avait été fixé par le Pentagone : il devait retrouver à n’importe quel prix le trésor de guerre de Yamashita, général japonais exécuté en 1946 pour crime de guerre. Ce trésor fut amassé de 1937 à 1944 sur ordre de l’empereur Hirohito en pillant les territoires conquis de la Chine et de l’Asie du Sud-est. Avant de se rendre à Manille, les agents américains et leurs partenaires asiatiques tinrent trois réunions secrètes à Hong-Kong en févier 1987, sous l'égide du général Singlaub.
Le général John K.Singlaub.
Le parcours occulte et aventureux de Singlaub débuta pendant la seconde guerre mondiale quand l’Office of Strategic Services (l’OSS) le recruta.
Sa première mission d’une importance capitale consista à organiser la résistance française avant le débarquement des alliés en Normandie. Il poursuivit sa carrière d’agent en Chine. Ce fut aux côtés d’espions et hommes d’influence tels que Lucien Corporan, Richard Helms, Paul Hellixell, Whiting Willauer, William Pawley, Jack Anderson –la liste pourrait s’allonger indéfiniment- qu’il apprit véritablement son métier. Naturellement, il intégra la Central Intelligence Agency (CIA) qui l’envoya en Mandchourie alors en pleine guerre civile chinoise. En 1951, il devint le chef adjoint de la CIA en Corée du Sud avant de s’installer au Laos sous la tutelle du redoutable Ted Shackley.
En 1964, nommé au poste de chef des études militaires et d’assistance du Groupe d’Observation, Singlaub donna la pleine mesure de ses capacités en supervisant les assassinats politiques perpétrés par les sections paramilitaires en Asie du Sud. Son terrain d’action, en collaboration avec Ted Shackley, englobait la Thaïlande, le Laos et le Cambodge. Deux ans plus tard, responsable de la CIA au Laos, il s’entoura des meilleurs agents « Secret Team » : Carl E.Jenkins, David Morales, Edwin Wilson, Félix Rodriguez et Rafael Quintero, pour lutter contre les communistes et remplir les caisses de ses services en montant des filières de la drogue. L’opium tirée du pavot devint le nerf de la guerre menée par Singlaub qui s’allia avec le plus véreux des généraux laotiens, Vang Pao. Ce dernier fut à l’origine du trafic de drogue vers l’occident. Dans un premier temps les Américains l’aidèrent à créer une compagnie aérienne, la Zieng Khouang, pour acheminer l’opium entre Long Tieng et Vientiane avant de se lancer dans des opérations de contrebande vers les USA en 1968.
Jean-Michel Thibaux: le général Singlaub livrait des armes aux Contras lors de l'invasion du Nicaragua.
Le trafic de drogue atteindra son apogée pendant la guerre du Vietnam et permettra de financer le programme Phoenix crée en 1969, destiné à assassiner les civils soutenant le Front National de Libération. En deux ans, sous le contrôle de Ted Shackley, 28978 civils furent assassinés. Singlaub s’impliqua dans ce nettoyage jusqu’à la fin de la guerre. En 1980, Singlaub fut envoyé au Guatemala pour aider la Contra. Proche de Ronald Reagan qui le couvrait, Singlaub fonda à Washington la GeoMili Tech Consultans Corporation, société spécialisée dans le commerce des armes. Sa lutte contre le communisme en Amérique centrale était conditionnée par l’argent sale récolté en Corée du Sud et à Taiwan. La source ne tarissant pas, Singlaub acheta une grande quantité d’armes aux pays de l’Est et mit en œuvre le plan « Mission Rainbow » qui permettrait l’invasion du Nicaragua. Ce plan reçut l’approbation d’Olivier North et de Robert Owen. Ce fut après cette longue série d’actes terroristes, d’assassinats et de renversements de gouvernements que Singlaub allait se lancer dans la course au trésor des Japonais.
La fin de l’empire coréen et le début des pillages.
Jean-Michel Thibaux : le partage de la Chine entre les puissances occidentales et le Japon.
Cette longue aventure faite de drames, de trahisons et de massacres commença avec l’assassinat de l’impératrice coréenne Min en 1885. Auparavant, la Corée avait été fortement ébranlée par la révolution Kapsin qui éclata la 4 décembre 1884. Provoquée par l’arrivée des étrangers (notamment les Anglais et les Français), elle avait été fomentée par les élites progressistes admiratrices du Japon de l’ère Meiji. Ces élites voulaient moderniser le pays afin de ne pas subir le sort des Chinois qui venaient de tomber sous la coupe des puissances occidentales. Plusieurs ministres furent assassinés, la capitale mise à feu et à sang tomba en partie entre les mains des rebelles, mais ces derniers ne surent tirer partie de leur avantage et la révolte échoua.
En 1894, une nouvelle révolte paysanne menée par le mouvement Tongkak éclata dans le sud-est du royaume. Le 4 juin, le roi Kojong, débordé par la situation, demanda de l’aide à l’empereur chinois Guangxu qui avait été porté sur le trône par la terrible impératrice douairière Ci-Xi. Mais ce fut le Japon qui intervint et mit en place un gouvernement provisoire le 23 juillet. Dans la foulée, les Japonais déclaraient la guerre à la Chine le 1er août, qui allait se conclure par le traité de Shimonoseki (17 avril 1895) qui confirma la domination du Japon sur la Corée.
8 octobre 1895.
Cette date donne le coup d’envoi aux pillages. Cette nuit-là, 30 assassins munis d’épées et de poignards s’introduisirent dans le palais royal de Séoul et gagnèrent l’aile où vivait la reine. Après avoir vu périr ses deux dames d’honneur, la reine Min fut à son tour criblée de coups. Gravement blessée, en pleurs, elle n’avait plus personne pour la protéger. Les tueurs la traînèrent dans les jardins où ils la brûlèrent vive sur un tas de bois arrosé de kérosène. La principale représentante de la résistance contre les Japonais venait de disparaître.
Les Japonais allaient enfin pouvoir s’accaparer un territoire qu’ils convoitaient depuis des siècles. La Corée était une tête de pont indispensable pour la conquête du continent asiatique. Leur première tentative d’occupation datait du XVI ème siècle quand Hideyoshi Toyotomi, unificateur du Japon, envahit la Corée avec 178 000 hommes. Il la pilla pendant plusieurs années avant d’en être chassé par l’amiral Yi.
Jean-Michel Thibaux : Hideyoshi Toyotomi, l'unificateur du Japon.
A la fin du XIX ème siècle, le destin de la Corée était donc scellé. Les Coréens perdaient leur identité nationale et devenaient « Japonais de 2ème classe ». Dépossédés de leurs terres, de leurs biens, de leur honneur, leurs noms furent remplacés par des noms à consonance japonaise. Les nouveaux maîtres les obligèrent à adopter le Shinto, à ne parler que le japonais et à reconnaître qu’un seul Dieu, l’empereur du Japon. En 1907, les Japonais déposèrent le roi Kojong et le remplacent par le falot et inexistant prince héritier Funjong, qui sera le vingt-septième et dernier roi de Corée et qu’on maria à une princesse japonaise afin de mieux le contrôler. Les Coréens étaient désormais corvéables à merci. Six millions d'entre eux furent réduits à l’esclavage, dont un million déportés au Japon dans les mines et les usines militaires de Sakhaline.
Mais les Japonais donnèrent la pleine mesure de leur cruauté après l’assassinat du vice-roi japonais à Harbin en 1910. Le protectorat de 1905 disparut et la Corée fut totalement annexée. Dès lors, les sociétés ultranationalistes secondées par les cartels de la pègre se livrèrent au démantèlement économique et politique du pays. Le Maître Ryochei Uchida, chef de la Société du Dragon Noir, recruta et organisa les milices chargées de rançonner par tous les moyens les familles riches. Officiellement, le général Yamagata chargea son bras droit, le général Terauchi (Terauchy) d’amplifier les actions du Dragon Noir en créant une police secrète dont les membres étaient appelés les Kempeitai.
Les Kempeitai (policiers militaires de l’armée impériale dont le corps fut créé en 1881) se fondirent très vite dans la population. Seul un chrysanthème sous le revers de la veste permettait de les identifier. Ces délateurs, tortionnaires et assassins, mirent en place des réseaux de prostitution, obligeant les Coréennes à vendre leurs charmes et à devenir « femmes de réconfort ». L’argent entrait à flots dans les coffres impériaux et mafieux. La priorité aux pillages des biens demeurait cependant la priorité. Le général Hisaichi Terauchi Misataké fut l’un des premiers à s’illustrer dans ce domaine en rasant Kyungbok-Goong (Kyongbokgoong), le palais aux 4000 pièces qu’il vida entièrement. Il s’appropria six cents des plus belles œuvres artistiques avant d’expédier le reste au Japon.
Les Japonais raflèrent les collections de porcelaine céladon, les poteries pung-chong et la céramique blanche Chalasi. Toutes ces pièces sont pour la plupart aujourd’hui dans des collections privées et des endroits inaccessibles. On estime que le premier pillage permit aux Japonais de s’emparer de 42 000 œuvres majeures. Cette razzia s’accompagna de la destruction du patrimoine culturel et religieux avec pour but d’effacer l’identité coréenne.
La question coréenne étant réglée, les Japonais s’occupèrent de la Mandchourie où il placèrent l’empereur fantoche Puyi. Ce fut Nabusuke Kishi qui fut chargé d’administrer ce territoire avec pour priorité de contrôler complètement les ports de la Chine du Nord. Il s’allia avec les tairiki ronin devenus seigneurs de guerre et trafiquants de drogue, aidé par les chefs yasukas Ryoichi Sasakawa et Yashio Kodama (mafieux japonais) et les bandes chinoises du Gang Vert. Avec l’aval de l’empereur, toutes les opérations de pillage furent planifiées par une équipe hors pair : Nobusuke Kishi et son clan comprenant le général Hideki Tojo (chef de la police secrète et futur Premier ministre du gouvernement de guerre), Hoshino Naoki (patron du monopole de l’opium), Matsuoka Yosuke (président de la corporation Mantsetsu) et Aïkawa Gisuke (dirigeant de Nissan), On peut affirmer que ces hommes sont les fondateurs du Parti Libéral démocrate qui jusqu’à aujourd’hui a dominé la scène politique japonaise et mondiale.
Avant la seconde guerre mondiale, Les Japonais exerçaient leur emprise sur toute l’Asie. Dans cette optique, ils pensèrent pouvoir s’entendre avec les Anglais, mais ces derniers rejetèrent toute alliance avec l’empire nippon. Le prince Yasushito Chichibu se tourna alors vers l’Allemagne et s’envola pour Nuremberg où il rencontra Hitler (1937). L’avenir du Japon était désormais lié à celui du III ème Reich.
De son côté, le président des Etats-Unis Franklin D. Roosevelt, excédé par la politique expansionniste du Japon, déclara sa volonté d’y mettre un terme. Au même moment, l’armée d’invasion du prince Asaka commettait l’un des plus grand massacre de la guerre dans la ville de Nankin. Sur son ordre, des dizaines de milliers de chinois furent exécutés, beaucoup servirent de mannequins pour les exercices à la baïonnette tandis que les femmes étaient systématiquement violées. Parallèlement, les princes Chichibu et Takeda organisaient le gigantesque pillage de la ville et sa région en utilisant les services des tortionnaires de la police secrète chargée d’obtenir des informations sur les richesses cachées.
LE BUTIN. L’OPERATION LYS d’OR.
Après l’attaque de Pearl Harbour et la prise de Singapour, les Japonais espéraient signer un traité de paix avec les Américains, mais ces derniers refusèrent et reprirent l’initiative lors de la bataille de Midway. En juin 1942, la guerre entra dans une phase qui se révéla critique pour les Japonais. L’empereur Hirohito entérina les opérations de pillage en donnant des moyens considérables réunis sous le nom Lys d’Or au prince Chichibu. Dans la foulée, le Japon envahit la Thaïlande, Sumatra, la Birmanie, Hongkong, Guam et les Philippines. Le centre névralgique du Lys d’Or était désormais Singapour. Les avoirs bancaires et le trésor philippins alimentèrent les comptes de la Yokohama Specie Bank et la banque de Taiwan tandis que les banques suisses, chiliennes, argentines et portugaises se chargeaient du blanchiment des devises et de l’or.
Les Kempeitai et les membres du Lys d’Or avaient pour mission de faire acheminer le colossal butin jusqu’au quai numéro 15 du port de Manille où attendaient les bateaux à destination du Japon, entre autres des navires hôpitaux à croix vertes. Monnaies, lingots, barils de pierres précieuses disparurent dans les entrepôts secrets au Japon. Les dépôts les plus importants se trouvaient à Matsushiro et à Nagano.
Après la bataille de Midway et la perte de sa suprématie sur les mers, le Japon comprit qu’il pouvait perdre la guerre. La noria des navires transportant les trésors asiatiques s’interrompit en 1943 quand les Américains mirent en place un blocus qui isola le Japon. Le prince Chichibu décida de cacher l’énorme butin aux Philippines. Ce pays offrait des avantages géologiques, il était truffé de cavernes naturelles. Entouré des meilleurs ingénieurs, il fit aménager 216 sites et, après les avoir remplis et fait tuer les ouvriers, il obligea les cadres à se faire hara-kiri. A Manille, il choisit Fort Santiago et la vieille cité (Intramuros) pour dissimuler les plus belles prises. Le fort avait été construit 370 ans auparavant et bénéficiait d’aménagements souterrains. Les quais de Manille furent reliés aux sous-sols des monuments historiques pour acheminer discrètement les marchandises. Des milliers d’esclaves creusèrent des nouvelles galeries et des puits à des profondeurs inimaginables pendant deux ans. Le prince Takeda fit aussi aménager les grottes et les cavernes naturelles situées au nord de la cité. Ces abris étaient systématiquement piégés ingénieusement par des bombes, des pièges à eau et à sable, des capsules de cyanure et poisons divers. A chaque achèvement d’une opération, les ingénieurs, les techniciens et les bagnards étaient enterrés vivants. Le fils du prince Asaka, Takahito et le général Yamashita furent chargés de la solution finale. Tous les prêtres et les archivistes ayant connaissance des lieux furent exécutés.
Ce serait une erreur de limiter ce pillage aux seuls lingots, diamants et objets d’art. Le Japon rafla aussi la totalité des productions industrielles et agricoles dont il est impossible de chiffrer le montant. Dans cette compétition de voleurs organisée par le Lys d’Or, il nous faut mentionner l’un des plus cruels membres du Lys, le colonel Tsuji, tête pensante de l’opération Sook-Ching. Le 21 février 1942 à Singapour, plus de 70 000 Chinois de sexe masculin désignés par des indics cagoulés furent emmenés sur cinq sites où les Japonais les éventrèrent à la baïonnette et les décapitèrent au sabre tandis que 20 000 autres étaient mitraillés en pleine mer. L’opération rapporta 50 millions de yens dont un cinquième se retrouva dans les coffres personnels de l’empereur Hiro Hito.
1942, année charnière dans le déroulement de la guerre, fut celle de l’enfouissement des trésors en Asie. Les esclaves ne manquaient pas. Plus de douze millions de travailleurs forcés suaient sang et eau pour le Japon. Aux Philippines, le prince Takeda s’activa à faire creuser de profondes caches. 175 au total. De leur côté, les princes Mikasa et Asaka firent aménager plus de 50 sites. Le 1er juin 1945, le prince Takeda organisa la soirée Sayonara pendant laquelle les 175 ingénieurs responsables des travaux burent jusqu’à l’ivresse. Après les avoir remerciés chaleureusement, il les quitta précipitamment et donna l’ordre à un artificier de faire sauter le site. Des dizaine de tonnes d’explosifs avaient été dissimulés une semaine auparavant. L’explosion gigantesque effaça tous les témoins et le prince justifia ainsi son acte «…afin que leurs âmes gardent le trésor ». Avant de partir en sous-marin pour le Japon, il confia à son valet philippin Ben Valmores le soin de cacher tous les plans et les cartes.
1945. Au cours de cette année qui sonnait le glas des forces de l’AXE, les services secrets apprirent l’existence de l’opération Lys d’Or. Le général Yamashita tomba entre les mains des Américains qui, par l’intermédiaire de l’agent Severino Garcia Santa Romana dit « Santy », procédèrent à l’interrogatoire du major Kajima, chauffeur de Yashimata. Santa Romana obtint des informations cruciales sur un certain nombre d’emplacements du trésor. Mais ce fut l’agent Edward Landsale qui finalisa les recherches et récupéra un butin considérable.
Le président Truman prit alors la décision d’utiliser les trésors de l’AXE contre les communistes et baptisa l’opération du nom d’Aigle Noir. Ainsi débuta le financement des gouvernements fantoches par les Etats-Unis. On fit appel à Robert Anderson, spécialiste du blanchiment pour recycler l’or récupéré par Santa Romana et Edward Landsale. Dans un premier temps, la CIA ouvrit 173 comptes dans 42 pays amis afin d’alimenter les réseaux anti-communistes et les partis politiques.
Trois fonds secrets étaient prioritaires.
2- Le fond Joseph Keenan, procureur du procès pour crimes de guerre contre l’humanité à Tokyo, permit de soudoyer les témoins afin de disculper l’empereur et sa famille. Hirohito blanchi, le général Tojo fut déclaré principal responsable de la guerre et pendu le 22 décembre 1948. Les généraux Yamashita et Matsui subirent le même sort.
3- le fond M-Fund servit à museler les communistes et socialistes japonais. Ces derniers firent une timide apparition au pouvoir après la capitulation avant d’être balayés par la droite issue du mouvement ultranationaliste menée par Ryaichi Sasakawa et Nabusuke Kishi. L’argent d’Aigle Noir permit à Nobusuke Kishi, le criminel de guerre de Mandchourie, d’être élu premier ministre du Japon en 1952. Anticommuniste viscéral, Kishi deviendra l’allié préféré d’Eisenhower. Désormais jusqu’à l’ère Nixon (il avait promis de rendre Okinawa aux Japonais) qui dut en partie son élection grâce à l’argent sale de la CIA, le fond M-Fund alimenterait le Parti Démocrate Libéral japonais.
LA PERIODE MARCOS. Les cartes aux trésors cachées par les Japonais réapparurent, des rescapés des purges de 1945 se mirent à parler. Il s’ensuivit une compétition entre les chercheurs de trésors. Dans cette course, le dictateur Ferdinand Marcos s’allia avec la CIA et les gangs asiatiques dont les célèbres Yakusas. A partir de 1969, les Japonais aidèrent Marcos à sortir le butin des blockhaus enfoui sous terre. De l’or de toute nature s’empila dans les coffres du président des Philippines qui dut faire appel à un Américain Robert Curtis pour fondre le métal et le blanchir. Afin de financer et construire sa fonderie aux Philippines, ce dernier s’associa à la John Birch Society recouvrant un groupe d’extrême-droite spécialisé dans les opérations anticommunistes et comprenant notamment le colonel Laurence Bunker ancien collaborateur du général MacArthur.
Les fouilles des tunnels 8 et 9 de Bambang et de Montalban dépassèrent les espérances de la bande à Marcos. Trente trois camions remplis d’or livrèrent leur cargaison à Manille. Avide, Marcos ne cacha plus son avidité et tenta de faire assassiner Curtis qui, fuyant aux USA, fut inculpé de blanchiment dès son arrivée sur le territoire américain. Ce fut désormais la Johnson Mathey Bank de Londres qui recycla les lingots. Marcos ne fut pas oublié. Les alliés alimentèrent ses comptes de New-York, de Londres et de Zurich pour des montants de plusieurs centaines de millions de dollars. Les avoirs du dictateur se chiffrèrent à 8 milliards qui atteignirent 100 milliards après la hausse de l’or en 1970.
Ce trésor récupéré par Marcos n’était pourtant qu’une infime partie du total des pillages japonais. En voulant mettre en place le retour à l’étalon-or, le président Reagan demanda à Marcos d’injecter une partie de ces fabuleuses réserves, mais dans cette opération le dictateur philippin voulut s’enrichir au détriment des Américains. Il signa sa perte. L’ordre d’enlever Ferdinand et Imelda Marcos vint du sous-secrétaire d’Etat à la Maison Blanche, Paul Wolfowist. Après l’exil du couple infernal à Hawaï, une bonne partie de l’or amassé par les Marcos à Manille se retrouva aux USA.
Les appétits étaient loin d’être assouvis car il restait 90% du trésor de guerre à découvrir. En 1987, le général Schweitzer réactiva Robert Curtis qui depuis Hong-Kong programma les nouvelles recherches aux Philippines. Il mandata le général John Singlaub (voir début de l’article) qui occupa Manille avec ses spécialistes. On sait aujourd’hui que Singlaub se heurta à la présidente Aquino et ne parvint pas à ses fins.
Le gouvernement américain était tenace. En 2001, sous l’administration du président Bush et la direction de Paul Wolfowist devenu secrétaire d’Etat, des commandos entrèrent aux Philippines pour récupérer le reste de l’or de Marcos et trouver les milliers de tonnes de richesses encore enfouies. Il semble qu’à ce jour rien de nouveau n’ait été découvert et que le « Lys d’Or » garde bien ses secrets. A ce sujet, tous les documents concernant le cœur de l’affaire ne seront dévoilés qu’en 2045 afin de préserver les personnalités qui ont bénéficié des largesses des gouvernements américains et japonais et de la complicité des gangs internationaux dont les fameux Yakusas.
LE PRINCE DES YAKUSAS, YOSHIO KODAMA.
A la charnière des années 20-30, le plus rusé et cruel des gangsters japonais apparut dans le monde du crime en s’engageant dans l’une des organisations satellites de la Société de l’Océan Noir fondée en 1881 par l’ultranationaliste Mitsuru Toyama désireux de restaurer les valeurs traditionnelles et de hisser l’armée impériale japonaise au niveau des armées occidentales. La plupart des membres de cette société utilisée par les patrons pour briser les grèves était des yakusas. Au final, Toyama avait pour but de contrôler l’Asie. Pour y parvenir, il créa par l’intermédiaire de son lieutenant Ryohei Uchida le Dragon Noir (Société du fleuve Amour) chargé d’espionner et de monter des réseaux en Corée et en Mandchourie.
En 1895, l’Océan Noir fit assassiner la reine de Corée (voir plus haut) et précipita l’invasion par les Japonais. Les yakusas les plus actifs devinrent des seigneurs de guerre dans les régions occupées. En 1929, Yoshio Kodama entra dans l’Association des Fondateurs de la Nation composée de mafieux usant de méthodes violentes pour s’imposer. Il écopa de six mois de prison pour avoir tenté de rencontrer l’empereur Hirohito. Cet enfermement n’entama pas son opportunisme et ses ambitions. Dès sa libération, il fonda la Société de la jeunesse pour l’indépendance en s’associant avec la Société pour l’action céleste. Il s’agissait alors pour Kodama de faire assassiner les membres du gouvernement impérial. Arrêté à nouveau, il fut enfermé dans le pénitencier de Fuchu jusqu’en 1937.
A sa libération, il devint agent de renseignement au sein de l’armée japonaise, fonction dans laquelle il montra tous ses talents en organisant un réseau d’espions mandchous. Ayant prouvé son indéfectible attachement au Japon, Kodama eut la permission de fonder l’agence Kodama à Shangaï. Ce fut le début de sa fortune. La couverture de Yoshio consistait à exporter des matières premières stratégiques au Japon, mais il se livrait au pillage des richesses chinoises. Son complice Ryoichi Sasakawa, chef des milices fasciste, l’aida à amasser un butin de platine et de diamants évalué à 175 millions de dollars en 1945.
En 1945, Kodama rentra au Japon où paré du titre de vice-amiral, il devint le conseiller du premier ministre, le prince Higashikuni. Les Américains l’arrêtèrent en 1946 et l’emprisonnèrent dans la prison de Sugamo comme « criminel de classe A » donc passible de peine mort. A ce titre, le rapport d’enquête est explicite :
« Kodama est un homme doublement dangereux. Son long et fanatique engagement dans les activités ultranationalistes marquées par la violence et son influence sur la jeunesse font de lui un homme qui libéré représenterait certainement une grave menace. En outre, selon toutes probabilités, son étroite coopération à l’effort de guerre japonais, lui a fait acquérir une grande fortune qui lui permettrait de financer n’importe quelle activité. Il pourrait donc devenir l’un des plus grands artisans de la reconstruction du Japon ».
Il n’y resta pas longtemps. Face au nouveau danger que représentait le communisme, il était urgent d’opposer un appareil de lutte efficace. Ce fut dans ce cadre appelé désormais « guerre froide » que Kodama reprit du service dans les rangs secrets dépendant du général américain Willoughby. Kodama reprit possession de l’immense fortune qu’il avait confiée au leader de l’extrême droite, Karuko Tsuji. Au japon, ce trésor de guerre permettra de fonder le Parti Libéral qui fusionna avec le Parti Démocrate en 1955 pour donner le Parti Libéral Démocrate. Kodama joua encore un rôle essentiel dans les recherches des trésors enfouis aux Philippines mais jusqu’à ce jour des centaines de milliards échappent à toutes les investigations.
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