
| Le Trésor spirituel de l'Église |
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7. Le Trésor spirituel de l'Église Jean-Michel Thibaux. Les documents secrets de Saunière.
Son ami l'abbé Rouanet, curé de Bagès, écrit en juillet 1910 « Tu as eu de l'argent, il n'appartient à personne de percer le secret que tu gardes, tu l'as dépensé comme il t'a plu, cela ne regarde que toi. »
Les faits.
Jésus-Christ
Les preuves de l'existence d'un Jésus, quel qu'il fût, se réduisent aux évangiles eux-mêmes, à l'exception de quelques versions d'ouvrages de contemporains non chrétiens, comme Josèphe. Dans tous les écrits tardifs sur les Chrétiens, Jésus n’est jamais présenté comme un personnage historique.
Examinons de manière critique les textes du Nouveau Testament en les comparant à ceux de la Bible juive. Dans cette dernière, nous voyons que les actes et les paroles de Jésus s’y trouvent déjà. Il importait donc aux rédacteurs des Évangiles de donner un caractère sacré et universel aux écritures. Avec habileté, dans une construction simple, les rédacteurs sont parvenus à imposer un Christ désincarné apparaissant sur terre sous le nom de Jésus de Nazareth. Les consciences de l’antiquité étaient imprégnées de cultes prônant le salut en communiant par le pain et le vin avec Mithra né un 25 décembre (de même que Sol Invictus et Dyonisos), ou croyant à la résurrection avec des dieux comme Osiris, Tammouz-Adonis, Ishtar-Inanna). Il est clair que les premiers penseurs chrétiens après les apôtres ne désiraient pas aller à l’encontre des grands schémas véhiculés par les anciennes religions.
On peut se demander si Saunière au cours de son évolution mystique, à la condition qu’il eut découvert ces fameux parchemins sur Jésus, n’est pas devenu agnostique. Déchiré dans sa foi, il aurait alors été en état de péché capital, ce qui expliquerait le désarroi de son dernier confesseur, l’abbé Rivière.
Circonspect, l’agnostique prend acte que le savoir ne vient pas de Dieu ; mais il ne déclare pas impossible qu’on puisse faire une place à la foi et à la révélation selon des signes incompréhensibles à l’entendement humain. Un Saunière agnostique a perdu cette foi et, s’il peut lire les textes de la Bible et tenter de les interpréter sans chercher à les transcrire en quelque discours rationnel, il n’y adhère pas et ne leur accorde pas la valeur sacrée qu’il suppose leur être accordé par les croyants. Cela expliquerait donc que le curé de Rennes-le-Château a eu entre les mains un texte bouleversant ses convictions profondes.
Si l’on excepte l’évangile selon Mathieu (voir les travaux de Claude Tremontan) qui aurait été écrit en Grec en 50 après Jésus-Christ, les originaux étaient en hébreu ou en araméen et par conséquent beaucoup plus proches de la vérité. Or, comment se fait-il qu’aucun de ses rouleaux ou leurs copies ne soit parvenu jusqu’à nous ? D’autres savants de l’Église et des laïques admettent que nos Évangiles ont été composés après les Epitres, tout comme les Actes des Apôtres et l’Apocalypse. Evidemment, des chercheurs tels que Jean Carmignac ont tenté de réévaluer la datation des Évangiles en comprenant que ceux-ci auraient un effet désastreux s’ils n’étaient pas les rapports de témoins vivants (les apôtres) sur la vie de notre seigneur.
Qui a eu intérêt à détruire les originaux ? Qui les détient aujourd’hui ? On pourrait chercher dans les archives secrètes du Vatican. Dans notre histoire, on pose la condition que Saunière les a trouvés. Il nous faut à présent remonter le cours de l’Histoire afin d’étayer nos données.
Nous n’avons aucune donnée archéologique sur le Temple de Salomon. Le nom même du roi Salomon n’apparaît nulle part, à l’époque de son règne, dans les documents archéologiques du Proche-Orient. Cependant, comme la Maison de David est mentionnée sur la stèle de Tell-Dan, l’archéologie ne met pas en doute l’existence d’un royaume de Salomon avec Jérusalem comme capitale. Seule l’étendue de ce royaume est disproportionnée par rapport à l’imaginaire collectif et au regard de la production romanesque s’y référant. Les analyses les plus récentes de la population de Jérusalem, faites à partir du relevé de la position des tombes et de leurs datations, conduisent à penser que la Jérusalem de Salomon, comme celle de David, avait la taille de la Rome des premiers âges, c'est-à-dire celle d’un village de paysans et de pasteurs, situé à l’emplacement de ce qu’on appelle la cité de David. Le temple de Salomon des origines devait être une construction modeste faite en partie de pierres sèches.
Jérusalem, avec son Premier Temple, est détruite par Nabuchodonosor II en -586. Une partie de la population est exilée à Babylone. Mais la Babylonie s’effondre sous l’attaque de Cyrus II, fondateur de l’Empire perse, qui libère les prisonniers en -538 et autorise la reconstruction du Temple de Jérusalem. Le grand prêtre Josué, au retour d’exil, dirige la construction du Second Temple, qui s’achève en -516. Les sources indépendantes de la bible confirment donc, pour l’essentiel, le récit biblique.
Hérode I le Grand procède à de gigantesques travaux d’aménagement du second temple, bâtissant “à la romaine” une immense esplanade : la colline d’origine est ceinturée d’un énorme mur de soutènement, la surface intérieure entièrement nivelée puis comblée avec du remblai. La construction commence en 19 avant J.C. et dure environ 7 ans, 100 000 hommes furent employés, mais les travaux ne furent entièrement achevés qu'en 63. C’est dans ce temple que Jésus fut jugé. Seulement 7 ans plus tard, lors de la destruction de Jérusalem en 70, les Romains le rasent entièrement. L'empereur Hadrien rebâtit la ville. La construction d'un temple, dédié au dieu romain Jupiter Capitolin, sur le site du l'ancien temple d'Hérode, provoque la révolte menée de 132 à 135 par Bar Khokheba. À la suite de l'écrasement de cette révolte, Hadrien renomme la ville Colonia Aelia Capitolina. Il fait construire des temples païens sur les lieux de pèlerinage. Les Juifs sont interdits de séjour dans la ville pendant près de deux siècles.
En 638, Jérusalem est conquise par des armées venues d’Arabie. “Vos vies seront épargnées, vos biens protégés, vos églises respectées aussi longtemps que vous paierez le tribut”, dit le calife Omar. Du Temple d’Hérode, détruit par les Romains 568 ans auparavant, il ne restait que le Mur des Lamentations, qui est respecté lors de la construction de la mosquée Al-Aqsa, érigée sur les ruines du temple juif.
Mahomet l'a visitée, et il y a dirigea la prière avec tous les prophètes et messagers qu'Allah avait envoyés sur terre depuis Adam. C'est aussi le lieu d'où il s'est envolé vers le Paradis, traversant les 7 ciels, sur le cheval ailé Bouraq, pour qu'Allah l'honore en lui faisant voir certaines de ses merveilles, qui durant cette visite lui ordonna de faire la prièree 5 fois par jour. Ce Voyage est connu chez les Musulmans par Isra et Miraj ou le voyage nocturne.
Après la prise de Jérusalem le 15 juillet 1099, le roi Baudoin I et les Croisés s’y installèrent. Puis, les Templiers le transformèrent en maison cheftaine et siège de leur Ordre. Ils y firent édifier une église, aux toits pentus et non en terrasse. Jérusalem était leur capitale et c'est à partir du Temple de Jérusalem que cet ordre de chevalerie chrétienne prit le nom d'Ordre du Temple (1129-1312).
Tout en reconnaissant dans le site du Temple un lieu saint, le Christianisme ne formule pas de revendication sur ce lieu. Le "centre du monde" chrétien à Jérusalem n'est plus le Temple mais un point, matérialisé appelé "Compas" ou "Omphalos" dans l'église du Saint-Sépulcre , à mi-chemin entre le Golgotha et la chapelle de la Tombe. Plus fondamentalement, chaque baptisé devient "Temple de l'Esprit Saint" et la présence "matérielle" la plus parfaite de Dieu est, pour les Catholiques et les Orthodoxes, dans l'Eucharistie.
Baudouin de Bourcq, mort le 21 août 1131, est comte d'Édesse de 1100 à 1118, puis roi de Jérusalem de 1118 à 1131 sous le nom de Baudouin II. Malgré des échecs face aux Turcs, une nouvelle captivité et de vaines tentatives faites, avec l'alliance de la secte des Assassins, il soutient les Pauvres Chevaliers du Christ et favorise l’installation de La maison du Temple à Jérusalem qui fut le siège central de l'Ordre depuis sa fondation en 1129 jusqu'en 1187, date de la chute de la ville sainte reprise par Saladin.
Evidemment, entre la chute de Jérusalem puis celle de Saint-Jean-d’Acre, plusieurs cargaisons d’or et d’objets précieux furent ramenées en France. Au vu de l’accusation et de la condamnation des Templiers (voir sur ce même site), des options s’ouvrent à nous. Un trésor secret emmené en Ecosse ou en Asie ou encore en Espagne. Sans compter les nombreuses possibilités annexes de cachettes dont celle de Rennes-le-Château (à notre avis la moins plausible). Mais comme nous avons envisagé que l’abbé Saunière détenait des documents importants peut-être dissimulés dans le Razès et plus précisément au Bézu par le Templier Bertrand de Blanchefort, et qu’il fut avant ou après manipulé par un ou plusieurs organismes ayant leurs entrées dans les cours royales et impériales européennes, nous devons aborder sommairement ce sujet ardu et touffu.
« Et après le décès du Roi David, Salomon qui était le fils du Roi David, acheva le Temple que son père avait commencé. Et il fit chercher des Maçons dans diverses contrées, et les assembla, de sorte qu’il eut quatre-vingt mille ouvriers, qui travaillaient la pierre et s’appelaient des Maçons, et il choisit trois mille d’entre eux qui furent désignés pour être les Maîtres et Gouverneurs de ses ouvrages. De plus, il y avait un Roi d’un autre royaume qui s’appelait Iram et qui aimait beaucoup le Roi Salomon et lui envoya du bois de charpente pour ses ouvrages. Et il possédait un fils nommé Anyone [quelqu’un] (Comme il s'agit d'un texte de 1583, il est possible qu'Anyone soit en fait Anyon ou Amon) qui était Maître en Géométrie, chef de tous ses Maçons, et Maître des gravures et sculptures et de tous les autres procédés de la Maçonnerie utilisés pour le Temple. Et ceci est rapporté dans la Bible au troisième chapitre du quatrième Livre des Rois. »
LES SOCIETES SECRETES LIEES AU TEMPLE.
En 1750, le premier grade initiatique templier attesté apparaît dans des loges de Poitiers et Quimper, sous le nom de Sublime Chevalier Elu. Il s'inscrit dans la famille des grades de vengeance, dit aussi d'Elu qui révèlent au frère initié qu'Hiram a été vengé par les autres maîtres du chantier du Temple de Salomon. Dans la légende des cahiers de Quimper et de Poitiers, de Molay est associé à Hiram, sa mort étant aussi injuste que celle de l'architecte de Salomon. Les Templiers ayant survécu au massacre se seraient réfugiés dans les montagnes d'Écosse, et se seraient cachés sous les insignes de la Franc-Maçonnerie. C'est la première version connue d'une association entre Templiers et Francs-Maçons.
Mais c'est surtout la Stricte Observance Templière du baron von Hund (1722-1776) qui va populariser l'idée au sein de la Franc-Maçonnerie, ainsi que dans les hauts grades maçonniques. Une nouvelle légende prend forme, en partie basée sur la Deuxième Section, en partie remodelée : Pierre d'Aumont, précepteur d'Auvergne et quelques compagnons (le nombre varie) trouvent refuge en Écosse, sur l'île de Mull , auprès des "Chevaliers de Saint-André du Chardon" Ils participent à la bataille de Bannockburn en 1314 avec le roi Robert Bruce. Cette légende permet de relier les Templiers avec les origines écossaises de la Franc-Maçonnerie, la plus ancienne loge connue, celle de Mary's Chapel, étant fondée en 1599 par William de Saint Clair. Le caractère historique de la filiation templière fut cependant rejeté lors du convent maçonnique de Wilhelmsbad en 1782, pour devenir "symbolique" et "spirituel" au sein du Rite écossais rectifié fondé par le lyonnais Jean-Baptiste Willermoz .
Dès lors, les groupes "néo-templiers" se développeront en marge de la Franc-Maçonnerie. Nous verrons alors fleurir toutes sortes de théories interprétées à partir de faits historiques non contestés mais prêtant à caution. L’exemple du Baphomet en est l’une des illustrations. Il est très important de souligner que ces hommes sont très en vue ou détiennent des postes importants dans leurs pays respectifs.
Le Baphomet désigne une idole qui aurait été adorée par les Templiers. Un frère occitan de Montpezat , Gaucerant, avoua avoir adoré une « figura Baffometi » (« image bafométique ». Le terme « Baphomet » n'a jamais été prononcé par les accusateurs ni par les Templiers, mais seulement sous sa forme adjectivale « baphométique » ou « bafométique ».
C'est l'éditeur et écrivain allemand Friedrich Nicolai dans son Versuch über die Beschuldigungen welche dem Templeordergemacht worden, (Essai sur les accusations intentées aux Templiers), et sur le secret de cet ordre en 1782 qui utilise le premier le mot Bafomet qu'il associe au Dieu suprême des gnostiques manichéens, et qui le premier avance que les Templiers avaient une doctrine secrète que leur auraient transmis les Sarrazins, et un système initiatique à plusieurs grades. La légende prend de l'ampleur avec le pamphlet Mysterium Baphometi revelatum (1819) de l'orientaliste autrichien, par ailleurs catholique conservateur, Joseph von Hammer-Purgstall qui fait des Templiers des gnostiques , des ophites, des apostats et des idolâtres.
Antoine-Isaac Silvestre de Sacy et François-Juste-Marie Raynouard s'opposent à Hammer-Purgstall en affirmant qu'il s'agit simplement d'une déformation en occitan, de Mahomet, qu'on trouve par exemple dans le poème de croisade Ira et dolor de 1265 d'Olivier le Templier « E Bafomet obra de son poder » « Et Mahomet fait briller sa puissance ».
Pour Silvestre de Sacy, le Baphomet est en fait un reliquaire (1818). Cette idée sera reprise par Hammer-Purgstall en 1832 dans son Mémoire sur les deux coffrets gnostiques du cabinet de Mgr le duc de Blacas et Prosper Mignard dans sa Monographie du coffret de M. le duc de Blacas (1852), et Suite de la Monographie du Coffret de M. le Duc de Blacas, ou preuves du Manichéisme dans l'Ordre du Temple (1853).
Il faut cependant s’écarter des pistes françaises en ce qui concerne notre abbé Saunière et nous intéresser au vivier des sociétés secrètes belges, allemandes et autrichiennes. Ne perdons pas de vue que l’un des personnages clef de Rennes-le-Château s’appelle Jean Salvator de Habsbourg.
L'idée d'un ésotérisme templier est popularisée en Allemagne par le philosophe romantique et antirationaliste Friedrich Schlegel (1772-1829) dans son Histoire de la littérature ancienne et moderne. Nous nous permettrons de classer les sociétés secrètes de l’Allemagne et de l’Autriche en trois catégories. La première comprend celle qui poursuivaient (et poursuivent toujours) des buts exclusivement politiques, comme les Illuminés de Bavière ; la seconde catégorie englobe les multiples ordres maçonniques ; et la troisième catégorie appartient aux sociétés versées exclusivement dans l’ésotérisme, l’occultisme et les moyens de parvenir au Pouvoir par le biais des initiations et des manipulations. Ces dernières sont proches de l’idée que nous nous faisons sur l’entourage de Saunière.
A l’époque où notre abbé explora les chemins de l’ésotérisme, l’âge d’or de l’initiation maçonnique rattaché à l’antiquité était en pleine décadence. Le XVII siècle avait été le plus fécond de l'histoire européenne. Au XIX ème siècle, il était encore possible cependant à un homme tel que Saunière de se fondre dans une « lumière vitale » autre que celle de Dieu ou de la science rationnaliste, et de parvenir de la sorte à l’immortalité au sein d’un corps glorifié. En d’autres termes, il existait des moyens de conquérir de haute lutte l’accès à la vie éternelle hors des voies du Seigneur. (Notez bien que cette partie de notre texte est le fruit d’une analyse hypothétique).
A un moment, il fallut bien que Saunière soit guidé. L’abbé Boudet et monseigneur Billard eurent un rôle déterminant dans l’apprentissage du curé de Rennes-le-Château, misant sur ses appétits matériels et sa soif de briller. Les deux complices savaient bien que Bérenger Saunière n’avait pas l’étoffe d’un adepte véritable tel que le Conseiller aulique Rudolf Johann Friedrich Schmidt qui, en son temps à Hambourg, était capable d’accomplir de nombreuses transmutations en présence de témoins.
Si nous évoquons cet éminent Rose-Croix, c’est que son « groupe d’initiés » dont le siège était situé à Fez, fut à l’origine l’un de ceux qui essaimèrent en Europe et s’introduisirent dans les cours d’Allemagne et d’Autriche. Ces Rose-Croix s’attachèrent à atteindre, par le biais de l’Alchimie, l’immortalité individuelle sur notre terre. Ils ne négligèrent aucune piste pouvant mener à ce but, étudiant les textes égyptiens, les livres taoïstes, les manuscrits arabes et la kabbale. On peut imaginer sans peine que l’une de ces pistes conduisait à Rennes-le-Château.
Parmi ces groupes d’initiés, l’un d’eux très actif à Vienne, portait le nom des "Frères Asiatiques" encore appelés "Chevaliers et Frères de Saint Jean l’Evangéliste" fondé en Asie. Mais dans quelle Asie ? Y-a-t’il un lien avec le groupe des Templiers qui, au lendemain de l’exécution de Jacques de Molay, prirent le parti de quitter l’Occident et de faire route vers l’Orient ? De cet exode, nous n’avons conservé aucune trace.
En 1748, les Frères Asiatiques font leur apparition avant d’être réorganisés par von Eckoffen de 1780 à 1784. Dès 1810, cet Ordre disparait volontairement ou plutôt se dissimule au sein de l’Empire Austro-hongrois, afin d’œuvrer en toute tranquillité à la réforme spirituelle et temporelle du monde. Ces Frères « Fondateurs et Mandatés des sept églises inconnues d’Asie » se réuniront désormais dans le « Grand Synedrion » dont le siège temporel se situera à Thessalonique qui est fait la dénomination secrète de la ville de Vienne ; et le siège spirituel à Jérusalem ou Damas.
Tous les dignitaires, et plus particulièrement les 72 Frères du collège supérieur détenant des postes clef en Europe, portaient des noms hébraïques cabalistiques. Ils recevaient une véritable initiation alchimique qui les conduira à percer les secrets du monde subtil et à s’intéresser aux grandes énigmes de l’Humanité et aux trésors sacrés perdus. Prédécesseurs de l’Ordre du Crépuscule Doré, du moins dans leur approche de la cabale et de l’élaboration de la Pierre philosophale, ils continueront jusqu’à la déclaration de la Première guerre mondiale, leur quête de l’immortalité.
Les Frères Asiatiques jouèrent un rôle politique actif au second degré dans la mesure où leur société s’opposait de par sa nature même à tout système issu de la féodalité et à la monarchie des Habsbourg. Bien que n’étant pas affiliés aux mouvements du jacobinisme qui se développaient dans les monarchies d’Europe centrale, les Frères furent tout de même affectés par la crise structurelle de l’absolutisme de 1780 à 1790. Les Frères Asiatiques, les Rose-Croix, les Illuminés, la Fraternité des Evergètes durent dès lors s’opposer aux Francs-Maçons traditionnels. On connaît la fin tragique de l'ordre des Illuminés. On commence à percevoir l’influence des Frères Asiatiques dont les ateliers servirent à établir un contre-pouvoir au sein des Etats européens, surtout au cœur de la cour Autrichienne.
En 1880, l’un de ces mystérieux 72 frères du collège supérieur de l’Ordre, n’est autre que Jean Salvator de Habsbourg auquel il faut adjoindre l’archiduc Rodolphe, fils de l’empereur, qui appartenait à un ordre rosicrucien. Les deux cousins, s’appuyant sur un réseau complexe de sociétés secrètes et d’associations appartenant à toutes les couches de la population austro-hongroise, avaient décidé de fomenter un complot contre François-Joseph Ier dont le régime était à bout de souffle. Jouant sur les nationalismes exacerbés du vaste empire, les deux hommes détrôneraient le vieil empereur et proclameraient l’indépendance de la Hongrie sur laquelle règnerait Jean Salvator de Habsbourg en despote éclairé, le trône impérial d’Autriche revenant de droit à l’archiduc Rodolphe. Les émeutes devaient éclater en Hongrie après une véritable propagande par le biais de tracts et de libellés imprimés par un Rose-Croix : monsieur Szeps.
On ne peut imaginer une pareille entreprise sans l’aval du Vatican. Or, à cette époque, le pape en place est Léon XIII qui fut élève des Jésuites de Viterbe. Il est le souverain controversé de l’Eglise qui, lui-même s’appuya sur des Ordres Rose-Croix chrétiens, tout en condamnant les Francs-Maçons par l’encyclique Humanum Genus. Plus tard, après la mort de Rodolphe, il publia Rerum Novarum, le 15 mai 1891, il dénonça d'une part comme étant un mal « la concentration entre les mains de quelques-uns de l'industrie et du commerce, devenus le partage d'un petit nombre d'hommes opulents et de ploutocrates, qui imposent ainsi un joug presque servile à l'infinie multitude des prolétaires », et d'autre part il condamne le marxisme comme une " peste mortelle " pour la société. Ce pape, par ses idées, était très proche de Jean Salvador et de Rodolphe.
Bien qu’enquêtant sur ce lien, nous n’avons pu compléter l’organigramme du complot qui compte plusieurs centaines de personnes civiles, militaires et religieuses. La police secrète de François-Joseph eut vent de la conspiration et en fit peut-être part à l’empereur avant le drame de Mayerling ; le 39 janvier 1889. En ce jour néfaste, Rodolphe se suicida avec sa maîtresse Marie Vetsera ou fut suicidé par les services secrets autrichiens.
La veille de sa mort, se sachant menacé, Rodolphe remit un coffret en fer à la nièce de l’impératrice Elisabeth (Sissi), la comtesse Marie von Wallersee-Larisch. Cette complice, qui devait jouer un rôle dans le complot, remit le coffre de fer à Jean Salvator. Elle fut disgraciée par l’empereur et perdit toute sa fortune. Tout espoir de sauver l’Autriche-Hongrie était perdu. L’Histoire le démontra par la suite. Jean Salvator mena une enquête sur la mort de son cousin mais n’en élucida pas le mystère.
L'archiduc adressa un courrier à l'empereur d'Autriche dans lequel il informait François-Joseph de son désir de renoncer à ses titres, à son rang et à ses privilèges. Il serait dorénavant un simple citoyen autrichien, avec pour nouveau nom Jean Orth, mais le vieil empereur souffrait beaucoup de la fin tragique de son unique fils. Et sa haine envers Jean Salvator ne connut aucune limite. François-Joseph décréta le retrait de la nationalité autrichienne à l'archiduc, et lui interdit de résider à l'intérieur des frontières de l'empire austro-hongrois.
Une dernière et violente dispute opposa l'empereur à l'archiduc. Puis ce dernier quitta définitivement le palais de la Hofburg pour se rendre en Grande-Bretagne où il avait affrété un navire, le Santa-Margherita, sous le nom de Jean Orth. Il leva l’ancre le 26 mars 1890 pour d’autres aventures, mais auparavant, se faisant passer pour un certain monsieur Guillaume, il rencontra en septembre ou octobre 1889, l’abbé Saunière à Rennes-le-Château pour orienter les recherches du curé. Que détenait Jean Salvator (le coffret de fer ?) (Les secrets des Frères Asiatiques ?) qui permit à Saunière de devenir riche ?
« Je ne laisserai pas arracher de mes mains l'étendard de Henri IV, de François Ier et de Jeanne d'Arc. Je l'ai reçu comme un dépôt sacré du vieux roi mon aïeul, mourant en exil ; il a toujours été pour moi inséparable de la patrie absente ; il a flotté sur mon berceau, je veux qu'il ombrage ma tombe. » N’oublions pas que le premier don offert à l’abbé de Rennes-le-Château fut celui de la comtesse de Chambord, Marie-Thérèse de Modène, veuve du prétendant au trône de France, Henri V (comme par hasard mort en exil à Frohsdorf en Autriche, et parente de Jean Salvator de Habsbourg). La comtesse de Chambord est un maillon intéressant dans la longue chaîne des évènements du Razès, car elle marqua un profond intérêt pour les Hautpoul et une possible lignée mérovingienne de cette famille liée à la descendance de Jésus-Christ.
Faisons un retour en arrière : En 1887, Saunière entreprend des travaux dans son église et découvre des documents dans un pilier creux qui soutenait l’ancienne pierre d’autel. Nous pouvons vous affirmer que les documents qu’on nous montre en toute occasion sont des faux destinés à leurrer les chercheurs. Moi-même (Jean-Michel Thibaux), je le confesse, j’ai été induit en erreur par ces manuscrits lorsque j’ai écrit « Les tentations de l’abbé Saunière » et « l’Or du Diable » devenus « Le Secret de l’abbé Saunière ». C’est avec d’autres documents et après la visite de Jean Salvator de Habsbourg que notre abbé aventurier rencontrera Emile Hoffet à Paris.
L’histoire de Bérenger Saunière a été relatée dans de nombreux ouvrages sous des formes différentes. Tous les scénarii ont été envisagés jusqu’à une rencontre avec le « Troisième type ». Elle a tant fait de bruit, que les États au plus haut niveau s’y sont intéressés, que les services secrets, et non des moindres : le Mossad, le MI6, la DGSE, le NSA/CSS, le SGRS, le MAD (autrefois l’Abwehr et même plus récemment (2009) le Zhong Chan er bu et le CSIS chinois se sont lancés dans cette quête. Cette liste n’est pas exhaustive. A la découverte des organismes impliqués, une sorte de terreur s’insinue en vous et on comprend alors la propre terreur de l’abbé Rivière confessant Saunière. Je me souviens d’une discussion très tendue que j’avais eu avec François Mitterrand à ce sujet en 1984, place Saint-Sulpice, me répondant : « Il y a des secrets qui tuent ».
Petit aparté sur Emile Hoffet : Il naquit à Schiltigheim le 11 mars 1873 et fit ses études à Sion. Spécialisé en paléographie et plus particulièrement en cryptographie médiévale, il appartint à la Congrégation des missionnaires oblats de Marie-immaculée. Durant la première guerre mondiale, l’Armée l’utilisa pour déchiffrer les codes de l’ennemi. Il mourut en 1946. Il n’était pas encore prêtre lorsqu’il rencontra Bérenger Saunière à Paris où il obtint son premier poste au Sacré-Cœur de Montmartre, puis à Notre-Dame-de-la-Garde à Marseille en 1901. Proche de Léon XIII, il s’opposa secrètement à Pie X et mena une double vie en temps qu’homme d’Eglise et occultiste. Il fut l’ami intime de Georges Monti appelé « Comte Israël Monti », le secrétaire de Joséphin Péladan. Nous supposons qu’Hoffet faisait aussi partie de la confrérie du Saint-Sacrement au sein de laquelle le janséniste Nicolas Pavillon (il fut évêque d’Alet) joua un rôle dans l’affaire de Rennes-le-Château au XVII ème siècle.
La rencontre de Bérenger Saunière et d’Emile Hoffet fut déterminante. Hoffet introduisit Saunière dans les milieux occultistes de l’époque et lui présenta la musicien Claude Debussy, la chanteuse Emma Calvé et le sataniste Jules Bois, membre de la loge N°7 Ahaltor de l’Ordre hermétique de la Golden Dawn. La sulfureuse Emma Calvé devint la maîtresse occasionnelle de Bérenger Saunière, et en 1894, elle acquit le château de Cabrières, connu pour abriter entre ses murs le livre disparu de Nicolas Flamel « Asch Mezareph », le livre d’Abraham le Juif.
En 1966, Gérard de Sède acquit une partie de la bibliothèque d’Hoffet et commença son travail de manipulation sur les conseils de Pierre Plantard et du marquis de Chérisey. Jean-Michel Thibaux fit un petit bout de chemin dans ses recherches (fin des années 70) avec les trois hommes qui n’étaient que des pions dans une organisation plus vaste recouvrant divers courants d’opinions liés à l’extrême droite et surtout avec les derniers représentants du milieu synarchiste de Saint-Yves d’Alveydre avant la seconde guerre mondiale, et notamment avec la branche crée par Georges (Israël) Monti ( 1885-1936) (voir ci-dessus). Mais à la sortie de ses romans « Les tentations de l’abbé Saunière » et « l’Or du Diable », opposé aux théories, aux idées et aux méthodes de l’association du Prieuré de Sion, l’écrivain provençal préféra suivre sa propre voie en compagnie du colonel Henry Noullet.
Toujours est-il que si nous reprenons l’historique de l’affaire, nous repérons sans difficulté le changement de situation de l’abbé Saunière. Cette rupture a lieu lors de l’arrivée sur la scène publique de deux puissants personnages qui se révèleront les ennemis mortels de Bérenger : l’évêque de Carcassonne, Monseigneur de Beauséjour, et le pape Pie X.
Le 9 décembre 1901, Monseigneur Félix Arsène Billard quittait ce monde terrestre.
De sombres années vont marquer son début de ministère à Carcassonne. Tout lui fut enlevé : sa maison, ses séminaires, leur mobilier, leurs bibliothèques, les presbytères de ses curés, les religieux et religieuses contraints à l'exil ou soumis à d'humiliants camouflages ou déguisements. Aussi peut-on expliquer l’acharnement de l’évêché de Carcassonne sur un homme susceptible de renflouer les caisses de l’Église.
Mgr de Beauséjour prit peu à peu connaissance des problèmes rencontrés par ses prêtres. Saunière devint sa bête noire. L’évêque s’étonne de la présence d'une jeune fille dans le presbytère… Il constata également que Saunière faisait l'objet de soupçons de la part de ses collègues, en raison de la présence « de personnes suspectes » dans le presbytère… probablement Marie Dénarnaud ou d'autres jeunes femmes. ? Il constata enfin que les constructions de Saunière ont coûté excessivement cher sans qu’il y ait trace de documents ou factures explicites.
Afin d’étouffer le scandale, Monseigneur de Beauséjour décida de muter Saunière à Coustouge. Saunière visite Coustouge, mais sa nouvelle paroisse n'est pas à son goût (ce n’est qu’un prétexte). Aussi, le 28 janvier, il prend sa décision : il démissionne de sa fonction de prêtre. Il lui est impossible de quitter Rennes-le-Château pour des raisons secrètes.
G. Cantegril, vicaire général, et M. Charpentier, commis à la Cour, l'amenèrent à comparaître devant le tribunal ecclésiastique, le 16 juillet 1910, pour justifier de l’origine de ses fonds. Saunière ayant toujours refusé une entrevue avec l’évêque, il ne changea pas d’avis et ne donna pas suite à cette première convocation.
Après de multiples tentatives pour plier Saunière à sa volonté, l’Église, le 5 décembre 1911, par jugement, le déclarera coupable de dilapidation et aura comme sanction une suspense a divinis de 3 mois, sanction qui perdurera jusqu’à ce "qu’il ait opéré la restitution des biens par lui détournés".
Le procès se jouera alors entre Carcassonne et Rome. L’abbé Huguet continuera de plaider sa cause à Rome, mais ces déplacements à l’étranger revinrent cher à Saunière. C’est peut-être pour cette raison que Saunière essayera de vendre son domaine, sans succès. Il obtint finalement un prêt de 6000 francs en l’hypothéquant.
Le temps s’écoula, Saunière mourut avec son secret, Marie Dénarnaud ne le révéla pas, pas plus que l’abbé Rivière ni le prêtre qui confessa ce dernier. Cependant, les loges secrètes issues de Rose-Croix et les mystérieux descendants des Frères Asiatiques continuèrent à chercher le trésor ou à le protéger. A la fin des années trente, réorganisées à Bruxelles, à Berlin et à Vienne, souvent opposées, elles tentèrent d’influencer les personnes susceptibles (telle que Marie Denarnaud) de percer le mystère de Rennes-le-Château, et dans un contexte plus général tout ce qui touchait au Razès et au pays cathare. Dans leurs dérives extrêmes, certaines furent partie prenante de l’opération « Héritage des Ancêtres », l’Ahnenerbe, qui sous ce nom devint un institut créé en 1935 par Heinrich Himmler.
Arrivèrent enfin les créateurs du Prieuré de Sion, Pierre Plantard et Philippe de Chérisey qui, après avoir diffusé un grand nombre de faux documents, espéraient prouver la légitimé de Plantard au trône de France en lui inventant une lignée aux origines mérovingiennes. Les documents les plus importants étaient tirés du véritable Codex Bezae que Chérizey avoua avoir conçu d’après le dictionnaire d’archéologie chrétienne de Dom Cabrol. Les auteurs de ce site et d’autres avant eux peuvent vous confirmer que Dom Cabrol n’a jamais fait mention du Codex Bezae. Cherisey n’était donc pas l’inventeur de ces documents, pas plus que Plantard et Gérard de Sède. Tous se savaient manipulés par un organisme puissant qui restait dans l’ombre. Le Serpent Rouge, les dossiers secrets d’Henri Lobineau, pas plus que les quatre documents principaux ne sont vrais.
Ce manuscrit du IVème siècle est la copie fidèle d'un texte plus ancien que citait déjà Justin (qui fut martyrisé vers 165 à Rome) et Irénée dans son traité contre les Hérésies. C'est vraisemblablement le texte le plus ancien des évangiles qui nous soit parvenu.
On sait, par exemple, que les croquis de la dalle et de la stèle de la marquise d'Hautpoul sont aussi des faux. La Marquise d’Hautpoul-Blancheford, née Marie de Négri d’Ables, qui mourut le 17 janvier 1781, ne fut jamais enterrée au cimetière de Rennes-le-Château. Nous penchons pour son inhumation à Mazamet(au Pontis, d’après l’abbé Bigou), mais sa tombe ayant disparu, nous nous perdons en conjectures sur les fouilles de Saunière dans le cimetière de Rennes.
De nos jours, les esprits se sont calmés. Les membres du Prieuré de Sion ont disparu, les Sociétés secrètes continuent à agir dans l'ombre et le Trésor demeure inaccessible. Restent les touristes qui promènent leurs regards désabusés sur les réalisations de Saunière, qui n'éprouvent aucune émotion devant la nouvelle tombe de l'abbé injustement déplacée. Désormais Marie Denarnaud sommeille seule dans le petit cimetière de Rennes-le-Château, et si vous savez traduire les murmures du vent au crépuscule, quand le Ruisseau des Couleurs se teinte du sang du soleil, vous entendrez la petite Marie répéter: "Les gens d'ici marchent sur de l'or, mais ils ne le savent pas."
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