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Le trésor des Templiers

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

5.  Le Trésor des Templiers

Jean-Michel Thibaux.

 

 

                                                                       
                                        Jean-Michel Thibaux ; la croix pattée du Temple.

 

 

L’Ordre du Temple fut anéanti en 1317, quand le pape Jean XXII confirma l’Ordre de Montesa dans le royaume d’Aragon en reprenant la sentence de Clément V. Le Temple était définitivement aboli. Durant deux siècles, les Templiers avaient été les banquiers des puissants de ce monde et les défenseurs de l’Église. Disparus les grands chevaliers à la croix pattée, disparues leurs fabuleuses richesses que nul jusqu’à ce jour n’a pu mettre à jour.

 

 

 

                           
              
Jean-Michel Thibaux : templier en partance pour la Terre-Sainte.

 

 

 

Après la prédication de la Croisade à Clermont par le pape Urbain II le 27 novembre 1095, mes armées se levèrent en masse pour défendre la Croix. Quatre ans plus tard, après une épopée sanglante, le 15 juillet 1099, les Croisés entraient à Jérusalem.

La croisade avait vécu. Vînt le temps des marchands et celui de l’insécurité. La croisade de 1101 vit le massacre de 100 000 immigrants. Il était impossible de se rendre en terre sainte sans être attaqué. Ainsi, Jacques de Vitry nous dit : « Personne ne pouvait aller tranquillement visiter les Lieux-Saints car les brigands et les voleurs infestaient les chemins, surprenaient les pèlerins, en détroussaient un grand nombre et en massacraient beaucoup. »

 

 

 

                             
                
Jean-Michel Thibaux : le Temple idéalisé par les Rose-croix.

 

 

 


De ce constat désastreux, naquit l’Ordre du Temple. Son but primitif fut d’assurer la protection des voyageurs sur les routes menant à Jérusalem. Le champenois Hugues de Payens, Geoffroy de Saint-Omer et une poignée de chevaliers  formèrent une confrérie. L’Ordre véritable fut fondé en 1118 selon Guillaume de Tyr ; mais en étudiant les textes relatifs et les actes de donation, surtout celui du 1er octobre 1127, nous pouvons avancer que la fondation fut effective aux alentours de Noël 1119.

 

 

 

                       
                             
Jean-michel Thibaux :  paroles de Templiers.

 

 

 

Neuf chevaliers servirent en habits séculiers et se vêtirent de ce que les fidèles leurs donnèrent en aumônes. Le roi de Jérusalem les logea dans son palais, près du Temple du Seigneur. Après avoir reçu un don en terrain par l’abbé et les chanoines du Temple, on nomma Templiers les neuf preux qui se sacrifièrent pendant neuf ans. La chronique de Jacques de Vitry ne laisse aucun doute à leur sujet : « En l’an de grâce 1128, après avoir demeuré neuf ans dans le palais, vivant ensemble dans la sainte pauvreté, selon leur profession, ils reçurent une Règle par les soins du pape Honorius et d’Étienne, Patriarche de Jérusalem, et un habit blanc leur fut donné. Ceci fut fait au concile tenu à Troyes, sous la présidence du seigneur évêque d’Albano, légat apostolique, et en présence des archevêques de Reims et de Sens, des abbés de Cîteaux et de beaucoup d’autres prélats. Plus tard, au temps du pape Eugène, ils mirent la croix rouge sur leurs habits, portant le blanc comme emblème d’innocence et le rouge pour le martyre. »

 

 

                                                                   
                            
Jean-Michel Thibaux : templier portant le Beaucéant.

 

 

 

LA RÈGLE D’ORIGINE.

 

 

 

                                  
                                  Jean-Michel Thibaux :  Saint Bernard.

 

 

 

Il ne semble pas, au vu des documents que nous possédons, que la règle du Temple ait été écrite par Saint Bernard. Soixante et douze articles furent élaborés. Les sept premiers insistent sur l’aspect religieux de l’Ordre. L’office devait être entendu debout et, en cas d’empêchement pour raison de service, le templier devait réciter treize patenôtres. Neuf pour vêpres et sept pour les autres.

Lorsqu’un frère décédait, chaque templier récitait cent oraisons dominicales. Pendant quarante jours, un pauvre était nourri à la place du défunt. En cas de mort d’un frère laïc, on récitait trente patenôtres et on nourrissait un pauvre pendant sept jours…

 

 

 

                     
                                              Jean-Michel Thibaux :
                       
 Le concile de Troyes en 1128. Sur la chaire, Honorius II.

 

 

 

 

Les onze articles suivants concernaient la vie quotidienne. Ainsi, les frères prenaient le repas de midi en commun sans parler, tout en écoutant la lecture d’un passage des saintes écritures. La viande était servie le mardi, le jeudi et le dimanche. En ce jour dominical, seuls les frères chevaliers recevaient double ration. Hormis le vendredi réservé aux plats de poissons, les Templiers devaient se contenter de légumes et de fruits les trois autres jours. Le Carême était strictement observé de la Toussaint à Pâques sauf pendant Noël, les fêtes de Notre-Dame et des apôtres. Selon le bon vouloir du Maître, une simple collation était servie le soir. Les restes de pain distribués aux pauvres, les Templiers avaient obligation de rester silencieux après complies. Une dérogation concernait les frères malades qui, dispensés de se rendre aux mâtines, récitaient treize patenôtres dans leur lit.

 

 

 

         
                         
Jean-Michel Thibaux : templiers avant la bataille.

 

 

 

 

Vêtus de blanc, de noir ou de brun, les frères portaient un manteau blanc par-dessus leurs habits. Les vêtements usagés revenaient aux écuyers. La barbe et la moustache était de rigueur et, pour parfaire l’humble apparence des moines guerriers, leurs chaussures n’avaient ni pointes ni lacets. Sur sa paillasse, sous sa couverture, le Templier dort en chemise et caleçon, mais il lui est interdit d’être dans le noir. La flamme d’une lampe à huile éclairera toujours ses rêves ou ses cauchemars.

 

 

 

                                         
                           
Jean-Michel Thibaux : le trésor des Templiers.

 

 

 

Trois chevaux et un écuyer étaient attribués à un Templier chevalier. Toute armure dorée reçue en cadeau devait être peinte. Interdiction était faite aux frères de posséder malles et sacs à serrure. Toute lettre envoyée par un tiers était lue à haute voix devant le Maître. La valeur guerrière étant égale à leur foi, ils ne chassaient que les lions. Contrairement à la règle, de nombreuses femmes furent admises dans l’Ordre en qualité d’Oblates ou de moniales, et il n’est pas exclu que certaines sœurs prirent les armes aux côtés des frères. On peut alors se demander comment il était possible de déroger à des lois édictées par des religieux face au Chapitre, autorité suprême de l’Ordre. Le Maître n’avait qu’un pouvoir restreint. Toute l’autorité se concentrait dans l’assemblée des Frères.

 

 

 

              

             
                       
Jean-Michel Thibaux : le templier et le Saint-Graal.

 

 

 

DES DÉBUTS DIFFICILES.

 

 

 

 

                
        Jean-Michel Thibaux :  couronnement de Baudouin II à Jérusalem.

 

 

 

 

                      
           Jean-Michel Thibaux : la forteresse de Pontferrada en Espagne.

 

 

 

Excepté la donation du comte de Blois, Thibaux de Champagne, le 31 octobre 1127 : le domaine de Barbonne qui allait devenenir une commanderie de premier plan, les pauvres chevaliers de l’Ordre eurent toutes les peines du monde pour faire entendre l’appel du roi de Jérusalem, Baudouin II. Agé de 58 ans mais toujours enclin à batailler pour consolider les fragiles possessions chrétiennes en Terre Sainte, Baudouin envisagea de conquérir Damas en lançant une nouvelle croisade. Il dépêcha donc en France le nouveau Maître des Templiers, Hugues de Payens, afin de recruter des soldats. Ce fut un échec. Seul le comte d’Anjou Foulques envoya cent hommes d’armes. Alors Hugues parcourut les Flandres avec Geoffroy de Saint-Omer et Payen de Montdidier, les Flandres généreuses où les Seigneurs leur cédèrent les redevances de leurs fiefs, puis l’Angleterre.

 

 

 

 

                 
                    
  Jean-Michel Thibaux : château de Soure au Portugal.

 

 

 

 Entre temps, la reine Thérèse du Portugal avait donné aux chevaliers la forteresse de Soure dans la région de Coïmbra. L’Espagne, en la personne de Raimond-Bérenger, suivit afin de faire échec à la puissance des Maures en octroyant sur la frontière castillane les châteaux de Granena et de Barbera (14 juillet 1130). De nouvelles places-fortes templières pousseront dans toute la péninsule ibérique. La fortune des Templiers prenait racine. Elle prit des proportions gigantesques telles que nous les décrit l’érudit chanoine prémontré, Mansuet : « A peine sept ou huit ans s’étaient écoulés depuis la confirmation de l’Ordre, qu’on le vit s’étendre prodigieusement. Les donations qu’on leur fit n’étaient pas des terrains incultes ou à défricher, comme ceux que recevaient les disciples de saint Norbert ou de saint Bernard, c’étaient des châteaux, des fiefs, des bourgades avec leurs appartenances. »

 

 

 

 

                
                   
Jean-Michel Thibaux : château d'Almourol en Espagne.

 

 

 

 

Dès 1136, le Trésor des Templiers se constitue.

Les quêtes générales en faveur des Templiers se multiplièrent dans tout l’Occident. La première initiative fut prise par l’archevêque de Reims, Renaud de Martigny en 1131. Lors d’un synode, on décida que durant huit jours, à l’époque des rogations, des aumônes seraient faites en faveur de l’Ordre.

 

 

                                 
           
    Jean-Michel Thibaux : les templiers débarquent à Saint-Jean d'Acre.

 

 

 

Ayant acquis son indépendance financière, l’Ordre des Templiers pouvait  désormais briguer une indépendance politique et spirituelle totale. Cela se produisit le 29 mars 1139, lorsque le pape Innocent II, par une bulle : Omne datum optimum, reconnut officiellement le Temple en émancipant les Templiers de toute autorité ecclésiastique.
Extrait de la bulle :
« Nous vous exhortons de combattre avec ardeur les ennemis de la Croix, et en signe de récompense Nous vous promettons de garder pour vous tout le butin que vous prendrez aux Sarrasins, sans que personne ait le droit de vous en réclamer une part et Nous déclarons que votre maison, avec toutes ses possessions acquises par la libéralité des princes, des aumônes, ou de n’importe quelle autre manière, demeure sous la tutelle et la protection du Saint-Siège. »

 

 

               
 Jean-Michel Thibaux : p
arallèlement à ses actions en faveur des Templiers, le pape Innocent II (1130-1143) confère le titre de roi de Sicile à Roger II (1130-1154) et le fait feudataire du Saint-Siège dans le but de s'assurer de la neutralié des Normands de Sicile.

 

 

LES GRANDS MAÏTRES DU TEMPLE.

Hugues de Payens. 1119 – 24 mai 1136.

 

 

 

 


Fondateur de l’Ordre. Son nom apparaît dans une donation faite aux Vénitiens par le roi Baudouin II. Foulques, le comte d'Anjou fut l’un des premiers grands seigneurs d’Occident à lui apporter son aide. Dès 1127, Hugues de Payens récolta divers dons en effectuant plusieurs voyages qui le conduisirent jusqu’en Angleterre. Sous son commandement, le temple s’enrichit considérablement. L’évêque de Soissons fut le dernier donateur (Commanderie de Mont-de-Soissons en 1134) connu avant le décès d’Hugues de Payens en 1136.

 

 

Robert de Craon. Juin 1136 – janvier ou février 1147.

 

 

 

 

 

Si la vie d’Hugues de Payens est partiellement, il en est tout autrement avec celle de Robert de Craon de la Commanderie de Bicherenches, au vue de la masse de documents et d’actes le concernant. Avec l’arrivée de ce grand législateur à la tête de l’Ordre, le Temple acquiert une forme presque définitive. Ce fut sous son mandat que le Pape Innocent II confirma l’existence de l’Ordre.

 

 

Evrard des Barres. Mars 1147 – mai 1151.

 

 

                                        




 

Son titre de Grand Maître apparaît à l’origine dans un acte de donation octroyant à l’Ordre un moulin sous le Grand-Pont de la Seine à Paris. Le 14 mai 1150, il réunit les Templiers en chapitre général, mais nous avons peu de renseignements sur son compte. Il se fit moine et mourut à l’abbaye de Clairvaux, le 25 novembre 1174.

 

 

Bernard de Tremblay. Juin 1161 – 16 août 1153.

 

 

                                             

 

 

                      

Cet ancien commandeur de Dôle en Franche-Comté rebâtit la ville de Gaza, puis trouva la mort avec tous ses Templiers à la bataille d’Ascalon. Après sa mort, certaines sources nous parlent d’un Grand Maître appelé Évrard qui nous est connu par l’existence d’un acte de confirmation daté du 20 avril 1154 et signé par le roi Baudouin III, roi de Jérusalem.

 

 

 

André de Montbard. Décembre 1154 – 17 octobre 1156.

 

 

                                       

 

 

 

Sénéchal de l’Ordre de 1148 à 1151, il était l’oncle de saint Bernard. Il apparaît comme Grand Maître, le 27 mai 1155, dans un acte de Baudouin III, roi de Jérusalem. Il serait mort naturellement le 17 octobre 1156.

 

 

 

Bertrand de Blanquefort. 1156 – 3 janvier 1169.

 

 

                                           

 

 

  

Ce Templier nous intéresse particulièrement dans la mesure où nous le rattachons au mystère de Rennes-le-Château et à la profanation de la tombe des Blanquefort par Bérenger Saunière. Originaire de la Guyenne, Bertrand apparaît dans l’histoire de la Terre Sainte lorsque, le 2 novembre 1156, il appuya le roi Baudouin IV dans le traité de paix avec les Pisans. Le 19 juin 1157, il est fait prisonnier à la bataille du lac Méron, puis libéré après rançon. En 1165, à la bataille d’Harenc, défaite terrible pour les Francs commandés par Bohémond, prince d’Antioche, et le comte de Tripoli, Raymond, il vit périr soixante des meilleurs chevaliers du Temple. Sa vie se résume à une succession de défaites et de traités commerciaux. Il eut la difficile mission d’annoncer la prise de Paneas (1167) au roi de France Louis VII. Il mourut le 2 janvier 1169.

 

 

 

Philippe de Milly ou de Naplouse. Janvier 1169 – 3 avril 1170.

 

 

 

                                       

 

 

 

Ce picard de sang naquit à Naplouse en Terre Sainte. Il échangea cette seigneurie contre celle de Montréal avec le roi Baudouin III. En 1169, dès son accession à la tête de l’Ordre, il signe un traité en faveur des Pisans avec l’accord du roi Amaury. Il démissionna du Temple lors d’un voyage à Constantinople.

 

 

 

Eudes de Saint-Amand. 1170 – 19 octobre 1180.

 

 

 

                                     

 

 

 

Le limousin Eudes fut maréchal du royaume avant se se voir attribuer le titre de vicomte de Jérusalem. Nous avons la preuve de son accession à la tête de l’Ordre en 1172 lors de la fâcheuse affaire de meurtre des envoyés du prince des Bathéniens par le chevalier du Temple, Gautier du Mesnil. La richesse de l’Ordre s’est encore agrandie sous son commandement. Le 18 avril 1174, il confirme la rente donnée à l’Hôpital de Saint-Jean par le roi Amaury. Il participa à la bataille de Mongesirat en 1177. A partir de cette date, la confusion des chroniqueurs a induit en erreur beaucoup d’historiens. Il n’est pas prouvé que Eudes de Saint-Amand mourut dans une prison de Saladin, pas plus qu’il décéda au combat le 16 juin 1179 au Gué de Jacob ou le 30 août lors de l’assaut du Château du Gué de Jacob. Le dernier acte qu’il passa avec le Maître Roger de Molins de Saint-Jean de Jérusalem est daté de février 1179. L’obituaire de Reims dans lequel les Templiers consignaient les évènements importants nous donne la date exacte de sa mort : 19 octobre 1180.

 

 

Arnaud de la Tour Rouge.1181 - 30 septembre 1184.

 

 

                                          

 

 

Maître en Provence et en Espagne comme le confirme un acte sur l’exonération de péage accordé aux habitants de Miravete le 26 novembre 1180, il est élu Grand Maître en 1181. En mars, le roi Alphonse d’Aragon lui fit une importante donation. Sous son mandat, le pape Lucius III, confirma par la bulle Dilectus fillus Arnaldus les dispositions favorables aux Templiers concédées par le pape Alexandre III. Alors qu’il était parti en France pour demander des renforts, Arnaud de la Tour Rouge mourut à Vérone.

 

 

Gérard de Ridefort. Octobre 1184 – 1 er octobre 1189.

 

 

                                        

 

 

 

Sénéchal en 1183, Maître en 1184, il fut élu Grand Maître en 1185. Gérard le Flamand participa à la bataille d’Acre dans les rangs de l’armée de Guy de Lusignan opposée à celle de Saladin. En 1188, Jérusalem tombe aux mains des Musulmans. C’est la débâcle des troupes chrétiennes en Terre Sainte. L’image de Gérard de Ridefort nous est parvenue très altérée par les écrits de Guillaume de Tyr, ennemi juré des Templiers. Il semble cependant que Ridefort, être arrogant et sanguin, a été l’un des responsables du déclin des Francs en Palestine et en Judée. En 1186, il s’allia à Guy de Lusignan qui complotait pour s’emparer du trône de Jérusalem. Lors d’un raid audacieux à la tête de 140 chevaliers, il attaqua 7000 Musulmans. Cet affrontement provoqua la bataille de Casal Robert. Ce 1er mai 1187 fut un désastre. Gérard s’échappa de justesse après avoir vu mourir le Maître des Hospitaliers et le pillage de Nazareth. Ivre de revanche, il leva une armée en puisant dans le trésor du Temple et accompagna Guy de Lusignan à Saphonie. Saladin et ses 60 000 hommes attendaient les 30 000 soldats chrétiens dont 1200 chevaliers du Temple et 4000 turcopoles. Après s’être emparé de Gaza et de plusieurs places fortes, Gérard de Ridefort tomba avec Guy de Lusignan aux mains de Saladin. Libéré après une forte rançon, il continua la guerre. Au début du siège d’Acre (1189), il perdit la vie en livrant un combat acharné au pied du Toron. La leçon avait été retenue par les Templiers. Lors de la réunion du chapitre général, ils réformèrent la règle en édictant les mesures disciplinaires à appliquer quand le Grand Maître et les Maîtres en général manquaient à leur sens moral et à leurs responsabilités. Il était, hélas, trop tard. L’aura de l’Ordre avait perdu son éclat.

 

 

Robert de Sable. Décembre 1189 – 13 janvier 1193.

 

 

                                            

 

 

Il fut nommé Grand Maître devant la ville d’Acre. Cette élection eut lieu à l’arrivée de Richard Cœur de Lion, roi d’Angleterre. Il se battit au côté des nouveaux Croisés, mais l’Histoire nous a laissé peu d’indices le concernant. Il mourut le 13 janvier 1193.

 

 

Gilbert Arail. Février 1193 – 20 décembre 1200.

 

 

 

                                           

 

 

 

Il exerça les fonctions de Grand Commandeur de l’Ordre avant d’être élu à la tête des Templiers. Le 20 mai 1194, le pape Célestin dans sa bulle Omne datum optimum prit l’Ordre sous sa protection et confirma les privilèges accordés aux Templiers. En 1196, le pape Innocent III reprochera à Gilbert d’avoir encouragé la trêve de cinq ans entre Richard Cœur de Lion et Saladin. Le 8 décembre 1198, Gilbert Arail mit fin à un différent qui l’opposait aux Hospitaliers de Saint-Jean concernant des biens dans le comté de Tripoli. Il mourut le 20 décembre 1200.

 

 

Philippe du Plaissis. Janvier 1201 – 12 novembre 1209.

 

 

                                          

 

 

 

Continuant la politique de son prédécesseur envers les Hospitaliers, le 17 avril 1201, Philippe signa un accord afin que l’eau des terres des deux Ordres soit également partagée pour l’usage des irrigations et des moulins (comté de Tripoli). Comme à chaque investiture d’un Grand Maître, le pape  Innocent III renouvela la bulle Omne datum optimum. En 1208, Philippe proposa au Maître des Hospitaliers, de Saint-Lazare et de Sainte-Marie des Allemands, une trêve avec les Musulmans contre laquelle s’opposèrent violemment les prélats. Il décéda le 12 novembre 1209.

 

 

Guillaume de Chartres. 1210 – 26 août 1218.

 

 

                                        

 

 

 

L’Histoire ne nous révèle pas grand-chose sur ce Maître du temple qui assista au couronnement de Jean de Brienne en 1210. Toujours est-il qu’il apparaît en Grand Maître (1211) lors d’un arbitrage concernant son Ordre avec le roi d’Arménie pour la possession du château de Gastein. En 1217, il participa au rassemblement des grands seigneurs et des prélats de Terres Sainte à Acre. Il mourut d’une épidémie de fièvre en Egypte, le 26 août 1218.

 

 

Pierre de Montaigu. Avril 1219 – 1232.

 

 

                                          

 

 

 

Elu pendant le siège de Damiette en Egypte (1218), Pierre ne l’apprit que fort tardivement car à ce moment là, il exerçait les fonctions de Précepteur de Provence et d’Espagne. Preux chevalier, tacticien émérite, il se battit sur tous les fronts et exerça entre autre son talent d’administrateur hors pair. En 1229, il refusa de se joindre à Frédéric II d’Allemagne qui avait été excommunié. Il mourut en 1232, alors que Frédéric II devenu roi de Jérusalem venait de s’allier à la faction musulmane d’Al-Kâmil.

 

 

Armand de Périgord. 1232 – 17 octobre 1244.

 

 

                                        

 

 

 

 Précepteur du Temple en Sicile et en Calabre, Armand est assurément Grand Maître de l’Ordre en août 1232, comme le prouve l’acte de restitution de Barth à Jean d’Ibelin par Richard Filangieri. En novembre 1240, lors d’une assemblée, Armand de Périgord, fit aux religieux de l’ordre de Saint-Lazare don d’un terrain situé dans le Montsumard à Acre. Le 17 octobre 1244 marque un nouveau tournant dans l’histoire des croisades après la bataille désastreuse de Forbie, près de Gaza, où l’armée franque fut presque totalement anéantie. A eux seuls, les templiers perdirent 312 chevaliers sur 348 et 324 turcopoles. Blessé pendant le combat, Armand tomba entre les mains des Musulmans et mourut peu de temps après dans sa prison.

 

 

Guillaume de Sonnac. 1245 – 3 juillet 1250.

 

 

                                         

 

 

 

Avant l’élection de Guillaume de Sonnac, Richard de Bures, seigneur de Chastel Blanc, fut peut-être à la tête de l’Ordre. Nous n’avons aucun document qui prouve que ce fut le cas. Guillaume apparaît comme Grand Maître en 1245 sur un acte concernant l’ordre de Saint-Thomas d’Acre. Combatif, courageux, il défendit le roi de France à la bataille de Mansourah, le 3 juillet 1250. En s’interposant entre le roi et les ennemis, il fut mortellement blessé.

 

 

Renaud de Vichier. 1250 – 19 janvier 1252.

 

 

                                          

 

 

 

Commandeur du Temple dans la ville d’Acre en 1240, puis Maître du Temple en France en 1246, il fut nommé Maréchal de l’Ordre à la mourt de Guillaume de Sonnac. Malgré le refus de l’Ordre de payer une partie de la rançon pour libérer le roi Saint-Louis, ce dernier tint Renaud de Vichier en haute estime, car c’était un chevalier loyal et courageux. Son amitié pour le Grand Maître était telle qu’il en fit le parrain de son fils Jean-Tristan en 1250. Il mourut le 19 janvier 1252.

 

 

 

Thomas Beraud. Février 1252 – 25 mars 1273.

 

 

                                           

 

 

 

En octobre 1252, son nom associé au titre de Grand Maître de l’Ordre apparaît dans un sauf-conduit lui accordant le droit de se rendre à Tripoli. Sous son commandement, on commença à remettre en cause les richesses des Templiers. Thomas Béraud, le 9 octobre 1258, dut passer un accord entre Hugues Revel, Maître des Hospitaliers et le Maître des Teutoniques concernant les contestations qui pourraient être faites sur les biens divers dans les royaumes de Jérusalem, de Chypre, dans la principauté d’Antioche et le comté de Tripoli. Cette période marque la fin des croisades. Bien qu’ayant acquis les place-fortes défensives de Sajette, de Beaufort et d’Arsuf, Thomas Beraud dut les rendre aux Musulmans de Bendochar après d’âpres combats (Arsuf en 1264 et Beaufort en 1268). Le 27 mai 1262, le Maître du Temple et le Maître de l’Hôpital signèrent un compromis pour mettre fin à leurs conflits. Ils donnèrent tous les pouvoirs à un certains nombre de seigneurs et de prélats dont Thomas, évêque de Bethléem et légat du Saint-Siège. En 1270, Thomas Bérard signa la révocation de cet accord ; il mourut le 25 mars 1273.

 

 

Guillaume de Beaujeu. 13 mai 1273 – 18 mai 1291.

 

 

                                               

 

                      

Originaire du Forez, Guillaume de Beaujeu fut le dernier Grand Maître à résider en Terre Sainte. Ancien Commandeur (1271) dans le comté de Tripoli, il était Commandeur des Pouilles au moment de son élection le 13 mai 1273. Avant de gagner la Terre Sainte, il assista au concile de Lyon (mai 1274) dont le but était la réunion des Églises d’Orient et d’Occident et le lancement d’une nouvelle croisade. Guillaume de Beaujeu était un sage qui mit tout en œuvre pour réunir les factions opposées à un moment crucial de l’Histoire. Respecté par les seigneurs musulmans, il s’imposa comme un grand chef de guerre et, avec l’appui du pape, jeta les bases d’une unification de l’Ordre du Temple et de celui de Saint-Jean. Mais les Templiers, victimes de leur passif et des menées souterraines des légistes de Philippe le Bel, aiguillonnés par les abjects personnages tels que Pierre Dubois, Nogaret et Enguerrand de Marigny, furent accusés d’avoir trahi la chrétienté. Le territoire de la Terre Sainte se voyait peu à peu dépossédé de ses fiefs. Le sultan du Caire, Kalaoun Malek al Mansour s’emparait successivement de Margat, de Laodicée, de Sidon et de Tyr. Son fils, Kabid-Achraf, menaça bientôt Acre. Dès mars 1291, à Acre, on se prépara à la défense. Quatre contingents se constituèrent  sous les ordres de Jean de Grailly et d’Othon de Granson, du chefs des Chypriotes et du lieutenant des Teutoniques, des Maîtres de Saint-Jean et de Saint-Thomas, et des Maîtres du Temple et de Saint-Lazare. Les Chevaliers de l’Épée, de Saint-Laurent, de Saint-Martin des Bretons et ceux du Saint-Esprit se joignirent à eux. Le 18 mai 1291, Guillaume, mortellement blessé, fut évacué dans une maison près de la porte Saint-Antoine. La plupart des troupes se retira sur les vaisseaux pour gagner Chypre. C’est ici qu’il faut placer le transport du Trésor des Templiers, bien que son importance doit être reconsidérée comparativement aux richesses de l’Ordre en Europe. Dans cette fuite émaillée de combats sans merci où le lieutenant de Saint-Lazare trouva la mort, le patriarche de Jérusalem, Nicolas de Hanappe, et le Maître de l’Hôpital périrent noyés.

 

 

 

Thibaud Gaudin. Août 1291 – 16 avril 1292.

 

 

                                        

 

 

 

 Grand Commandeur du Temple à la mort de Guillaume de Beaujeu, il prit la tête des soldats rescapés et se réfugia à Sidon. Désespérant de ne pas recevoir des secours, il s’embarqua – deuxième hypothèse de l’évacuation du Trésor des Templiers avec les survivants de l’Ordre, les archives et les vases sacrés. Parvenu au château de Sagette, il fut élu Grand Maître en août 1291. Il mourut le 16 avril 1292.

 

 

          
                             Jean-Michel Thibaux : le Faucon du Temple.

 

 


Le Grand Maître  remarqua Frère Roger et, le Temple ayant acheté aux Génois  un grand navire, le plus grand qui fut fait en ce temps-là , et qui avait nom le "Faucon ", le lui confia. Frère Roger participa avec son navire à  l'évacuation des Chrétiens lors de la chute d'Acre. On le retrouva plus tard en disgrâce dans son ordre, semble-t-il. Il finit sa vie en 1305, à Constantinople où, chef de la fameuse Compagnie catalane des Almogavars, il fut assassiné. Le Faucon  resta au Temple : il est en effet signalé au mouillage à  Chypre en 1301.

 

 

Jacques de Molay. Décembre 1292 – 11 mars 1314.

 

 

                                       

 

 

 

Ce Franc-Comtois de la lignée des Longwy-Rohan fut élu en décembre 1292. En 1293, il envoya une missive à Édouard d’Angleterre afin de lui annoncer la nomination de Guy de Foresta en qualité de visiteur de l’Ordre dans les îles britanniques. Trahi par les Seigneurs français, le roi Philippe le Bel et le pape Clément V, il fut remis ainsi que cent trente huit autres au Grand Inquisiteur Guillaume de Paris qui en fit mourir vingt-cinq sous la torture (pudiquement appelée question). Jacques de Molay mourut sur le bûcher de l’île aux Juifs, le 11 mars 1314, après avoir passé plusieurs années en prison.

 

 

 

 Comment élisait-on le Grand Maître?

 

 

 

                     
 Jean-Michel Thibaux : le dernier Grand Maître élu, Jacques de Molay

  

 

 

 

A la mort du Grand Maître, le Maréchal de l’Ordre le remplaçait temporairement. Il devait réunir au plus vite les hauts responsables. Constitués en Chapitre, ces Templiers procédaient à l’éléction du Grand Commandeur dont le rôle consistait à régler les affaires courante et réunir le véritable chapitre d’élection essentiellement formé de membres résidant en Terre Sainte. Ainsi, le Grand Commandeur, le Sénéchal, le Maréchal, les commandeurs de Tripoli, d’Antioche et Jérusalem en compagnie des baillis et des frères jugés prud’hommes nommaient d’abord un frère appelé le Commandeur de l’élection. Ensuite, la procédure se déroulait selon un rituel immuable : « Le Commandeur de l’élection et le Maréchal éliront deux frères et ils seront quatre. Et ces quatre élisent deux autres frères et ils seront six, et ces six frères doivent élire deux autres frères et ils seront huit ; et ces huit frères doivent élire deux autres frères et ils seront dix et ces dix frères doivent élire deux autres frères et ils seront douze en l’honneur des apôtres. Et les douze frères doivent élire ensemble le frère chapelain pour tenir la place de Jésus-Christ. »

 

 

 

                    
                           
 Jean-Michel Thibaux : sceau des Templiers.

 

 

 

Les treize frères : huit chevaliers, quatre sergents et le frère chapelain avait alors la tâche difficile de choisir le futur Grand Maître parmi les baillis ou commandeurs des Terres d’Orient et d’Occident. Après avoir dit oui à la question : « Si Dieu et nous t’avons élu pour Maître du Temple, promets-tu d’être obéissant tous les jours de la vie au couvent, à tenir les bonnes coutumes de la maison et les bons usages ? » , accompagné par le chant du Te Deum, le Grand Maître était porté entre les bras des frères jusqu’à la chapelle pour être présenté à Dieu.

 

 

              
            
  Jean-Michel Thibaux : représentation d'un Templier à Cressac.

 

 

 

Gestion de l’Or du Temple.

 

 

                                

 

 

 

Le Grand Maître de l’Ordre, contrairement aux idées reçues, n’a qu’une fonction représentative. A ce titre, il dispose de peu de moyens financiers. Il ne peut prêter plus de 1000 besants, sans l’autorisation de la communauté des frères, il lui est impossible de donner un château ou une terre sans l’avis du Chapitre. Que peut-on apprendre sur le besant qui fut la monnaie utilisée en Terre Sainte et dans l’empire byzantin. Petite incursion dans notre documentation, il est fait mention du besant  dans le récit du paiement de la rançon du roi Richard à l'empereur :

« D'Engleterre tout par navie
Fu sa raençon aravie
Et de Bezans et d'Estrelin
Et de Mansois et d'Angevins
Qui li vinrent du Normendie
Et par haste et par envesde. »

 

                              

                                  
                             
Jean-Michel Thibaux : Richard Coeur de Lion.

 

 

 Les besants (solidus) n'ont été en usage en France que depuis Louis le Jeune, qui le premier fit en personne la guerre aux infidèles. Autrefois, les rois en présentaient treize à l'offrande de la messe, le jour de leur sacre ; et Henri II, pour observer cette ancienne coutume, alors que de son temps cette monnaie n'avait plus cours, en fit forger treize exprès pour cette cérémonie ; « et furent nommés byzantins, valant environ un double ducat la pièce ».

 

 

 

                              
                        
 Jean-Michel Thibaux : Louis VII le jeune. 1120 -1180.

 

 

Si nous considérons que le besant au temps des croisades est celui frappé au temps du règne Alexis I Comnène (cette monnaie appelée hyperpère aura cours jusqu’à la chute de l’empire byzantin), il pesait alors 4, 48 d’or à 21 carats, soit 0,02 grammes plus léger que la monnaie antérieure à la première croisade : l’hystaménon. Donc, le prêt maximum que pouvait octroyer le Grand Maître équivalait à 4 kilogrammes 480.

Le besant a cependant une valeur très forte. Ainsi, la paye d’un turcopole engagé par les Templiers était de 3 besants par an, celle d’un soldat servant dans un royaume ou dans l’armée byzantine pouvait atteindre 4 besants par an.

 

 

                         

           
           Jean-Michel Thibaux :  hystaménon ou histaménon- Constantine VIII.

 

 

Plus réduites étaient les dépense du Maître. En effet, ce dernier, détenant la Bulle et la Bourse, était limité à un don de 100 besants ou une coupe d’or.

 

 

                                  

 

 

 

Sous le Maître, le Sénéchal en était réduit à offrir un palefroi ou un mulet, une selle de guerre, une coupe d’argent ou une robe de vair ou d’écarlate. Il scellait les actes avec la Bulle (Sceau) quand Le Maître s'absentait et il avait, de plus, le privilège de garder en temps de paix le gonfanon Baussant ou en langage moderne Beauceant (bipartie à deux couleurs) dont nous livrons la description par Jacques de Vitry : « Les Templiers portent une bannière noire et blanche, qu’ils appellent Baucent, pour signifier qu’ils sont francs et bienveillants pour leurs amis, noirs et terribles pour ennemis. Des lions en guerre, des agneaux en paix. »

 

 

                        
           
   Jean-Michel Thibaux : le gonfanon Baussant et le blason du Temple.

 

 

Le gonfanon était porté en temps de guerre par le Maréchal. De tous les chefs du Temple, c’était lui qui recevait et dépensait le plus car il avait en charge l’achat de toutes les armes, des armures et harnais prêté aux frères de l’Ordre. De plus, tout le butin pris à l’ennemi ou acheté aux enchères par ses soins revenait entre ses mains. Pour les chevaux et les mulets, il devait demander l’argent au Maître.

 

 

             
                   Jean-Michel Thibaux : version modernisée: le Beauceant.

 

 

Le trésor proprement dit était sous la garde du Commandeur de la Terre de Jérusalem, trésorier de l’Ordre. Tous les avoirs, les dons et les taxes, y compris ceux venant d’Occident, lui étaient remis après avoir été comptabilisés par le Grand Maître. A ce sujet, les textes sont clairs. Cette quote-part occidentale s’appelait la responsio, part des revenus que chaque maison du Temple ou de l'Hôpital de l'arrière devait distraire de ses caisses pour les besoins de l'Orient. Elle représentait, en principe, un tiers de ses revenus ; en réalité beaucoup moins. A titre d’exemple, en mai 1307, le chapitre tenu à  Orta a laissé la liste des responsiones payées par les 33 commanderies de la province. La somme totale se monte à  1000 marcs d'argent, somme forfaitaire fixée pour la province : c'est sur cette base que l'Ordre en négocie le transfert vers Chypre avec un patron de navire de Barcelone. Les auteurs du site se sont livrés au calcul suivant : sachant qu’un marc équivalait à 245 grammes au treizième siècle et que sa valeur réactualisée en 2010 (conversion par rapport à la livre tournois) est de 77 euros 175, mille marcs nous donnent 77125 euros.   Ces entrées d’argent régulières étaient complétées par les actions militaires ; lors d’une victoire, le Trésorier recevait le butin en esclaves, bêtes de sommes et bétail alors que les bêtes de selles, les armes et les armures allaient au Maréchal.

 

Ci-dessous, les quatre types de navires utilisés par les Templiers du douzième au quatorzième siècle. Ils étaient souvent loués à des marchands ou des armateurs.

 

 

                      
                                        Jean-Michel Thibaux : la galère.

 

 

                             
             Jean-Michel Thibaux : la nef           Jean-Michel Thibaux : la nave

 

 

                                  
                                          Jean-Michel Thibaux : le cogge

 

 

      

Les échanges de l’Ordre entre l’Occident et l’Orient.

 

 

Il y avait officiellement 22 provinces de l’Ordre avec une moyenne de 30 Commanderies par province. Evidemment, ce nombre varia avec le temps. Considérons à présent l’exemple décrit plus haut, à savoir qu’une province moyenne cédait un peu moins d’un tiers de ses revenus, soit 1000 marcs, au Trésorier de la Terre Sainte (nous arrondissons la somme convertie à 70 000 euros), ce qui nous donne : revenus pour une province : 210 000 euros et pour l’ensemble des provinces : 22 x 210 000 = 4 620 000 euros.

 

 

               
         Jean-Michel Thibaux : dans chaque place-forte, des milliers de besants.
                                             Vue du Château-Pèlerin.

 

 

Nous ne faisons pas entrer les dons dans ce revenu annuel, ni les butins amassés lors des batailles, des rançons ou des prises de places-fortes. En se livrant à une synthèse des actes connus et des évènements historiques (il nous manque, hélas, beaucoup de données), on peut estimer que dons et butins représentaient entre 10 et 13 millions d'euros par an. A cette somme conséquente, il faudrait ajouter les bénéfices des prêts consentis par les Templiers aux rois, princes, seigneurs, prélats et particuliers, mais il nous a été impossible de le calculer en l’état de nos recherches et de celles des historiens (nous lançons un appel à toutes les bonnes volontés afin d’affiner ces chiffres). Toujours est-il que les Templiers prêtaient au taux moyen de 11, 5 pour cent. On peut donc se faire une idée de la fortune colossale amassée par l’Ordre durant presque deux siècles. 



               
                                        
           Jean-Michel Thibaux : le Temple à Paris qui contenait l'Écrin de cristal.

 

 

Les échanges de l’Ordre entre l’Occident et l’Orient.

 

 

Le transport de biens d'équipement ou de matières premières est fréquent : un contrat d'avril 1162 révèle ainsi que Romano et Samuel Mairano (célèbres marchands vénitiens) livrent au Temple, à  Acre, 50 cantares de fer (environ 11 tonnes). Les demandes d'armes et de chevaux sont naturellement considérables. Souvent, au moment de quitter la Syrie-Palestine, les Croisés font don de leur monture et de leurs armes aux ordres militaires. Cela ne suffit pas, et il faut en faire venir d'Europe.

 

 

                     
 
Jean-Michel Thibaux : l'aspect militaire et religieux de l'Ordre inspirait confiance aux demandeurs de prêts.

 

 

Le 12 janvier 1295, Charles II, voulant remédier à  l'état lamentable de la Terre sainte, concède au maître "que chaque année [...], les Templiers puissent librement et sans contradiction exporter 2 000 salmes de froment, 3 000 d'orge et 500 de légumineuses [...] provenant des récoltes des domaines de la dite maison en Apulie."

Or, le Temple ne dispose pas toujours, en Orient, des liquidités suffisantes pour financer les prêts qu'il consent. Il emprunte pour prêter à  Louis VII en 1148(belle opération financière assez commune, de nos jours, de grandes banques à grandes banques), ou un siècle plus tard à  Isabelle (ou Yolande) de Bourbon : le 30 avril 1249, à  Chypre, les Templiers lui prêtent 10 000 besants de Syrie qu'elle promet de rembourser au Temple de Paris l'année suivante ; et le 12 mai suivant, Guillaume de Sonnac, maître du Temple " avec l'accord des frères de notre couvent ", reconnaît devoir 10 000 besants à  des marchands italiens, à  qui il les avait empruntés pour les remettre à  Yolande de Bourbon.

 

 

                          
                    
Jean-Michel Thibaux : les différents Ordres en Terre Sainte.

 

 

L'économie de ce temps souffrait de la rareté des espèces monétaires et seule une circulation rapide des espèces pouvait pallier cette rareté. Ce qui, compte tenu des moyens de transports et des distances, était impossible à réaliser. Les Ordres y remédièrent en multipliant les transferts d'argent sans transfert de pièces, sans portage : on empruntait en Occident ou en Orient et l'on remboursait en Orient ou en Occident. Le Temple, l'Hôpital maîtrisaient parfaitement ces techniques " modernes ". Les autres Ordres ne furent jamais en mesure de les concurrencer.

 

 

 

Le système bancaire.

 

 

Les Templiers se révélèrent donc comme de véritables manipulateurs d’argent. Nous vous laissons imaginer ce que ces traders coiffés du capuce de fer auraient pu faire à l’ère de l’informatique. Ils inspirèrent par leurs méthodes les futurs banquiers des républiques italiennes qui prirent le relais de l’Ordre au XIVè siècle. Mais contrairement à nos « hommes d’affaires » contemporains, les Templiers étaient digne d’une confiance absolue. Leurs banques pouvaient être qualifiées de « dépôts et d’investissements ». Leurs pratiques étaient classiques, à savoir : séquestres et consignation ; prêts, avances et cautions ; paiements à distance et transmission de fonds ; recouvrements et paiement par le système du compte-courant.

 

 

                                         
                       
  Jean-Michel Thibaux :  Sainte Hélène et la Sainte Croix

 

 

 Lors de prêts importants effectués par les Templiers, il y avait toujours des garanties importantes. Quand, en 1240, le roi Baudouin II de Constantinople emprunta à l’Ordre, il engagea la « Vraie Croix », l’objet le plus précieux de la Chrétienté. Selon la tradition, c'est sainte Hélène qui exhuma les restes de la précieuse croix, sur le lieu-même de la crucifixion de Jésus. Cette chrétienne romaine était la mère de l'empereur Constantin Ier le Grand (v. 280-337), qui instaura le christianisme dans l'empire. En 328, Hélène partit en pèlerinage pour la Terre Sainte. A Jérusalem, sur le lieu du Calvaire, on fit détruire le temple de Vénus bâti par Hadrien, afin d'y bâtir une basilique. C'est au cours de ces travaux que la croix aurait été trouvée.

 

 

                  
        Jean-Michel Thibaux :   Héraclius rapporte la Sainte Croix à Jérusalem.

 

 

          

La puissance matérielle du Temple en Orient.

 

Joinville, dans son récit de la Croisade de Saint Louis, raconte qu'il y a à Acre une sorte de bateau-salle des coffres appartenant au Temple ; sur ce bateau, une soixantaine de huches ou coffres appartiennent à  des Croisés qui ont confié au Temple le soin de transporter les sommes nécessaires à  l'accomplissement de leur vœu de croisade. Les frères faisaient vœu de pauvreté et ne dépensaient rien en pure perte. Ils vivaient pourtant au cœur de l’opulence. Jérusalem, à son apogée sous la domination croisée, drainait à elle toutes les richesses de l’Orient, richesses qui, pour la plupart tombaient dans les coffres du temple.

 

 

                       
                                          Jean-Michel Thibaux :  Jérusalem.

 

 

 Le centre névralgique de la cité sainte était constitué par quatre rues principales : la rue Saint Etienne, les deux rues du Temple et la rue de Sion (la bien nommée menant à la porte de Sion et abritant peut-être une chapelle de Sion où aurait pu se fonder un ordre secret). Ces rues avec les rues des Herbes et de la draperie assuraient l’ensemble des échanges commerciaux et financiers. Les plus grosses transactions bancaires s’effectuaient dans la maison du Temple : « Entre les murs de la cité et la porte se trouve le Temple. La distance est de plus d’un trait de flèche en longueur, et, en largeur il est séparé d’un jet de pierre. De là, on arrive au Temple. A gauche, en face du portail, on trouve le Temple de Salomon, demeure des Templiers. » Ce fut peut-être dans les parties basses que les Templiers découvrirent des secrets importants concernant les Evangiles, voire l’Arche d’Alliance. Continuons la visite guidée de Jean de Wirtzbourg, contemporain de cette époque héroïque : «  A la droite, vers le méridien, se situe le palais bâti par Salomon à ce que l’on dît. Dans cet édifice, on voit une écurie d’une contenance si admirable et si grande, qu’elle peut loger plus de deux mille chevaux ou encore mille cinq cents chameaux. Les chevaliers du Temple ont beaucoup de bâtiments touchant le palais, larges et grands, avec une nouvelle église (Notre-Dame) qui n’était pas terminée lorsque je la visitais. »

 

 

    
                    
Jean-Michel Thibaux : prise de Jérusalem par Saladin.

 

 


 

 

Paris, cœur des richesses de l’Ordre.

 

 

                          
                       Jean-Michel Thibaux : la tour du Temple.

                   

Bien plus importante que la Maison du Temple à Jérusalem, celle de Paris devint le centre des opérations financières de l’Europe dès la fin du XIIè siècle ; et il fut le siège du trésor royal de France. Pour donner un ordre d’idée de l’importance de cette place, il faut citer frère Aimard, trésorier de 1202 à 1227 qui, après la conquête de la Normandie, mandaté par Philippe-Auguste, s’employa à régulariser le cours des monnaies en remplaçant les deniers angevins par les deniers tournois. Tout au long de leur histoire, les Trésoriers du Temple furent les bailleurs des rois et des princes et les principaux banquiers des Croisades.

 

 

                         
                           
 Jean-Michel Thibaux :  Plan du Temple à Paris.

 

 

 

Les jalousies : le déclin du Temple.

 

 

               
 Jean-Michel Thibaux : après la chute de Saint-Jean d'Acre, Sidon fut la dernière possession de l'Ordre des Templiers en Terre Sainte.

 

 

 

Tout commença en décembre 1199 par un différent entre les Templiers et l évêque de Tibériade qui réclamait une somme de mille trois cents besants déposés dans le trésor du Temple ; les Templiers refusèrent de rendre ces fonds au diocèse. L’Evêque de Sidon, désigné pour trancher le litige, prit le parti de l’Eglise en lançant : « Vous devez rendre les besants avant dimanche, sinon, de par Dieu le Père et tous les saints, j’excommunie votre Maître et tous vos frères en-deçà et au-delà des mers, et même vos confrères et amis ! »
Le dimanche, l’évêque de Sidon, vêtu des habits pontificaux, entra dans la cathédrale Sainte-Croix de Tyr et, devant le clergé et les fidèles, après l’extinction des luminaires, déclara Gilbert Erail et tous les frères de l’Ordre, excommuniés et mis hors des Eglises.

 

 

 

                                     
                 
Jean-Michel Thibaux : le pape Innocent IV au concile de Lyon.

 

 

 

Dans cette affaire qui traumatisa les Templiers, le pape Innocent III prit la défense de l’Ordre et suspendit l’évêque de Sidon. Mais le clergé ne s’en tint pas là et il ne fallut pas moins de quatorze lettres du pape suivant, Innocent IV, contre les prélats qui s’en prirent au Temple durant trois ans.

 

 

 

                            
                    
Jean-Michel Thibaux : le siège de Damiette par Saint-Louis.

 

 

 

Plus dure fut la période qui suivit le désastre de la Croisade de Saint-Louis en Egypte (1249-1250) qui se solda par l’écrasement de l’armée croisée et la capture du roi qui reprit sa liberté après la remise à Damiette de la rançon de 500 000 livres. L épisode qui mit la bonne foi des Templiers à mal mérite d’être raconté : « On commença le paiement de la rançon le samedi matin. On mit à le faire le samedi et le dimanche, toute la journée jusqu’à la nuit, parce qu’on payait à la balance, chacune valant dix mille livres. Le dimanche au soir, les gens du roi qui faisaient le paiement lui firent savoir qu’il manquait trente mille livres. Il n’y avait alors avec le roi que le roi de Sicile, le maréchal de France, le Maître de la Trinité et moi (Joinville). Je dis au roi qu’il serait bon qu’il envoyât chercher le Commandeur et le maréchal du Temple, car le Maître était mort, pour leur demander de lui prêter trente mille livres, afin de délivrer son frère. Le roi les envoya chercher et me dit de leur parler. Quand j’eus fini, frère Etienne d’Otricourt, le Commandeur du Temple me répondit : Sire de Joinville, ce conseil que vous donnez n’est ni bon, ni raisonnable, car vous savez que nous recevons les fonds en commandite de telle manière que, d’après nos serments, nous ne les pouvons remettre à personne, si ce n’est à ceux qui nous les ont baillés ».

 

 

 

                    
                     
 Jean-Michel Thibaux : le roi Saint-Louis en Égypte.

 

 

 

C’était donc un refus des Templiers de compléter la rançon demandée par les Cairotes pour délivrer le roi de France et sa suite. Il s’ensuivit une terrible dispute, puis Joinville, mandaté par Saint Louis se rendit à Acre dans la maîtresse-galère du temple où s’entassaient les trésors de l’Ordre. Le Trésorier refusa à son tour de prêter les trente mille livres. Alors, Joinville, se saisissant d’une hache, s’approcha de l’une de ces fameuses huches pour en briser les serrures. Finalement, le Trésorier lui remit les clefs de cette huche (coffre) qui appartenait à Nicolas de Choizy. Ce fut ainsi que Joinville eut gain de cause et retourna avec l’argent à Damiette.

 

 

 

   
                          
Jean-Michel Thibaux : la charge des Templiers.

 

 

 

Une huche. Cent huches. Des milliers de huches peut-être étaient réparties dans l’empire de l’Ordre des Templiers. Les appétits s’aiguisaient. Les envies de dévorer l’ordre s’amplifièrent lorsque le royaume latin et les derniers fiefs de Terre Sainte subirent l’attaque lancée par le sultan Beybars en 1265. Césarée tomba le 27 février 1265 et Arsuf le 26 avril. En 1266, Saphet capitula après une trahison. Le sultan fit massacrer tous les Templiers qui subirent les pires atrocités, plusieurs furent écorchés vifs avant d’être battus de verges, mais aucun renia sa foi. Le 7 mars 1268, Jaffa tomba, suivi de Beaufort le 5 avril, de Banyus le 26 avril et enfin d’Antioche le 15 mai.

 

 

   

                    
 
 Jean-Michel Thibaux : es Croisés avaient pris la ville d'Antioche en juin 1098.
              Sur cette enluminure, Adhémar de Monteil commande l'attaque.

 

 

 

                            
                             Jean-Michel Thibaux : les murailles d'Antioche.

 

 

 

Sissey, avait définitivement envenimé les rapports avec la papauté. Considéré injustement comme un traître pour avoir abandonné, pendant le combat, le seigneur de Barut, Etienne fut convoqué à Rome en septembre 1263. Urbain IV le déclara indigne et le déclara déchu de ses fonctions. Or, selon le droit templier, le maréchal était totalement indépendant. Etienne de Sissey, non soumis aux décisions papales,  refusa d’obéir à Urbain. Alors, ce dernier l’excommunia sur-le-champ. Etienne de Sissey s’en retourna à son couvent en état de contumax.

 

 

 

                            
 
Jean-Michel Thibaux:Urbain IV. Jean-Michel Thibaux:plan de Saint-Jean d'Acre

 

 

       

         
                         Jean-Michel Thibaux : Saint-Jean d'Acre aujourd'hui.

 

 

                          

 Rejetés vers la côte, perdant leurs places les unes après les autres, les Francs et leurs alliés se regroupèrent dans l’unique ville capable de résister à tous les assauts : Saint-Jean d’Acre. En février 1291, le sultan Qelaoun voulant exterminer tous les chrétiens et venger l’islam, décida d’attaquer la ville. Le 5 avril, il se présenta sous les murailles avec 150 000 fantassins et 70 000 cavaliers. 15 000 chrétiens défendront jusqu’à l’assaut final du 18 avril. Et l’on vit fondre de toutes parts des nuées d’hommes avec à leurs têtes, les troupes de renégats, les fakirs fanatiques et les derviches fous aux longs cheveux noirs.

 

 

                  
                               Jean-Michel Thibaux : siège d'Acre en 1291.

 

 

 

Le Trésor des Templiers fut évacué vers Chypre, puis il rejoignit d’autres trésors en Occident. Parmi tous les Puissants de la Chrétienté, le roi Philippe le Bel était le plus endetté. Il n’avait qu’une seule idée en tête : effacer cette dette, assainir les finances du royaume en spoliant les Templiers et les Juifs. Ce qu’il fit adroitement en accusant les uns et les autres d’hérésie et se servant du plus cruel des outils juridiques : l’Inquisition. Aussi, ne faut-il pas croire un seul instant le fourbe Guillaume de Nogaret quand il nous dit : « Le roi Philippe est religieux, fervent et champion de la foi, vigoureux défenseur de la sainte mère l’Eglise, bâtisseur de basilique, comme ses ancêtres. Il est chaste, humble, modeste de visage et de langue. Jamais il ne se met en colère ; plein de grâce, de charité, de piété, il n’a de haine pour personne. » En fait, il est tout le contraire de cette description. Sous son aspect débonnaire, se cachait un serpent qui utilisait tous les moyens détournés pour s’accaparer des biens d’autrui. Nogaret fut le poignard ou le poison avec lequel il parvint à ses fins.

 

 

                
 Jean-Michel Thibaux :  le déficit du trésor royal n'empêcha pas Philippe le Bel de faire frapper la massedor.
Dans les textes de l’époque, la masse d’or est décrite comme "florin, grand florin ou gros royal" rappelant que cette pièce valait deux petits florins et que c’était la plus grande pièce d’or qui eût été frappée. Ailleurs, on disait "denier à la masse" synonyme de sceptre, et ce n’est que plus tard que le nom de "masse" a pris dans le langage courant un sens restreint. La masse restera longtemps en circulation.

 

 

                          
                                     Jean-Michel Thibaux :  Philippe le bel.

 


 

Avec le retournement du pape Clément V, le sort des Templiers fut définitivement scellé au concile de Vienne en octobre 1310. Auparavant, il avait été prévu que les biens des Templiers seraient administrés par des commissaires mandatés à la fois par le roi, le pape et les évêques diocésains. Le 22 mars 1312, par la bulle Vox in excelso, le pape éradiquait l’Ordre du Temple. Les motifs de la condamnation était sans appel : « l’Ordre est fortement entaché d’hérésie, le Maître et beaucoup de membres ont fait des aveux touchant à l’hérésie et à la débauche, l’Ordre est odieux aux prélats et au roi, aucun homme de bien n’a voulu prendre sa défense, l’Ordre n’est plus d’aucune utilité pour la Terre Sainte en vue de laquelle il a été créé, la levée de la sentence pourrait amener la perte des biens. »

 

 

                               
                                       
Jean-Michel Thibaux :  Clément V.

  

  

 

On sait que dès l’arrestation des Templiers, le roi de France fit disparaître toute trace de compte pour effacer ses dettes. En outre, après la publication de la bulle, le roi s’attribua les meilleures parts de la dépouille de l’Ordre qui, en théorie, devaient être transmis au Saint-Siège chargé de les distribuer légalement aux Hospitaliers. Mais si Philippe le Bel put s’emparer d’une partie du trésor foncier du Temple à Paris et dans le royaume, les avoirs en numéraires de Paris et des provinces lui échappèrent. Nous n’évoquons pas là, les provinces templières européennes. Pour l’exemple de Paris, les archives sont claires : les archers de Philippe le Bel, lorsqu’ils investirent le Temple de Paris en 1307, ne trouvèrent rien. Un autre document, déclaration faite au pape par le Templier Jean de Chalon du Temple de Nemours nous dévoile que la veille de leur arrestation, un cortège comprenant trois charriots recouverts de paille et une cinquantaine de chevaux avait quitté le temple de Paris sous la conduite de deux Templiers, Hugues de Chalons et Gérard de Villiers, précepteur de France.

                        

 

                              
                                  Jean-Michel Thibaux : le dernier Templier.

 

 

 

Les Templiers survécurent à l’épuration en Angleterre et en Allemagne. Si des Templiers ont réussi à s'enfuir par voie de mer avec un trésor, on ne trouve aucune trace d'une flotte arrivée en Angleterre, dans les pays bordant la Baltique ou en Espagne et au Portugal. Il reste trois destinations possibles  pour les bateaux affrétés par le Temple avant le procès : l’Afrique du nord, l’empire byzantin et l'Ecosse (Au soir du 18 mars 1314, Aumont et 7 autres chevaliers auraient récupéré les cendres de Jacques de Molay et crié les mots "Mac Benach" en jurant de venger l'Ordre. Aumont se serait alors rendu en Ecosse et, sur l'île de Mull, il aurait été désigné comme nouveau grand-Maître de l'Ordre le 24 juin 1315. Ce noyau de Templiers serait à l'origine de la constitution de la loge maçonnique Heredom ou "Sainte Maison".)

 

 

 

                           
 Jean-Michel Thibaux :
 Isabelle II (1833-1869), protectrice des Ordres militaires

 

 

 

Par contre, il est certain qu’en Espagne et au Portugal, ils fondèrent deux Ordres nouveaux : l’ordre du Christ et l’Ordre de Montesa. Si des pistes doivent être suivies pour retrouver un trésor, ce sont bien les pistes espagnoles et portugaises. Et il faut se poser la question suivante : Est-ce que le « Prieuré des Ordres militaires » dont le siège est Cuidad-Réal, créé par l’article 9 lors du concordat entre la reine Isabelle II et le pape Pie IX, article confirmé par la bulle Ad apostolicam, n’est pas aujourd’hui le détenteur de la fortune templière d’antan ?

 

 

           

Jean-Michel Thibaux : sous les moulins de Cuidad Réal, le "blé"caché des Templiers.

 

 

 

On pourrait multiplier les exemples concernant la survie de l’Ordre du Temple après le procès. Nous n’en évoquerons que deux qui ne nous semblent pas dénués d’intérêt. Jacques de Molay, sachant que tout était perdu en France, aurait désigné deux Grands Maîtres afin de perpétrer l’œuvre de l’Ordre.

 

 

 

                 
                   
Jean-Michel Thibaux : les templiers actionnent une baliste.

 

    

  

Le premier, Larménius, commandeur de Jérusalem et ses successeurs demeurèrent dans l’ombre jusqu’à ce le chirurgien historien ésotériste Bernard Raymond Fabre-Palaprat en 1808 révéla l’existence d’un document, la Carta transmissionis, établissant la liste des dits Grands Maîtres dont il était le dernier représentant. A l’origine, Palaprat était séminariste. Mais il rompit ses liens avec l’Église. Dès sa nomination à la tête de l’Ordre du Temple,  il s’imposa dans les sociétés secrètes à Paris et fonda, après la découverte d’un évangile, une nouvelle Église d'esprit rationaliste qui niait la divinité de Jésus. Selon cet évangile, l’apôtre Saint-Jean aurait été désigné par Jésus comme son successeur en prenant la tête de l'Ordre d'Orient, prolongé ensuite par l'Ordre du Temple. Fabre Palaprat étant devenu successeur direct de Jésus était donc  le chef de l'Église Johannite.

 

 

 

                                     
   
Jean-Michel Thibaux: le néo-Grand Maître Bernard Raymond Fabre-Palaprat.

 

 

 

 Le second, seul Templier ayant résisté à la torture des inquisiteurs, Geoffroy de Gonneville aurait rassemblé un chapitre en Dalmatie, avant de se retirer avec ses Templiers en Asie Centrale. A notre connaissance, aucun Templier n’a pu s’enfuir du château de Chinon, mais dans l’hypothèse où Geoffroy aurait réussi cet exploit, puis prédit que l’Ordre resurgirait, il serait intéressant de fouiller dans les archives secrètes du Vatican et d’en savoir plus sur l’apparition des « Frères Asiatiques » vers 1750 en Autriche. Il faut cependant demeurer prudent car ces résurgences néo-templières ont été souvent inventées par des aventuriers, des faussaires, des manipulateurs assoiffés de pouvoir et d’argent.

 

 

 

              
                        
Jean-Michel Thibaux les templiers en route vers l'Asie.

 

 

 

Pour en finir avec un trésor templier caché dans les alentours de Rennes-le-Château, nous disons : pourquoi pas ? En vérité, il n’existe pas un trésor, mais des trésors enfouis ou transmis par les Templiers lors de la grande traque organisée par Philippe le Bel et ses comparses. Personne ne peut nier que les Frères rompus à la politique de leur temps, prévoyants, méthodiques, ayant leur propre réseau de renseignements, n’aient pas prévu ce cas de figure. En toute logique, ils ont préparé leur « sortie » ou leur « reconversion » dès la chute de Saint-Jean d’Acre. A notre avis, la fuite des chevaliers du Temple de Paris vers Gisors n’était qu’un leurre. Ce fameux trésor supposé être en Normandie, en Ecosse, à Provins, à Gréoux-les-Bains, à Spoleto, près de chez nous ou proche de chez vous, a été volontairement égaré en de nombreuses parts. Certaines ont été réinvesties, d’autres attendent encore les mains heureuses qui les mettront à jour. Cet or légendaire éclaire notre grisaille quotidienne. Ce trésor est notre droit au rêve, mais n’oublions jamais qu’il appartenait aux Pauvres Chevaliers du Christ.

 

 

 

Epilogue.

 

 

                             
                              Jean-Michel Thibaux : bûcher des Templiers.

 



Ecoutons à présent la voix de Bertrandet de Pellissier qui, seize ans après la mort du roi de France maudit par les Templiers, écrivait dans son testament au château de Romanin : « J’ai souvent réfléchi aux vicissitudes des choses humaines en pensant au sort pitoyable de cet Ordre magnifique que j’avais vu si haut et qui, en un clin d’œil, est tombé si bas. Comment ne pas pleurer, surtout  quand les malheurs se joignent aux désastres publics. Je ne sais pas comment, j’ai pu survivre à la mort déplorable de mes Frères Pons et Guiraud de Pellissier, de mes proches, de mes amis sacrifiés. Cet Ordre si illustre, qui avait formé tant de braves chevaliers, cet Ordre à qui mes ancêtres étaient redevables, que tant de mes cousins et de mes oncles, les Pellissier, les Pellipaire, ont servi sous leurs hospices, duquel ils ont suivi la voie de la gloire et de la vertu militaire ; il fut hélas ! et s’est évanoui. Présent me sera toujours, ce jour fatal, signe terrible de l’indignation céleste ! Je voudrais que mes fils l’eussent toujours devant les yeux pour apprendre l’horreur de la richesse, de la mollesse, de l’ivrognerie, des séductions féminines. »

 

 

 

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