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Le Trésor découlant d\'un trafic de messes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

8. Le Trésor découlant d'un trafic de messes.
Jean-Michel Thibaux.

 

 

 

                                           
                                                     Saunière ne suivit pas la voie du Christ.

 

 

 

                          
                                         Saint-Luc, artiste et médecin grec.

 

 

LUC (24-50,53) fin de l’évangile :

Il les conduisit jusque vers Béthanie, et, ayant levé les mains, il les bénit. Pendant qu'il les bénissait, il se sépara d'eux, et fut enlevé au ciel. Pour eux, après l'avoir adoré, ils retournèrent à Jérusalem avec une grande joie ; et ils étaient continuellement dans le temple, louant et bénissant Dieu.

 

 

 

 

 

                          
                 
Marthe et Marie accueillant Jésus à la maison Béthanie.
                                              Toile d'Otto van Veen

 

 

 

 

Jésus s’éleva au ciel après trois jours au Purgatoire. Il est fort probable que l’abbé Saunière et monseigneur Billard aient passé un temps beaucoup plus long dans cette antichambre brûlante. Pour écourter leur séjour dans ce lieu de purification, il aurait fallu, comme le voulaient les traditions païennes, payer pour le repos de leurs âmes. En d’autres termes : faire dire un certains nombres de messes en versant un tribut à l’Église.

 

 

 

 

                          
                                                     
Le Purgatoire

 

 

 

Cette pratique à grande échelle n’apparut que tardivement, au point d’engendrer des dérives appelées « trafic de messes ».

 

 

 

 

                    
                                            
       Saint-Augustin

 

                        



Saint Augustin  jugea  que ce rite onéreux était incompatible avec le Christianisme.  Pour ce saint homme fermé à toutes les tentatives de corruption, il s’agissait d’une négation du libre-arbitre, et de la prédestination des justes ; le salut du mort étant conditionné au prix payé et aux prières, indépendamment de sa conduite pendant sa vie. Saint Augustin dénonça cette croyance  qui voulait que « l’offrande et le prix payés au clergé par la famille, les parents ou les amis du mort apporte le salut à l’âme. »

 

 

            
                          
 Saint-Augustin, l'ennemi des rituels païens.

 

 

 Ce rite mortuaire provenait de la religion des Mages Chaldéens ou Egyptiens et comportait des éléments très proches "d’une croyance en la magie", donc incompatible avec les textes des Évangiles et le dogme de l’Église.

 

 

                          
                                            
 Saint Irénée de Lyon

 

 

Simon le Magicien, Chrétien considéré comme hérétique, l’un des fondateurs du gnosticisme, fut le premier à mettre en pratique ce rituel.  Justin et Irénée de Lyon nous donnent d'autres détails. Selon eux, Simon venait du village samaritain de Gitta et il était appelé Zeus par les Simoniens, et sa compagne Hélène : Athéna.

 

 

                                  
                                                    
       Saint Pierre

 

 

Selon les Actes des Apôtres, après avoir été baptisé par Philippe, Simon le Magicien voulut acheter à Pierre son pouvoir de faire des miracles (Actes, VIII.9-21), ce qui lui valut la condamnation de l'apôtre : « Que ton argent périsse avec toi, parce que tu as pensé acquérir avec de l'argent le don de Dieu ». Simon pensait en effet que les miracles provenaient de pratiques magiques, et qu’il suffisait de connaître leur « formule » pour en faire aussi. Il proposa donc à ces deux Saints d’acheter les « dons du Saint-Esprit ». St Jean et St Pierre refusèrent, et condamnèrent ses actes. Mais Simon persista, et ayant échoué dans son « achat », se tourna vers des Mages qui lui apprirent à monter en ascension, à réveiller les morts, à connaître les pensées d’autrui. On raconte que Simon le Magicien, ayant trouvé le moyen de s’élever aux cieux, finit par tomber de très haut et s’écrasa au sol, le cou brisé.

 

 

                                 
                                                          
  Saint Jean

 

 

Actes de Pierre (32). Ces actes font partie d’un manuscrit du VIème siècle relatant l’affrontement de Pierre et de Simon à Rome.

Alors, Simon, se tenant debout sur un lieu élevé et regardant Pierre, se mit à dire : « Pierre, maintenant que je m’élève sous les yeux de tous ces spectateurs, je te le dis : si ton dieu est puissant, lui que les juifs ont mis à mort – et ils vous ont lapidés, vous qu’il avait choisis –, qu’il prouve que la foi en lui est la foi en Dieu, que soit clair maintenant si elle est digne de Dieu. Car moi, en m’élevant, je ferai voir à toute cette foule qui je suis. » Et voilà qu’il s’éleva dans les airs, tout le monde le voyait de tout Rome, élevé au-dessus de ses temples et de ses collines ; les croyants, eux, détournaient les yeux vers Pierre. Et Pierre, à la vue de ce spectacle inouï, cria vers le Seigneur Jésus en disant : « Si tu laisses celui-ci faire ce qu’il a entrepris, alors tous ceux qui ont cru en toi seront scandalisés, et les signes et prodiges que tu leur as accordés par moi ne seront plus dignes de foi. Vite, Seigneur, montre ta grâce : que, tombant des airs, il ressente une extrême faiblesse, qu’il ne meure pas, mais qu’il soit épuisé et se brise la jambe en trois endroits. » Et, tombant des airs, il se brisa la jambe en trois endroits. Alors, on le lapida, puis chacun rentra chez soi, tous désormais ayant foi en Pierre.

 

 

                      
                                     
La chute de Simon le Magicien (Autun)

 

 

Depuis cette époque, on nomme le trafic de messes mortuaires, ou le fait de payer un prix soit pour le salut de l’âme d’un mort, soit pour tout autre chose religieuse, de la Simonie, du nom de Simon le Magicien. D’après le droit Canon, la Simonie est un « crime, sanctionné par l’excommunication majeure, et l’obligation de restituer à l’Eglise le prix indûment perçu. » A défaut, l’ecclésiastique coupable est qualifié « d’hérétique », et son commerce, de « détournement de fonds ». 

 

 

 

 

 

 

                               
Le cardinal Rodrigo Borgia, plus ambitieux que tout autre, multiplia les promesses et, grâce à des intrigues auxquelles on ne peut enlever leur caractère de simonie, parvint à son but et fut élu pape le 11 août 1492. Il choisit le nom d’Alexandre VI.

 

 

 

 

 Saint Augustin finira par céder aux exigences des Chrétiens voulant à tout prix sauver leurs âmes. Ainsi l’Église accepta de laisser chaque peuple pratiquer son culte des morts s’il ne s’agissait que d’une coutume locale, « pourvu que cela n’empiète pas sur le domaine de la foi ».

 

 

 

 

                                  
César Borgia, le duc de Gandie, par Lucrèce. La vie dissolue qu’il continua à mener même après son élévation à la dignité papale, le souvenir de son élection simoniaque, furent autant d’entraves à la réussite de sa politique.

 

 

 

 

                      
                                                            L'Enfer

 

      

 

Vers 920, les messes mortuaires privées s’accompagnèrent de pratiques règlementées dans « les libri paenitentiales ». Ainsi, le pénitent pouvait s’administrer, après avoir donné de l’argent, jusqu’à mille coups de fouet. Ce fut à ce tournant de l’Histoire qu’apparut la doctrine du Purgatoire, région intermédiaire entre l’Enfer et le Paradis dans laquelle séjournent les âmes.

 

 

 

                                 
                                                            
Le Paradis

 

 

Comme le Purgatoire était réputé pire que l’Enfer, les âmes furent dans l’obligation de recourir à des intentions de messes mortuaires, et à des Indulgences que les parents et amis payaient très cher aux moines pour l’office des morts, et aux confréries de Pénitents. La Simonie devint ainsi légale et conseillée. En ce sens, les docteurs de l’Église revisiteront les textes et considèreront Saint Augustin comme le « Père du Purgatoire ». Au XVème siècle, le culte des morts et les pénitences tarifées, basés sur l’existence du Purgatoire est entièrement codifié et devient une pratique indispensable.

 

 

 

          
                                     
  Flagellation pour le repos des âmes

 

 

                        

Au XIII ème siècle, Saint Thomas d’Aquin enseigna que la miséricorde envers les fidèles trépassés est plus agréable à Dieu que celle qui est exercée envers les vivants. Les âmes, une fois au Purgatoire, ne peuvent plus revenir sur leur passé, ne peuvent plus dévier par un acte défectueux, ni commettre un péché ni faire un acte méritoire, ni se purifier par la contrition. Chaque jour, le contentement de l’âme augmente car le feu purifie de plus en plus la noirceur des péchés à expier, lui permettant d’être de plus en plus exposée au rayon divin : ce n’est pas la peine qui diminue mais le temps à rester dans le Purgatoire. Ces raisons étaient suffisantes pour instaurer les messes payantes afin de raccourcir le temps de pénitence des défunts.

 

 

 

                                
                                                Saint Thomas d'Aquin

 

 

 

Dès lors, de nombreux scandales émaillèrent la vie des futurs candidats au Purgatoire. Conservé à la Bibliothèque de France sous le n°1770, un manuscrit relate le procès criminel de la famille de Saint-Mesmin  et des moines du couvent des Cordeliers en 1534. Le tombeau de cette noble famille se trouvait dans l’église des Cordeliers. L’épouse du prévôt d’Orléans (seigneur de Saint-Mesmin) étant décédée, il fut procédé à l’inhumation de son corps  dans l’église. Cependant, les moines,  ayant jugé que le « don » du prévôt pour le repos de l’âme de la défunte n'était pas suffisant, décidèrent de déterrer la morte en exigeant plus d’argent au veuf s’il voulait la replacer dans leur terre sainte du couvent. Le manuscrit nous dit que l’âme de la défunte apparut à deux frères en prononçant ces mots terribles : « Je suis damnée comme Judas, parce que mon mari n’a pas donné assez. »

 

 

 

                                
Saint François d'Assise, fondateur des ordres mendiants, n'avait pas imaginé que la branche franciscaine des Cordeliers, vêtus pauvrement et allant nu-pieds, vivraient un jour dans l'opulence de leurs églises et de leurs couvents.

               

 

Parlons à présent du XIXème siècle et de la dérive des prêtres confrontés à un manque d’argent chronique. Sans sa renommée d’homme riche et détenteur de secrets, Bérenger Saunière n’aurait jamais focalisé l’attention des essayistes, des romanciers, des historiens, des politiciens et des militaires, depuis sa mort. Des religieux vivant de trafic de messes ont toujours été nombreux et dans la majorité des cas jamais dénoncés. Peut-être que Saunière n’aurait pas été inquiété si Monseigneur Billard n’avait pas été atteint d'une paralysie début 1898, probablement à la suite d'un accident vasculaire cérébral. L’évêque fut dans l’incapacité de veiller sur ses subordonnés car il est décrit par les services de la Préfecture comme étant "dans un état d'idiotisme complet".



                                 
 
Six mois après l'inauguration de l'église rénovée par Bérenger Saunière, Monseigneur Billard, pillard à ses heures, sombrait dans la débilité la plus totale. Les soeurs qui s'occupèrent jour et nuit de lui, y virent un châtiment de Dieu.

 

 

 

                                 
                                          Tour de l'évêque à Carcassonne 
                 Les secrets de l'évêché sont désormais conservés au Vatican.     

 

  

L’évêque de Carcassonne avait sûrement un lien lointain de parenté avec les Borgia. Les bruits qui couraient sur son compte furent confirmés par l’abbé Laborde : « Monseigneur Billard, pour avoir de l’argent, conférait des titres de chanoine titulaire, moyennant trente mille francs…Monseigneur Billard était simoniaque, voilà tout. Sa grandeur, en se livrant à un tel trafic, avait oublié que la simonie est, par sa nature, un péché mortel et un énorme sacrilège. Pour avoir de l’argent, il forçait les abbés du grand séminaire à faire partie de sa caisse de retraite. Voici la teneur de l’article VI de la règle qu’il avait créée : « Aucun séminariste ne sera promu au sous-diaconat, s’il ne prend par écrit, l’engagement de souscrire à la caisse de retraites immédiatement après son ordination. »

 

 

                  
                             Un enterrement pouvait se monnayer très cher.

 

 

« Pour avoir de l’argent, Monseigneur Billard, n’a jamais, pendant 19 ans, rendu des comptes sur la caisse de retraites. D’après le compte-rendu de monsieur le curé de Saint-Marcel, la caisse aurait dû posséder 1 052 121 francs. Monseigneur Billard, sans raison aucune, n’a voulu, dans la réunion du 27 octobre 1896, accuser que 568 000 francs ; et encore sans aucune pièce justificative. Le comptable avoua franchement qu’il n’y en avait point ; ce qui ahurit tous les prêtres présents à cette réunion. »

 

 

                                         
                
  Tombe de l'abbé Gélis dans l'ancien cimetière de Coustaussa.
                    Est-ce que l'abbé Gélis faisait parti du réseau mis en place
                                                par Monseigneur Billard ?

 

 

Il est clair qu’au vu de ce témoignages et d’autres qui furent produits de 1892 à 1905, que Monseigneur Billard, grand maître des Simoniaques de l’Aude, avait mis en place un vaste réseau dans le but de monnayer tous les sacrements : trafic de messes, trafic de charges ecclésiastiques, trafic de rites mortuaires. Combien d’abbés furent complices ? Certainement, plusieurs dizaines. Parmi eux, si nous en tenons à l’hypothèse proposée sur cette page du site : Bérenger Saunière.

 

 

 

             
           
  Les "milliards" du curé se sont envolés. Son domaine est aujourd'hui
             ruiné et il n'y a jamais eu de caisses remplies de lingots dans la maison
             Béthanie. Ici, nous voyons non pas Bérenger, mais son frère Alfred.

 

                    

Saunière, le plus riche de tous les abbés. Saunière, bouc émissaire d’une Église qui, par son acharnement sur un seul homme, cherchait à étouffer un scandale de dimension nationale. Saunière obligé de comparaître le 23 août 1910, et qui ne se présentera jamais devant le tribunal face auquel son défenseur, Huguet, démontrera qu’entre le 31 décembre 1899 et le 29 juin 1909, 2240 messes furent commandées à son client.

 

 

                            
                             SIMONE MARTINI, La messe miraculeuse, XIVè siècle.
Avec les pratiques mises en place par Monseigneur Billard, on comprend que les messes pouvaient être miraculeuses.

 

 

Une messe valant à l’époque 1franc 25 centimes en moyenne, le calcul est vite fait : 2800 francs en dix ans. Un franc de l’époque équivalant à 16 euros 40 en 2010, nous comptabilisons 45 920 euros, ce qui représente un gain mensuel de  383 euros. Ce n’est donc pas avec ce sous-revenu minimum d’insertion que Bérenger Saunière a pu faire construire son domaine et mener un grand train de vie. Pour notre part, l’accusation de trafic de messes ne tient pas.

 

 

               
                   
  Le sacrement de l'extrême onction fut refusé à Saunière.

 

 

La damnation de Saunière relève d’un secret autrement plus lucratif que les petits arrangements sacrilèges passés avec Monseigneur Billard. Saunière savait qu’il ne sauverait pas son âme. Rivière lui refusa l’extrême onction avant sa mort, extrême onction sans valeur salvatrice qui fut administrée deux jours après le décès de l’abbé sulfureux.

 

 

 

                          
                     St. Ignace enseigna qu’il fallaitt, en cas de Désolation Spirituelle,  

                        contre-attaquer la tentation par la prière et la pénitence.

 

 

Saunière aurait pu s'inspirer d'Ignace de Loyola, choisir la voie de la rédemption et dire:

Je crois, mon Dieu, tout ce que vous avez révélé à votre Église. J'espère en vous, et je crois en vos promesses et sur vos mérites infinis. Je vous remercie de toutes les grâces que vous m'avez faites en cette vie, et surtout de ce que vous me donnez le moyen de me préparer à la mort. Vierge Sainte, Mère de Dieu et des hommes, Anges du ciel, fidèle gardien de mon âme, Saints protecteurs qui avez si souvent présenté, en mon nom, mes prières à notre Seigneur Jésus-Christ, ne m'abandonnez pas à l'heure de ma mort. Ainsi soit-il.

 

 

                                
                                              
       Le choix de Saunière.

 

 

Mais il ne fit pas ce choix. Ecoutons l'écho de sa voix :

 

S’enfoncer dans la brume sombre
celle de l`éternité de Satan
telle est ma destiné, ma pénombre
elle m`envahit de plus en plus souvent
quand je songe à l’or caché sur le mauvais versant
balayé cent fois par le vent d’Autan
où avec Alfred mon frère de sang
j’ai renié ma foi et défié le Nombre.

 

 

 

                                  
                                                  
  Le fidèle Asmodée

 

                    



 

 

 

 

 

 

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