
| Le trésor de Rommel. |
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Le trésor de Rommel.
En septembre 1943, la Corse était sur le point d’être libérée par les alliés. Le 9 septembre débuta l’insurrection générale dans l’île de beauté. La liberté n’était pas gagnée d’avance car il restait 10500 Allemands et 85000 Italiens appuyés par 1500 chemises noires. Le 11 septembre, le général Giraud décide de déclencher l’Opération Vésuve dont le but est de faire débarquer à Ajaccio les 109 soldats du Bataillon de Choc qui étaient à bord du sous-marin Casabianca. Dès lors, les évènements vont se précipiter et d’importants renforts alliés vont mettre le pied sur l’île. Les Allemands encerclés à Bastia décident de se replier sur L’Italie. C’est le début de la légende du Trésor de Rommel.
Dans cette affaire, nous demeurerons prudents car la confusion est la plus totale depuis les premiers témoignages. A notre avis, il y a deux trésors qui sont d’origines très différentes.
Parlons d’abord de ces six caisses emportées discrètement d’un monastère des environs de Bastia pour être embarquées sur une barge qui sera coulée après une attaque aérienne américaine alors qu’elle faisait route vers la Spézia. Pourquoi les Allemands auraient-ils entreposé ces six caisses arrivant de Lybie dans un endroit susceptible d’être attaqué par les résistants ? Il y a de fortes probabilités pour que le véritable trésor de Rommel n'ait jamais quitté les cales d'un cargo ancré à Bastia. Ces caisses arrivant du couvent contenaient d’autres richesses, mais lesquelles ? Revenons d’abord à l’épopée de Rommel en Afrique et aux pillages en Tunisie, en Lybie et en Ethiopie car il ne faut pas oublier le rôle important joué par l’armée italienne dans la conquête de l’Afrique du Nord et de l’Est.
Rommel.
Erwin Johannes Eugen Rommel naquît le 15 novembre 1891 à Heidenheim dans le Wurtemberg et mourut le 14 octobre 1944 à Herrlingen. Son père était professeur de mathématiques. Sa mère, Hélène von Luz, fille du président du gouvernement du Wurtemberg était une descendante du roi Saint-Louis. Rommel passionné d’aviation voulait devenir pilote, mais son père s’y opposant, il s’engagea dans l’armée.
Rommel le héro de la guerre 14-18.
Ayant rejoint le 6ème bataillon du 124 régiment d’infanterie, il servit d’abord dans les rangs et fut nommé très rapidement caporal et commença à suivre les cours de l’école militaire. Qand Rommel fut promu sergent, un instructeur commenta ainsi son ascension : « Rommel est fait pour commander et conduire des hommes à la guerre. Il est discipliné et ne semble jamais fatigué. Il fera sans aucun doute un officier hors du commun. Son audace en manœuvres a été particulièrement remarquée. ». Breveté en janvier 1912, le sous-lieutenant Rommel partit à la guerre le 1er août 1914 et se mêla aux combats le 22 août seul contre trois Français et reçut, pour son courage, la croix de fer de 2ème Classe. Après avoir enlevé quatre fortins et pris une position perdue la veille du 29 janvier 1915, il obtint la croix de fer de 1ère classe. Dans les mois qui suivirent, ses nombreux exploits, il fut promu lieutenant et blessé une seconde fois à la jambe.
L’ascension de Rommel entre 1933 et 1940.
Pendant cette période propice à la prise du pouvoir absolu par Hitler, Rommel devint le responsable de la sécurité du Furher dont il partageait les opinions. Auparavant, il avait été chargé de l’entraînement des jeunesses hitlériennes, puis il participa à la prise des Sudètes. En 1940, Rommel est nommé commandant de la 7ème division de panzers. Il disait d’Hitler : « Hitler possède un pouvoir magnétique sur les foules, qui découle de la foi en une mission qui lui aurait été confiée par Dieu. Il se met à parler sur le ton de la prophétie. Il agit sous l'emprise de l'impulsion et rarement sous celle de la raison. Il a l'étonnante faculté de rassembler les points essentiels d'une discussion et de lui donner une solution. Une forte intuition lui permet de deviner la pensée des autres. Il sait manier avec habileté la flatterie. Sa mémoire infaillible m'a beaucoup frappé. Il connaît par cœur des livres qu'il a lus. Des pages entières et des chapitres sont photographiés dans son esprit. Son goût des statistiques est étonnamment développé : il peut aligner des chiffres très précis sur les troupes de l'ennemi, les diverses réserves de munitions, avec une réelle maestria qui impressionne. » La guerre était imminente. L'invasion de la Pologne fut un test d'entraînement pour l'armée allemande. Hitler pouvait enfin réaliser l'un de ses rêves: envahir la France et effacer le honteux traité de Versailles. Rommel ferait partie des fidèles qui l'aideraient à accomplir son effroyable destin de conquérant.
7 ème Panzerdivision.
Naturellement doué pour la guerre, fervent partisan de la conquête prônée par Hitler, Rommel montre dès l’invasion de la France le 9 mai 1944, ses talents de commandement. Rattachée au 15ème Panzerkorps du général Hoth, la division de Rommel traverse les Ardennes belges. Dès le contact avec la première division de cavalerie française, Rommel écrivit : « À notre premier choc avec les forces françaises, nous ouvrimes le feu tout de suite, ce qui les amena à se retirer en hâte. J'ai constaté que, dans ces contacts, le succès est au bénéfice du premier qui a pu mettre l'ennemi sous son feu. » Il attaqua donc sans relâche, franchit la Meuse après avoir essuyé des pertes légères. Il engagea 218 chars contre la 18ème division française mal équipée qu’il repoussa. Le 16 mai, il prit Avesnes, puis franchit la Sambre à Pommereuil. La 19 mai, il entra à Cambrai, puis fonça sur Arras et s’opposa à une forte résistance des Français et des Britanniques. « De violents combats s'engagent avec des centaines de chars et avec l'infanterie qui les suivait. Contre les chars lourds alliés, nos canons antichars de 37 millimètres ne sont pas efficaces, même à une distance assez courte. La barrière défensive constituée par eux a été rompue, nos pièces ont été détruites, les servants massacrés. »
Rien ne semblait pouvoir arrêter Rommel qui échappa deux fois à la mort. Le 26 mai, il était décoré au nom d’Hitler et recevait la Croix de Chevalier. Auréolé de gloire, il entra dans la ville de Lille. La bataille de France était quasiment gagnée mais il ne songeait pas à perdre trop de temps. On le découvre dans sa lettre écrite à sa femme le 30 mai : « Mes hommes ont perdu une bonne part de leur équipement en route et sous les attaques des chars ennemis, et il leur faut réparer cela le plus tôt possible. La division doit être en mesure de reprendre rapidement le combat contre les Français. » Le 2 juin, alors que le Führer l’a rejoint sur le front, Rommel constatant que les alliés sont à bout, parvint à convaincre son chef de poursuivre l’offensive.
Après avoir franchi la Somme, il enleva difficilement le village d’Hangest le 5 juin, avant d’atteindre le plateau d’Hornoy et de foncer sur Saint-Valéry-en-Caux. Dans le même mouvement, il fit encercler Fécamp. Le 12 juin, le général Ilher, commandant le 9 ème corps d’armée, se rendit à Rommel. La 7 ème panzer avait beaucoup souffert mais son prestige était immense. Rommel pouvait se targuer de la prise de douze généraux alliés dont Ilher et le major-général Victor Fortune commandant la 51e Highland division, entre douze et vingt-six mille soldats dont au moins huit mille Britanniques, une centaine de canons, cinquante-huit blindés légers et trois cent soixante-huit mitrailleuses, ainsi que des milliers de fusils et des centaines de camions.
Rien ne pouvait plus arrêter Rommel dans sa soif de vaincre. Le 14 juin, sa 7ème panzer progressa de 260 kilomètres et attaqua Cherbourg qui capitula après trois jours de combats. Une fois de plus, le palmarès des prises fut glorieux : l’amiral français Abrial commandant les forces navales du Nord, l’amiral Jules le Bigot et trente mille soldats. Ces faits sont relatés dans une lettre écrite à sa femme : « La division a mené l'attaque sur Cherbourg d'une seule traite, sur une distance de trois cent cinquante à trois cent soixante-dix kilomètres, et s'est vite emparée de la puissante forteresse malgré une forte résistance. Il y a eu pour nous quelques mauvais moments à passer car l'ennemi a eu d'abord une nette supériorité en effectifs. En pressant les choses, nous avons réussi à exécuter l'ordre d'Hitler : prendre Cherbourg le plus vite possible. » Entre-temps, Pétain avait annoncé les pourparlers avec l’Allemagne, ce qui achevait la déliquescence de nos armées.
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Capitale provisoire de la France encore pour quelques jours, la ville de Bordeaux est déclarée ville ouverte par le maréchal Pétain. Des postes munis de drapeaux blancs sont installés aux entrées de la ville. Le 26 juin, le haut commandement allemand fait savoir au ministère de la Guerre que l'agglomération bordelaise ne serait pas occupée avant le 1er juillet. Seul le commandant allemand de la place de Bordeaux, le général Von Faber du Faur, prend possession de ses bureaux le 28 juin. Le lendemain, le gouvernement quitte Bordeaux pour Vichy.
Rommel avait tout intérêt à conquérir le plus de territoires possibles avant l’armistice. Le 24 juin, il entra dans Bordeaux, puis passa l’hiver en Gironde. Le 6 janvier, il détailla son inconfortable hivernage dans le camp de Souge à sa femme : « Nous attendons pour demain des visiteurs de marque qui viennent inspecter nos cantonnements. Nous sommes loin d'être confortablement installés. Les vignerons de la région passaient leur vie, voici mille ans, dans les mêmes misérables taudis qu'aujourd'hui : maison construite en moellons de grès, avec des toits plats en tuiles rondes, exactement semblables à celles des Romains. Beaucoup de villages n'ont pas l'eau courante, et les habitants se servent encore de vieux puits. Les maisons sont très sommairement aménagées pour se protéger contre le froid : les fenêtres ferment mal et l'air siffle à travers les fentes. En revanche, la ville de Bordeaux offre une architecture d'une noble et grande beauté. »
Mais le camp de Souge devait devenir un lieu de souffrance après le départ de Rommel. Du 8 novembre 1941 au 16 janvier 1945, la France en fait un camp de concentration, selon la terminologie de l’époque, pour "individus sans domicile fixe, nomades et forains, ayant le type romani.", comme le précise le préfet du Finistère dans un texte retrouvé dans les archives, ce qui indique le caractère raciste de la mesure. Ces Tsiganes, par familles entières, viennent d’une multitude de petits camps ouverts suite au décret du 6 avril 1940 signé par Albert Lebrun, dernier président de la 3e République, décret stipulant que ces nomades doivent être rassemblés dans des communes sous surveillance de la police.
Les Italiens changent le destin de Rommel.
Rommel ne se doutait pas que sa carrière dépendait des erreurs politiques et militaires italiennes. Il ne se serait jamais aventuré dans le désert de Lybie, il n’aurait pas forgé sa légende au cours des batailles épiques livrées contre les Anglais. Alors qu’il venait d’être breveté sous-lieutenant, le premier jalon de sa destinée allait être posé en Suisse le 18 octobre 1912 avec le Traité de Lausanne qui cédait la Lybie aux Italiens. Ce traité était l’aboutissement d’une guerre entre l’Italie et l’empire ottoman, guerre que les Italiens auraient perdu si il n’y avait eu un coup d’état militaire à Istanbul forçant le gouvernement turc à rapatrier ses troupes africaines vers la capitale.
Jean-Michel Thibaux: Omar el-Mokthar, chef des rebelles en Lybie.
Cet épisode marquait un pas de plus dans la laborieuse conquête de l’Afrique de l’Est par les Italiens qui rêvaient de fonder un empire colonial aussi grand que ceux des Français et des Anglais. La réorganisation de la nouvelle colonie allait être longue d'autant plus que les italiens ne contrôlaient, en fait, que les côtes du pays. La révolte qui avait éclaté sous l’instigation du professeur coranique Omar Moukhtar (Omar el-Mokthar) épuisa les troupes italiennes cantonnées sur les côtes du pays. La guérilla dura vingt ans et s’acheva par la capture et l’exécution de Moukthar le 16 septembre à Benghazi. Son combat courageux a marqué les esprits du monde musulman, et lors de la révolte contre Kadhafi en 2011, l’organisation terroriste Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) a affirmé qu’elle était présente en Libye et que le combat sur la terre d’Omar El Moukhtar était l’une de ses priorités. Mais revenons aux évènements des années trente. Après cette victoire à la Pyrrhus, un nouvel objectif allait être assigné aux « généraux romains » : attaquer l’Ethiopie et s’emparer des fabuleuses richesses du Négus.
Le Négus, Haïlé Selassié et les pillages de l'armée italienne.
Le Négus, surnommé aussi le Roi des rois et le Lion de Judas, fut le dernier souverain d’une lignée remontant à l’antiquité. L’Ethiopie chrétienne résistait depuis des siècles à l’islam mais était très fragilisé par les chefs des clans féodaux qui se disputaient le territoire. L’un d’eux, le Ras Ménélik de la région de Choa parvint à unifier le pays en 1867 après de longs et âpres combats. Il fonda dans la foulée la capitale, Addis-Abeba (la nouvelle fleur), puis écrasa l’armée italienne d’invasion. Sa mort provoqua une guerre civile qui profita au Ras Tafari Makonnen. Nommé régent en 1916, ce dernier se fit couronner empereur en 1930 sous le nom d’Haïlé Selassié (la Force de la Trinité), dit le Négus. Mussolini le chassa de son trône après une violente campagne militaire où périrent un grand nombre de civils et religieux éthiopiens. Il s’ensuivit un pillage et une destruction d’une ampleur inégalée. Au trésor du Négus, vinrent s’ajouter des dizaines de milliers d’icônes polychromes, de peintures sur bois, de manuscrits anciens, de bijoux et de pierres précieuses.
L’exposition Nigra sum sed formosa, première exposition l’art chrétien éthiopien à Venise nous a rappelé cet épisode tragique de l’Histoire pendant lequel tout un peuple a été dépouillé de ses richesses, à commencer par un très rare verset du Cantique des cantiques faisant référence à la reine de Saba, verset que l’Ethiopie réclame au gouvernement italien depuis des années.
1. Moi, l'amaryllis du Sharôn, le lotus des vallées. 2. Comme un lotus parmi les vinettiers, telle est ma compagne parmi les filles. 3. Comme un pommier parmi les arbres de la forêt, tel est mon amant parmi les fils. 4. Je désirais son ombre, j'y habite; son fruit est doux à mon palais. 5. Il m'a fait venir à la maison du vin; son étendard sur moi, c'est l'amour. 6. Soutenez-moi d'éclairs, tapissez-moi de pommes: oui, je suis malade d'amour. 7. Sa gauche dessous ma tête, sa droite m'étreint. 8. Je vous adjure, filles de Ieroushalaîm, par les gazelles ou par les biches du champ, n'éveillez pas, ne réveillez pas l'amour avant qu'il le désire !
Les plus grands massacres eurent lieu à Debra Libanos, mais il semble que nos intellectuels contemporains dans un but mercantile, les aient effacés de leur mémoire.
Devant les atrocités commises par son armée et sous son ordre, Mussolini, afin de calmer les esprits de cette partie du monde qui lui appartenait désormais, se proclama « Protecteur de l’Islam » en mars 1937 lors d’une visite en Lybie. Dans la foulée, il déclara que les Libyens conserveraient tous leurs droits et seraient prioritaires dans l’obtention des postes administratifs crées à Tripoli et sur l’ensemble du territoire. Dans les faits, il n’en fut rien. Plus de 100 000 colons arrivés d’Italie occupèrent ses postes et se partagèrent les meilleures terres. Le but non avoué de Mussolini était d’envahir l’Egypte et la Tunisie. Pour parvenir à ses fins, il engagea les Lybiens à s’engager dans l’armée après avoir adhéré au Parti national fasciste ou à l’Association Musulmanes des Licteurs proche des idées de l’AXE.
Une offensive catastrophique.
Cependant, malgré leurs importants effectifs, les Italiens n’étaient pas préparés à une guerre moderne. Ils crurent renouer avec la gloire des légions romaines lors des premières offensives qui leur permirent de s’emparer des postes britanniques de Kassala et Gallabal au Soudan, et Moyale au Soudan. La prudence des généraux italiens qui auraient pu percer jusqu’au canal de Suez et empêcher les forces navales anglaises d’opérer en Méditerranée changea le cours de la guerre.
La réplique des alliés ne tarda pas. En janvier 1941, deux armées, l’une commandée par le général Platt attaquant par l’est du Soudan et l’autre, menée par le général Cunnigham opérant au nord du Kenya envahirent l’Afrique Occidentale Italienne. Durant trois mois, les Italiens acculés à la défensive perdirent peu à peu du terrain. Le 5 avril, ils évacuèrent Addis-Abeba et se réfugièrent dans les montagnes fortifiées. La plus grande forteresse tomba le 17 mai avec la reddition du duc d’Aoste et de ses 7000 hommes. La défaite du général Nasi à Gondar, le 27 novembre, marqua la fin de la domination italienne en Afrique de l’Est.
En Libye, la situation des Italiens ne s’arrangeait pas. Avec la mort du talentueux maréchal Italo Balbo tué par sa propre défense anti-aérienne, l’armée coloniale perdait l’un de ses meilleurs atouts dans la lutte titanesque qui opposait l’AXE aux alliés. Cette armée n’était pourtant pas négligeable avec ses 236 000 soldats, ses 1811 canons, ses 339 chars et ses 151 avions de combat. Le général anglais Wawell ne disposait que de 31000 hommes en Egypte. L’optimisme de Mussolini ne laissait aucun doute sur l’issue de l’attaque. Par manque de ravitaillement et surtout de carburant, les divisions du maréchal Graziani se retranchèrent sur une ligne fortifiée de 60 kilomètres. Le maréchal était inquiet au sujet de la mauvaise préparation des 5ème et 10ème armées qui manquaient de véhicules et d’armes lourdes modernes.
Le 13 septembre 1940, les Italiens pénétrèrent sur 100 kilomètres en Egypte avec une lenteur désespérante, prenant la bourgade de Sidi Barrani. Le ravitaillement se révélant inexistant, conforme à ses prédictions, le maréchal décida de geler le front de 60 kms en établissant des campements retranchés. Face à la passivité et la désorganisation des Italiens, le général Wawel à la tête de troupes extrêmement mobiles et bien équipées contre-attaqua. En janvier 1941, les Anglais prirent Bardia, Tobrouk, Derna et Benghazi, parcourant 800 kilomètres, ils firent halte à El-Alheila le 9 février (Cyrénaïque) après avoir capturé 130 000 hommes, dont 22 généraux, 850 canons et 380 chars. Graziani fut relevé de son commandement et remplacé par le général Gariboldi.
L'armée italienne vécut comme une catastrophe sa déroute en Libye. Désormais confrontés à la réalité de leur situation, nombre d'entre eux avaient perdu leurs illusions, développant même un complexe d'infériorité vis-à-vis de leurs ennemis ainsi qu'à l'égard de leurs alliés a1lemands et durent se résoudre à un appel au secours. Cette déroute allait donc changer les plans de l’Allemagne et la destinée de Rommel qui au fil du temps allait prendre le commandement des troupes italiennes.
L’Afrika Korps.
Rommel nous a laissé cet écrit concernant son nouveau commandement en Libye : « Le 6 février le maréchal von Brauchitsch me fait part de ma nouvelle mission. Pour remédier à la situation critique de nos alliés italiens en Afrique du Nord, deux divisions, une motorisée et une blindée, doivent partir pour la Libye où elles leur prêteront main-forte. On me charge d'assumer le commandement des deux unités, et je suis invité à me rendre en Libye dans les délais les plus brefs, afin de reconnaître les diverses possibilités d'utilisation de nos forces. L'arrivée des premiers contingents est prévue dans près d'une semaine, et celle des derniers de la 5 ème division légère motorisée pour mi-avril. À la fin mai, les derniers éléments de la 15e Panzerdivision seront à pied d'œuvre. Il est aussi prévu que certaines unités italiennes d'Afrique seront placées sous mes ordres. Dans l'après-midi, je me suis rendu auprès du Führer, qui a tenu à me décrire la situation militaire en Afrique. »
En théorie, Rommel était sous les ordres du général italien Gariboldi. En pratique, il fut le principal acteur de batailles légendaires qui allaient servir la propagande de Goebbels et Hitler. Le 12 février 1041, Rommel rencontra Gariboldi opposé à toute offensive. Conseiller sur le terrain par le lieutenant-colonel Heggenreiner qui avait une connaissance approfondie de la situation fragile des troupes italiennes, Rommel décida de tester la résistance des Anglais par de brèves opérations. Le 24 mars, il attaqua et prit El Agheila, puis Maesa-el-Brega où il fit 800 prisonniers. Le 1 et 2 avril, après la prise de Agedabia, il encercla les Britanniques à El-Mechili qui, après une sortie avortée puis un repli laisseront entre les mains des Italiens commandés par le colonel Ugo Montemurro, les généraux Gambier-Parry et Vaughan, 1700 soldats et 500 véhicules. Lors de cette bataille, Rommel faillit perdre la vie : « Je rejoignais le front à l'est d'El-Mechili, pour suivre le déroulement de l'attaque. À près de cinquante mètres d'altitude, nous survolions alors un fier régiment de bersaglieri qui avait été adjoint à la colonne motorisée Fabris. Les soldats italiens n'avaient sans doute jamais vu de Fieseler Storch, car notre apparition très inopinée au-dessus de leurs têtes jeta tout à coup le trouble dans les rangs ; de tous les côtés, ils se mirent à tirer sur nous. C'est véritablement un miracle que l'avion n'ait pas été descendu, à une distance aussi courte. Nous fîmes demi-tour, tentant d'atteindre une élévation du terrain pour nous mettre à l'abri du feu de nos alliés. N'ayant aucune envie d'être victime de mes amis italiens, j'ai demandé au pilote de grimper rapidement à mille mètres d'altitude. »
Les Anglais se repliaient comme ils pouvaient sur Tobrouk. Dans cette fuite éperdue, les généraux Neame, Combe et O’Connor furent faits prisonniers par le lieutenant-colonel Ponath, commandant une colonne motorisée allemande. Tobrouk était l’ultime bastion qui s’opposait à l’avancée victorieuse de Rommel. La ville était cependant difficile à prendre avec sa garnison de 36 000 hommes, ses 50 chars de combat, son artillerie lourde et ses canons antichars. Les combats entre les deux camps durèrent un mois sans avantage pour l’un ou pour l’autre. Les Britanniques lancèrent alors deux opérations catastrophiques appelées Brevity et Battleaxe qui causèrent la perte de 600 de leurs chars. Rommel nous raconte la bataille : « Le vrai centre de gravité de la bataille de juin a été la passe d'Halfaya, défendue avec une grande opiniâtreté par les artilleurs du commandant Bach. Si nos canons de 88 mm firent une fois de plus merveille, le commandant Pardi, à la tête d'une compagnie d'artilleurs italiens, s'est tout aussi brillamment comporté. La preuve était faite que le soldat italien est capable de bien se battre quand il est conduit par un chef digne de ce nom et qu'il est bien équipé. Le sort de la bataille a donc tenu à la solide résistance des artilleurs, tant allemands qu'italiens, dans la passe d'Halfaya. »
Pendant l’été torride, les camps ennemis se contentèrent d’escarmouches. Rommel décrit cette période dans une lettre du 30 août 1941 : « Chaleur vraiment atroce, même pendant la nuit. Au lit, je me suis tourné et retourné, ruisselant de sueur. Les nouvelles des victoires remportées en Russie ont fait plaisir à entendre. Ici, tout est calme pour le moment. Je passe ordinairement une bonne partie de mon temps à circuler. Avant-hier, je suis resté sur les routes pendant huit heures. Vous imaginez sans peine la soif qui m'étreint après une telle randonnée. J'ai été heureux d'apprendre que Manfred se distingue maintenant en mathématiques. C'est uniquement une affaire de méthode. Je suis aussi très satisfait des autres succès à l'école. La chaleur reste toujours aussi effroyable. J'ai pu tuer quatre punaises. Mon lit repose désormais sur des boîtes remplies d'eau, et je pense qu'à partir de maintenant les nuits seront un peu plus reposantes. D'autres soldats ont des ennuis de puces. Elles m'ont laissé tranquille jusqu'à présent. Je suis allé chasser avec deux brillants officiers, le major Mellenthin et le lieutenant Schmidt. Ce fut vraiment passionnant. J'ai tiré une gazelle à la course, de la voiture. Nous avons mangé le foie au dîner. L'eau de mer est trop chaude pour rafraîchir. »
Le 17 novembre 1941, un commando britannique commandé par lieutenant-colonel Geoffroy Keyes débarqua sur les côtes de la Cyrénaïque, avec pour but de surprendre et de tuer Rommel dans sa villa. Les Anglais mal renseignés (Rommel était à Rome) furent presque tous tués. Les Britanniques ne modifièrent pas leur plan appelé « opération crusader » malgré cet échec. Le 18, le général Cunningham, lança 735 chars à l’assaut des lignes ennemies. Contre toute attente, les Italiens résistèrent et sauvèrent l’armée de Rommel qui attendait des renforts. Ceux-ci débarquent avec la 21 ème panzerdivision le 21 novembre et attaquent les Anglais aux environs de Sidi-Rezegh. Après des combats acharnés autour de Tobrouk, la coalition germano-italienne fut victorieuse, cependant les Anglais disposaient d’énormes réserves, ce qui obligea Rommel à faire admettre à son allié le général Ettore Bastico l’urgence d’un repli tactique qui eut le lieu le 25 décembre. Dans la foulée, les Britanniques reprirent Benghazi tandis que les Allemands occupaient Agebadia. D’âpres et violents combats menées par la 21 ème panzerdivision permirent aux Allemands de tenir la côte libyenne tels que nous les narre Rommel : « Hier violents combats, qui ont bien tourné pour nous, leur nouvelle tactique pour nous acculer à la mer et nous encercler a échoué. Je suis de retour au QG de l'armée. Les officiers Kesserling et Gambara doivent venir aujourd'hui. Ils n'ont aucune idée des difficultés que rencontrent nos troupes en Afrique du Nord. Ils ne s'occupent que de leurs petites affaires ou de leurs plaisirs. Il pleut et les nuits sont terriblement froides et venteuses. Je demeure en parfaite santé, dormant autant que possible. Vous comprenez assurément que je ne peux partir d'ici en ce moment. Aujourd'hui, dernier jour de cette année de guerre, mes pensées sont plus que jamais pour vous deux, qui êtes pour moi tout le bonheur sur la terre. Mes très vaillantes troupes, allemandes et italiennes, viennent d'accomplir des efforts surhumains. Au cours des trois derniers jours, où nous avons contre-attaqué, l'ennemi a perdu 136 blindés. C'est une belle conclusion pour l'année 1941 et cela donne de l'espoir pour 1942. Un jeune coq et une poule se sont gentiment adaptés à cette existence difficile et circulent librement autour de ma voiture. Le 27, la 22 brigade blindée britannique, reconstituée à son plein effectif, avança vite par Hel-Haseiat, tandis que d'autres éléments avaient lancé une attaque frontale contre nos positions d'Agedabia. Ce fut le commencement de cette fameuse et terrible bataille de trois jours entre chars, où l'ennemi fut enveloppé, contraint ainsi à devoir combattre à front renversé. Il fut cerné et, si une trentaine de ses blindés purent s'échapper vers l'Est, notre manque de carburant empêcha de rendre notre succès plus complet. Les éléments du groupe de soutien de la brigade de la Garde, lancés dans l'attaque frontale, se replièrent aussi vers le Nord-Est à la suite de cette défaite. Tout danger immédiat pour notre position d'Agedabia se trouve alors écarté. Mes meilleurs vœux. »
Rommel en 1942. Extrait du résumé de Rommel fait à Hitler en janvier 1942 : « Rapidité de jugement, capacité de créer des situations nouvelles et des surprises, plus vite que l'ennemi ne peut réagir. Absence de dispositions arrêtées à l'avance, telles sont les bases de la tactique dans le désert. Le mérite et la valeur du soldat s'y mesurent par sa résistance physique et son intelligence, sa mobilité et son sang-froid, sa ténacité, son audace, son stoïcisme. Chez un officier, il faut les mêmes qualités à un degré supérieur, et il doit aussi posséder une inflexibilité exceptionnelle, ainsi que communier avec ses hommes, juger instinctivement du terrain de l'ennemi, réagir et penser avec rapidité. Au niveau du matériel, on redouta pendant assez longtemps le char Matilda britannique, parce que son épais blindage le rendait fort difficile à détruire. Mais il est lent et possède un canon d'un calibre insuffisant. Nos Panzer III (avec le nouveau canon de 50 mm) et IV demeurent supérieurs à tous les modèles ennemis par la portée et le calibre des pièces et, jusqu'à un certain point, par la mobilité. Les chars italiens M13/40 se sont révélés capables d'affronter les chars légers britanniques, comme les Crusader, mais ont été vite dépassés contre les blindés plus lourds. Une arme à longue portée est décisive dans la guerre du désert. Dans ce domaine, nos 88 mm, bien utilisés en antichars, ont contribué dans une large mesure à nos succès. L'infanterie de ligne n'a pas joué de rôle décisif, sauf lors de la guerre de siège devant la solide place-forte de Tobrouk. Les soldats britanniques, dont surtout les Australiens, se sont très bien battus dans le désert mais n'atteignent pas tout à fait, lors de l'attaque, les qualités des soldats du Reich. Les Néo-Zélandais, ainsi que les Sud-Africains, se sont révélé de redoutables guerriers. Les soldats italiens se sont battus avec un courage et un esprit de sacrifice extraordinaires. Cela est d'autant plus digne d'être remarqué que leur armement lourd est souvent médiocre et insuffisant. Le ravitaillement est un facteur décisif dans la victoire. »
Bénéficiant de la totale confiance d’Hitler, Rommel déclencha une offensive écrasante le 21 janvier 1942 dont le but était de s’emparer du canal de Suez. Dans leur progression vers Bir-Hakeim, les Italiens attaquèrent Gazala le 26 mai. Seule la première brigade française libre du général Koenig résista au mouvement tournant de l’ennemi pendant 15 jours, ce qui permit aux Britanniques de se ressaisir et d'enrayer l’avance de Rommel qui toutefois prit Tobrouk le 22 juin. Le lendemain de cette prise, Hitler le promouvait maréchal.
Dès lors, durant le mois de juillet, les Anglais commandés par le général Auchinleck entraient dans une phase défensive que les militaires appelèrent « la première bataille d’El Alamein ». Le moral de Rommel était au plus bas : « Cela va mal. L'ennemi profite de sa supériorité pour détruire les formations italiennes une par une, et les unités allemandes sont trop faibles pour résister seules. Il y a de quoi pleurer ! »
Le 28 août, Rommel tenta une percée qui échoua par manque de carburant. Il ne lui resta dès lors que l’option de la défense. Déprimé, malade, il rentra en Allemagne le 22 septembre et fut remplacé par le général Georg Stumme rapatrié du front russe. De leur côté, les Britanniques reconstituaient leurs forces sous les directives d’un nouveau chef : Bernard Montgomery. La seconde bataille d’El- Alamein pouvait dès lors commencer. Le général Stumme y trouva la mort et le 25 octobre, Rommel atterrissait en Libye pour reprendre les opérations en mains. Montgomery bénéficiant de forces très supérieures, enfonça les lignes de l’AXE et contraignit Rommel à la retraite. Les mots de Churchill soulignèrent l’importance de cette victoire : « Ce n'est pas la fin, ni même le commencement de la fin. Mais c'est peut-être la fin du commencement ».
Hitler avait donné l'ordre à Rommel de résister jusqu'au bout, mais avec 32 chars et quelques régiments d’infanterie décimés, Rommel n’était plus en mesure de repousser les alliés. Il arrêta les combats le 4 novembre, abandonnant les Italiens à leur triste sort : la division Trento commandée par le général Francesco Scotti se rendit le 5 novembre, au sud, les divisions Pavia, Brescia et Folgore capitulèrent le même jour. L’héroïsme des Italiens se mesure au nombre de survivants de la division Folgore commandée par le général Frattini : 32 officiers et 262 soldats. Rommel eut ces mots avant de renoncer : « La bataille tourne mal. Nous sommes tout simplement écrasés par le poids de l'ennemi. J'ai fait une tentative pour sauver au moins une partie de l'armée, et je me demande même si elle réussira. Je cherche nuit et jour un moyen de tirer de là nos troupes. Nous allons vers des jours difficiles, les plus difficiles, peut-être, qu'un homme puisse traverser. Les morts sont heureux, pour eux tout est fini. L'ordre du Führer exige l'impossible car une bombe peut tuer même le soldat le plus résolu. Il est évident qu'Hitler n'a rien compris à notre situation en Égypte. »
Rommel prit alors la décision de se replier en Tunisie pour continuer le combat car il estimait la Libye perdue. Et ce fut en Tunisie que furent rapatriés les trésors pillés auparavant, tandis que cette ex-colonie française était mise à sac. L’occupant s’en prit d’abord aux familles juives. Tout dépendait à présent de la résistance des armées allemandes et italiennes. La lutte contre la montre était engagée contre un ennemi bénéficiant de la formidable puissance industrielle américaine.
A l’ouest, les alliés avaient lancé l’opération Torch et débarqué au Maroc et en Algérie. Rommel en est réduit à utiliser tous les stratagèmes afin de tromper l’ennemi : « Nous faisons appel aux ultimes ressources de notre imagination afin de présenter aux Britanniques les attrape-nigauds les plus originaux, pour inciter les avant-gardes à la circonspection. Notre commandant du Génie, le général Buelowiu, un des meilleurs sapeurs de l'armée, accomplit de véritables merveilles dans ce domaine. Il devient évident que l'ennemi tente de nous déborder par tous les moyens. Je suis, hélas, persuadé que la Libye est perdue. » Malgré les renforts en chars lourds Tigre I, Rommel se rendit à Berlin afin de convaincre Hitler d’abandonner l’Afrique, mais ce dernier, fou de rage, lui demanda de tenir coûte que coûte. La résistance germano-italienne s’organisa à l’Est et l’Ouest. En Tunisie, Rommel repoussa les Anglais de la première armée britannique aidée dans ses actions par des pluies torrentielles et envisagea de soulever les musulmans contre les colonialistes franco-britanniques.
Le 20 janvier 1943, les Italiens lâchent prise et se replient sur la position indéfendable d’Azizia. Ce recul mit Rommel hors de lui et l’obligea le 22 janvier à évacuer la Tripolitaine. Il est à bout physiquement et psychologiquement : « Sur le plan physique, je ne vais pas très bien : de violents maux de tête et les nerfs à bout, sans parler des troubles de la circulation. Cela ne me laisse alors aucun repos. Le professeur Horster m'a donné quelques somnifères pour me remettre. À vrai dire, avec une telle situation sur le front russe, tout ce qu'on peut souhaiter, c'est de rester en Afrique. Le maréchal Ettore Bastico doit bientôt retourner en Italie ; des divergences sont apparues entre nous. Mais elles étaient la conséquence des directives de Mussolini. Bastico est un excellent officier. »
Toutefois, cette dégradation physique et morale ne l’empêcha pas de reprendre l’initiative le 12 février avec le 5ème régiment de Bersaglieri en remportant deux victoires vers Kasserine et Tebessa en Tunisie. Considérant que les lignes américaines enfoncées ne tiendraient pas, il mit au point un plan audacieux pour écraser d’abord les Britanniques. Ce fut une demi-victoire, elle aurait pu être complète si le général allemand Hans-Jürgen von Arnim, faisant preuve d’hésitation, avait engagé la totalité de ses chars. La débandade des Américains redonna à Rommel l’initiative. Enfin, le 23 février, Rommel reçut le commandement intégral de l’Afrika Korp : « J'accueille cette nouvelle avec un sentiment mitigé. D'un côté, je ne suis pas du tout fâché de penser que j'aurais une plus grande influence sur le sort de mes soldats. Le général von Arnim n'aura qu'à suivre mes directives. De l'autre, la perspective de jouer le bouc émissaire d'une éventuelle défaite en Afrique ne me plaît guère. Je suis cependant ravi de notre éclatante victoire à Kasserine et j'espère être vite en mesure de porter des coups aussi sévères aux Alliés. Mais tout dépend, comme à chaque fois, du ravitaillement. Ma santé s'est maintenue jusqu'ici. Mais le cœur, le système nerveux et les rhumatismes me causent toujours une foule d'ennuis. »
Cependant, cette promotion relevait du cadeau empoisonné ; trois jours plus tard, Rommel faisait le triste et dramatique constat de la situation : « Les conditions ne semblent pas du tout réunies pour une victoire rapide sur le front tunisien. Nos moyens fondent à vue d'œil. Nos réserves sont insuffisantes. Comme toujours, le ravitaillement n'arrive qu'en trop petites quantités. La marine italienne fait tout ce qu'elle peut pour nous fournir le matériel nécessaire, mais l'absence de radar et de porte-avions se fait durement sentir. Je me creuse jour et nuit le cerveau pour essayer de trouver une bonne solution, mais je bute toujours sur les mêmes problèmes. Malgré de très lourdes pertes causées aux unités alliées, le rapport de force n'est pas modifié. La supériorité matérielle des Alliés est toujours écrasante : vingt contre un pour les blindés ! »
Début mars, échec de l’offensive de Rommel. Les pillages s’accélèrent, des torpilleurs italiens et allemands sont chargés d’un fabuleux butin. Tenir, tenir, tenir…ce verbe était le crédo d’Hitler et « résister jusqu’au dernier homme », son épitaphe. Les Allemands et les Italiens forcèrent le respect du général allié Alexander : « En Tunisie, l'ennemi contre-attaque continuellement et réussit à arrêter notre avance au prix de très lourdes pertes. Nous remarquons que les Italiens se battent particulièrement bien, même mieux que les Allemands qui sont en ligne avec eux. Malgré de sévères pertes infligées par nos barrages d'artillerie, l'ennemi persiste dans ses contre-attaques, et il devient évident qu'une avance dans ce massif inextricable, celui des montagnes tunisiennes, sera coûteuse. »
Hitler lisant les rapports qu’on lui faisait parvenir sur l’état de santé de Rommel décida de le rappeler en Allemagne. Le grand maréchal ne devait plus jamais retourner en Afrique. Le 8 mars 1943 il fit ses adieux à ses vieux compagnons d’armes et le 10, il se rendit auprès d’Hitler au QG de Rastenburg : « Hitler se montra totalement fermé à tous mes arguments, qu'il élimina les uns après les autres, persuadé alors que je m'étais laissé envahir par le doute et le pessimisme. Je déclarai qu'il était indispensable de rééquiper les divisions d'Afrique en Italie et de les placer en défense sur les côtes de l'Europe du Sud. »
Rommel avait été évincé du théâtre des opérations, il en était amer, réalisant soudain qu’il s’était trompé au sujet d’Hitler et en voulant particulièrement a l’entourage du Führer. L’élite allemande ne pensait qu’à s’enrichir sur le dos des populations spoliées et des millions de gens internés. Rommel focalisa sa haine sur ces prédateurs et en particulier sur Hermann Goering : « Quant à ce gros lard, la situation tragique de nos armées ne semblait pas du tout le troubler. Il faisait alors la roue et se rengorgeait sous les grossières flatteries de tous les imbéciles qui composent sa cour, ne parlant que de bijoux et de tableaux. Une telle attitude m'aurait peut-être amusé à un autre moment, mais alors elle ne cessa de m'exaspérer. Goering était possédé d'une ambition absolument démesurée. Sa vanité et son orgueil ne connaissaient aucune limite. »
Rommel ne s’est jamais enrichi lors de ses campagnes militaires et on lui attribue injustement « le trésor » disparu au large de Bastia. Encore faut-il élucider ce que cachait ce trésor ou ces trésors. Si une grande partie des pillages italiens parvinrent à Rome bien avant l’idée mussolinienne de conquérir l’Egypte et sont aujourd’hui en possession des musées, des riches industriels, dans des coffres suisses, d’autres cargaisons destinées à l’Allemagne transitèrent par la Sicile, la Corse et la Provence avant d’être acheminées à Berlin. Beaucoup disparurent.
L’énigme des trésors corses.
Commençons sur une hypothèse admise par les historiens : à savoir que les caisses contenant six tonnes d’or dérobées aux Juifs tunisiens auraient été embarquées sur un cargo à Tunis après la chute de Tripoli le 23 janvier 1943. Compte tenu des difficultés de navigation – les Italiens n’avaient plus la maîtrise des mers et les patrouilles aériennes alliées se multipliaient au-dessus de la Méditerranée du sud – la route initiale ne put jamais être tenue. Le cargo termina son périple dans le port de Bastia. A partir de ce moment-là, les éléments et les témoignages en notre possession s’enchevêtrent et se contredisent. On peut se demander pourquoi les SS déchargent le trésor pour le mettre à l'abri dans un monastère. Nous l’avons expliqué plus haut, c’est une hérésie. Dans une Corse prête à tomber aux mains des alliés et en grande partie contrôlée par les maquisards, le trésor n’avait aucune raison d’être acheminé dans les montagnes dominant Bastia. Il était donc toujours à bord du navire.
Jean-Michel Thibaux: type de cargo ravitailleur sur lequel fut embarqué le trésor de Rommel.
Si l’or tunisien n’a jamais quitté le cargo, qu’y avait-il donc dans les caisses conservées au couvent, qu’une compagnie SS déménagea en toute hâte quand le haut commandement allemand estima la Corse perdue ? Les enquêtes menées à ce sujet se heurtent à un mur. Je suis moi-même originaire de cette région (Jean-Michel Thibaux) ; ma famille se composait de bergers et de bergères corses, beaucoup d’amis de ma mère et de ma grand-mère ont été directement impliqués dans cette guerre et il s’avère, d’après tous leurs propos et leurs écrits, que la Corse n’a jamais été véritablement pillée par l’occupant. La Corse était pauvre, elle n’abritait pas de trésors visibles, elle était toujours demeurée à l’écart des grandes invasions barbares et des grands bouleversements de l’Histoire. On peut donc se poser la question : d’où provenaient les caisses conservées au couvent ? Vraisemblablement d’Afrique ou de Sicile. A ce jour, nous ne pouvons qu’émettre des hypothèses. Toujours est-il que ces caisses ont été embarquées sur une barge (et non plus sur un cargo) en septembre 1943. Certaines sources affirment que ce fut le SDK d’Himmler qui se chargea des opérations de pillages en Afrique du Nord, or tout contredit ces assertions. Le SDK, Srpski Dobrovoljacki Korpus, corps de volontaires serbes anti-communistes opérant en Yougoslavie, n’a jamais mis les pieds en Libye et en Tunisie.
Nous avons donc maintenant deux trésors, l’un sur un cargo bloqué depuis des mois à Bastia et l’autre sur une barge. Tous deux coulés au large après une tentative désespérée de rejoindre l’Italie. Une version nous raconte qu'un trésor évalué à 49 millions d’euros (estimation 2011) fut volontairement jeté à l’embouchure du Golo par les SS à partir d’une barge ou qu’embarqué à bord d’un camion lancia, la barge ayant chaviré, le butin sombra au fond de la mer, ou encore que le fameux cargo contenant une véritable fortune fut coulé au large de Bastia. En 1948, un certain Peter Fleig, de son véritable nom Walter Kiner, ancien SS tchèque, se présenta au commissariat français installé à Trèves en Allemagne et raconta l’histoire de ce naufrage dont il était le témoin direct. Durant quarante ans, il abusera les autorités, allèchera un nombre incalculable d’aventuriers qui se lanceront dans une course au trésor émaillée de violences, d’assassinats et de sabotages. Sa version se modifia au fil du temps et il raconta, avant de disparaître de la scène, avoir vu le trésor dans une grotte, située à côté d'un avion de chasse, non loin d'une source d'eau douce. Aujourd’hui, Terry Hodgkinson, muni d’un code au dos d’une photo, s’est lancé dans cette recherche impossible dans la zone située au large de l’étang de Bugiglia et la plage de Marana.
La dernière version sur l’existence d’un trésor dans les eaux corses repose sur les confessions du feldwebel Walter Himpe. En 1952, devenu légionnaire résidant à Sidi-Bel-Abbes, il se confie au journaliste Jacques Alain et affirme que les caisses contenant un faux trésor destiné à brouiller les pistes furent immergées au large de Bastia et que le vrai trésor estimé à 16 milliards d’euros se trouvait dans les eaux de Bonifacio. Walter Himpe raconta qu’ayant embarqué à bord d’un contre torpilleur à Bizerte en février 1943 avec le colonel Friedrich Barz, il avait acheminé six caisses ressemblant à des cercueils vers le sud de la Corse.
"Partie vers une heure du matin, l'expédition resta absente environ cinq à six heures, tandis que je passais la nuit à bord du contre-torpilleur"…"Plus tard, de retour en Tunisie, je réussis à comprendre le véritable but de l'expédition sur Bonifacio et je n'eus pas de peine à savoir que les six caisses avaient été immergées près du port Corse. »
Trois trésors corses demeurent encore hors de portée des chercheurs et il faudra beaucoup d’intuition, d’argent et de chance pour retrouver celui de Rommel.
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